dimanche 14 décembre 2008

Merci Monsieur BASHUNG, et aussi à Mademoiselle Zaza...


Je ne peux pas bien vous décrire combien la Musique m'accompagne quelquefois jusqu'à des soirées entières.
C'est nouveau, oui car c'est quelquefois dommage de poser ou les livres ou la musique, mais la vie l'urgence de consommer, ce temps à vivre, vous oblige à faire des compromis. Et grâce à mon collecteur de musiques de toutes les origines et les importances avec son label à lui et grâce au cadeau qu'il m'a fait, vous savez ces petits étuis aux couleurs vives qui emportent partout avec vous votre discothèque, je gagne des Mégas de curiosité... je supporte toutes les obligations des promiscuités imposées par les transports en commun.
Et je retourne au concert pour l'Élégance et la Musique, je ne peux que vous dire d'aller un soir voir Monsieur Alain Bashung. C'était à l'Élysée Montmartre c'était un dimanche soir on a attendu juste bien, la 1ère partie était digne du musicien, et son merci son départ ses gestes ses mains c'est de la haute voltige.
Cet homme là parle chante et joue pour les étoiles que la vie réduit en poussière.

Et Mademoiselle Zaza Fournier, elle débute, c'est un charme c'est une douceur, c'est une voix avant tout, une grande chanteuse est née. Ma chanson préférée c'est : "Mademoiselle"sur un travesti, c'est elle qui l'a écrite, elle l'a présentée, en nous signalant avec sa grâce que la dernière fois qu'elle l'avait chantée pour un concert organisé par une grande surface genre CARREFOUR... pour ne pas le citer, il y avait des zozos, comment les nommer qui gloussaient. Elle a dit son étonnement lorsqu'on croit à des acquis, que des choses comme celles-ci : un garçon amoureux d'un autre garçon, un garçon qui se révèle être plus vivant dans les formes attribuées à une femme, soient respectées.

Et donc je vous remercie à vous deux car vous avez redoré, réveillé, jusqu'aux pavés de mon intimité.
Et ce sont de grands interprètes qui lorsqu'ils prennent les mots des autres et leurs mélodies nous font redevenir sensibles de toutes nos oreilles.
Et dans ma biblio de chansons un merci tout particulier à Monsieur Georges Brassens qui le matin me donne la forme en me chantant /disant à l'oreille : "Tout est bon chez elle, il n'y a rien à jeter..."
Devinez -vous imaginez- je le prends pour moi, merci à vous, là-haut... Georges, et si vous pouviez patienter pour que les gens qu'on aime restent encore un peu ici bas.
J'ai entendu que Monsieur Georges a servi de Papa de substitution à Monsieur Gotlib (sur France Inter Éclektic) et je vous rappelle que Monsieur Brassens, s'il n'avait pas été aidé recueilli à une époque de sa vie, il aurait pu finir clochard ramassé par les bleus et passé sous la douche.

vendredi 12 décembre 2008

Olivier Py et les frères Grimm, nouvelle rubrique : "Théâtre pour enfants"


Beaucoup d'entre vous me demandent... les yeux pleins de la tendresse qu'ils ont pour leurs neveux nièces petits enfants, un spectacle à aller voir, de théâtre avec eux.
-Pas le droit à l'erreur, c'est la 1ère fois , il a 4 ans...
-et alors ? l'erreur le risque font partie du jeu et du théâtre aussi, pourquoi devrait-on se fier d'abord au goût des adultes qui ont à peu près ou presque tout oublié et puis à celui des enfants, ils se feront leurs chemin, et puis pourquoi seulement des spectacles pour enfants ?
L'important je crois c'est de brasser l'horizon au plus large et de tenter même dans des domaines inexplorés.
J'ai eu la chance d'aller, avec mes parents qui n'étaient spécialistes en rien mais qui étaient visiblement curieux, à l'Opéra pour Faust de Gounod et à la Comédie Française voir une pièce de Montherlant : Malatesta. J'avais 9 ans et 12 ans environ. Je n'ai jamais oublié ni l'un ni l'autre et à la même époque je suis allée voir une opérette avec Georges Guétary : La Polka des Lampions que j'ai totalement oubliée ....
Qui sait si les enfants avaient l'occasion d'aller plus à l'Opéra ils aimeraient moins les comédies musicales.
S'ils allaient plus au théâtre, ils auraient envie de grandir pour se dépasser, pour construire un grand aéroport, une petite musique, un art de vivre qui invite encore et encore à l'espoir...





Entretien avec Olivier Py, directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe
Sur Webthea.com
Olivier Py et les frères Grimm : une affaire de compagnonnage

"Parce qu’il est attaché au monde de l’enfance, la création de spectacles jeune public est un sillon qu’Olivier Py creuse régulièrement depuis quinze ans. Auteur prolixe au style flamboyant qui ne redoute aucun excès, fourbit des épopées païennes touillées d’humour et de vertiges mystiques ( La Servante, Le Visage d’Orphée, L’Apocalypse Joyeuse, Illusions Comiques entre autres), lorsqu’il s’adresse aux enfants, Olivier Py aime à puiser son inspiration aux sources cruelles des contes de Grimm. Ce fut d’abord La Jeune fille, le diable et le moulin, puis L’Eau de la vie, et La Vraie fiancée, trois histoires d’errance et de rencontres, enluminées de lampions et de fanfares, à l’affiche de l’Odéon « pour parler aux enfants de ce dont on ne leur parle pas ».
Lorsque vous écrivez pour le jeune public, vous revenez régulièrement à Grimm. Pourquoi ?
J’avais vingt ans lorsque j’ai commencé à lire les frères Grimm, parce que je m’intéressais aux romantiques allemands et dans ce cadre-là, il me fallait les connaître et les comprendre. J’ai découvert une écriture simple, extrêmement discrète. Il y a chez eux une volonté de mettre en avant ce qu’on pourrait appeler un récit pur, comme venu directement de la mémoire collective, sans passer par le filtre de l’architecture stylistique d’un écrivain ou d’un poète. Ces textes sont des objets très concis, très fertiles au niveau dramatique et donc propices à l’adaptation, des trames dans lesquelles je me sens tout à fait libre. Je m’étais promis d’adapter une pièce de Grimm par an. J’ai pris du retard puisque je n’ai écrit que trois pièces en quinze ans. Mais ça veut dire que j’envisage le dialogue avec Grimm sur toute ma vie d’écrivain.
Outre les libertés que ces récits vous donnent, que racontent-ils qui vous fascine et peut intéresser les enfants ?
Certains, parce qu’ils puisent aux mêmes sources de la sagesse populaire, sont très proches des fables shakespeariennes. C’est une des raisons qui m’a donné envie de les adapter pour le théâtre. Ainsi, L’Eau de la vie, pièce dans laquelle le plus jeune des trois frères est banni par son père et condamné à l’exil, est construite sur la même trame que Le Roi Lear. Ce qui est fascinant avec Grimm, c’est que derrière le décor du merveilleux se révèlent toutes les grandes questions de l’humanité. Le désir, la guerre, la mort, la soif de connaissance y sont interrogés le plus simplement du monde et avec une gravité légère qui sait se faire entendre des enfants."



Pourquoi faire jouer les trois pièces par les mêmes comédiens.
Toutes les trois racontent le voyage initiatique de jeunes gens que la brutalité d’une marâtre, la pauvreté ou l’injustice d’un père jettent sur les routes, condamnent à l’errance dans les forêts. Au bout d’un parcours émaillé de rencontres, certaines maléfiques, d’autres bénéfiques, ils auront fondé leur identité. Le thème de la résilience est le fil qui relie les trois pièces. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu qu’elles soient jouées par la même troupe de comédiens musiciens, dans une atmosphère entre le vieux cirque et le vieux music-hall. Avec Stéphen Leach pour la musique et Pierre André Wietz pour le décor, nous avons travaillé dans la perspective de réaliser des spectacles musicaux très colorés. Plus les fables sont cruelles, sombres - et celles-ci le sont - plus nous avons voulu les traiter de manière légère et lumineuse.
L’année dernière vous mettiez à l’affiche le Pinocchio de Joël Pomerat, cette année ce sont trois pièces de vous inspirées des contes de Grimm. Cela veut-il dire que pour vous, l’Odéon théâtre national doit se préoccuper du jeune public ?
Dès mon arrivée à la tête de cette maison j’ai affirmé que la programmation devait réserver un espace au jeune public. Personnellement j’aime le théâtre pour enfants qui garde sa spécificité comme j’aime le cinéma pour enfants et les bandes dessinées. Particulièrement attachée au monde de l’enfance, ma démarche personnelle est de faire un théâtre pour le jeune public que les adultes peuvent apprécier comme tel. Proposer aux enfants, qui sont les spectateurs de demain, les mystères du théâtre est une des manières de répondre à l’exigence d’un théâtre populaire et à notre mission de théâtre public. Cela n’empêche pas les grands de venir aussi.
Les Contes de Grimm, adaptation et mise en scène Olivier Py avec Céline Chéenne, Samuel Churin, Sylvie Magand, Thomas Matalou, Antoine Philippot, Benjamin Ritter."

Du 23 décembre 2008 au 18 janvier 2009, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, ateliers Berthiers. Tel : 01 44 85 40 40.

lundi 1 décembre 2008

"Trouver. Perdre."un site de Balthazar d'Apocalypso et "le Repas" LA MAISON DE LA POÉSIE

"Trouver. Perdre. Est-ce que vous avez bien réfléchi à ce qu'est la perte ? Ce n'est pas tout simplement la négation de cet instant généreux qui vint combler une attente que vous-même ne soupçonniez pas. Car entre cet instant et la perte il y a toujours ce qu'on appelle-assez maladroitement j'en conviens- la possession.
Or la perte, toute cruelle qu'elle soit ne peut rien contre la possession, elle la termine, si vous voulez ; elle l'affirme ; et au fond ce n'est qu'une seconde acquisition, toute intérieure cette fois et autrement intense."

C'est dans la préface de Mitsou adressée à Balthus et c'est de Rainer Maria Rilke
C'est de Rilke à Balthus qui alors a 12 ans, il a perdu son petit chat MITSOU, c'est dans la préface du recueil de dessins de Balthus (voir autre article sur ce livre et ce peintre) le premier recueil, cahier, à l'encre de chine où il retrace toute son aventure avec le chat qu'il a trouvé dans la rue et qu'il a perdu après Noël.
Sur le dernier dessin, il nous montre les larmes, ses larmes du petit garçon qu'il était, avec ses deux mains sur son petit visage, les larmes ce sont des traits noirs sur ses joues.
Et dans l'avant dernier paragraphe Rilke dit à l'enfant :

"Aussi une année après, je vous ai trouvé grandi et consolé"



Et le site d'un ami artiste pluriel, qui depuis longtemps déjà est installé à New-York, son nom
est Balthazar d'Apocalypso son site : BALDAPO
il m'a téléphoné un dimanche
Ses dessins créatures me font penser aux poupées, effigies érotiques, de cet artiste d'origine allemande, sa femme et son modèle, elle a écrit un livre inoubliable, je dirais hélas ou heureusement ! elle s'est suicidé en se jetant de la fenêtre d'un asile,elle travaillait sur des anagrammes, et je n'ai pas mangé ni ne suis allée au cinoche, ouf, je suis lavée et habillée vous êtes contents de l'apprendre
ah oh -cri- ce grenier kafkaien qu'est notre mémoire....
Dreyer ? bien-sur que non ! mais dans ces consonances,
Hans Bellmer et Unica Zürn son livre "Sombre Printemps"




et un spectacle à aller voir -quand irais-je ?- à la Maison de la Poésie avec Christophe Garcia sur Valère Novarina...
Le Repas


de Valère Novarina
mise en scène Thomas Quillardet

du 19 novembre au 21 décembre 08
grande salle

du mercredi au samedi 21 h – dimanche 17 h



"Le Repas est une orgie théâtrale. Rage des mots, folie de l’espace, consécration du désir. C’est un paysage immense qui s’ouvre pour l’acteur et le metteur en scène. Un espace de liberté et de délivrance. La langue de Valère Novarina est poétique bien sûr, mais c’est une poésie concrète, corporelle et buccale. Infiniment joyeuse.
Cette pièce est une provocation arrogante lancée à l’esprit de sérieux et à l’ennui. C’est un cri contre l’incarnation réaliste et naturaliste.
Nous vous invitons à venir partager ce repas avec nous. Nous écouter dire et chanter. Nous voir délirer. Nous tenterons d’aller au bout de cette écriture fleuve, de nous l’approprier, d’en faire ressortir toute sa générosité.
La pièce oblige le comédien à aborder différents registres de jeu, à emmener le spectateur dans différents univers scéniques et différentes micro-narrations qui charpentent Le Repas par tableaux successifs. À l’heure du repli sur soi et de la peur de l’autre, vous faire entendre Le Repas s’impose à nous. C’est une célébration du collectif, un appel à la désobéissance, la possibilité d’un chemin commun."

Thomas Quillardet

dimanche 30 novembre 2008

PARKING de Jean-Michel RIBES, scène extraite de Musée Haut, Musée Bas



Musée haut, Musée bas.

Comme vous savez le film est sorti et je ne suis pas allée encore le voir, qui sait il ne me sent pas...
J'ai un apriori total sur ce film, trop de vedettes, un peu comme dans une équipe de foot, nuit ; j'y serais allée s'il avait été dédié ce film, à tous les anonymes, "les véritables chefs d'œuvre"(déclarait JM Ribes à la télévision) qui défilent dans les musées.
Alors, bien sûr comme dans Palace, ils se côtoient "les chefs d'œuvres" et les "croûtes"... ceux celles qui sont répertoriés chez les directeurs de casting les plus prestigieux, vous connaissez déjà, Monsieur Dominique Besnéhard, le plus célèbre des agents d'Artmédia (vous y verrez très peu d'inconnus de petits nouveaux) Monsieur Dominique Besnéhard, mais pas le moins ridicule et démagogique depuis son soutien à Ségolène Royal, mais certainement un homme de talent.
Le soucis des vedettes, c'est un peu comme dans la publicité Zidane chez l'opticien, jamais on ne peut s'imaginer qu'ils sont Monsieur et Madame tout le Monde... et qu'ils vont acheter leur ticket d'entrée ou leur paire de lunettes. Dans la publicité au moins c'est fait pour, un second degré qui est beaucoup plus réussi avec la publicité pour le café et avec Georges Clooney surtout la deuxième version... où il dit ne pas s'appeler Georges Clooney, pour prendre son expresso.
Je parle rarement des pubs et pourtant c'est un véhicule...qui m'intéresse toujours autant.
J'ai dans les années 90, repris des études en bossant à coté et en continuant le théâtre c'est à dire en jouant.

Certains créatifs en publicité sont des artistes originaux bousculant les codes et mélangeant les palettes de références comme Jean-Paul Goude l'ex-mari de Grace Jones...(son dernier disque est très bon a dit mon ami).


C'est une grosse lacune en France, le manque d'imagination et de métier pour donner une dimension aux petits rôles (qui n'en sont pas nous sommes bien d'accord). C'est très criant, par rapport au cinéma américain... Les figurants, c'est pire, entre mannequins et soldats de plomb, c'est tout juste si on n'entend pas compter un, deux, trois après le fameux : Action et ils sourient ou commencent juste l'action en regardant bien en face la caméra, tous les costumes sont trop propres ou trop sales. Par exemple la scène qui termine le remake du "Deuxième souffle" d'Alain Corneau, dans l'ensemble, assez réussi j'ai trouvé, une scène de rue. Reconstitution de Paris, un boutiquier ouvre sa porte forcément des passants l'interpellent, forcément il regarde le ciel pour savoir quel temps il fait, des enfants passent l'un en trottinette....
Mais s'il est un film à aller voir au cinoche, c'est le dernier de Monsieur James Gray, avec Gwyneth Paltrow et Joaquin Phoenix, et quitte à y aller seule, je vais y courir.

À propos des textes de Monsieur Jean-Michel Ribes, j'entends beaucoup de réticences, je voudrais insister sur l'efficacité de son sens de l'absurde, sur son oeil à épingler les facettes de la comédie humaine, des parodies. Dubillard, Topor, Tati ne sont pas si éloignés de lui, il est directeur de théâtre, alors on lui ôte, à lui aussi, beaucoup de son talent. Je trouve cela dommage ; cela me fait penser à de petites querelles de boutiquiers et je suis fille de commerçants, à des jalousies, alors que Monsieur Ribes est un glaneur de talents, un auteur, un metteur en scène, un directeur de plateau et maintenant un directeur de théâtre assez fidèle à lui-même, à ses exigences et à ses opinions.
Pour avoir fait beaucoup travailler ses pièces aux apprentis comédiens je dois faire remarquer qu'ils donnent souvent lieu au plaisir de jouer et de faire rire. C'est une matière souple et exigeante. Le texte s'apprend assez vite mais ce n'est pas si simple à jouer. Il faut composer aller dans la démesure et rester juste, jouer les sous-textes. Il y a comme une tendresse pour tous ces animaux vus au microscope.
PARKING
Baroque et surréalisme

PARKING de Jean-Michel RIBES, scène extraite de Musée Haut, Musée Bas pièce de théâtre éditée aux Éditions BABEL, une collection de Livres de Poche.

Maurice le père, Rolande la mère, Jules le fils, Lisette la tante et Rosine l'amie traversent le musée, visiblement perdus. Rosine tient un sac de la boutique du musée à la main, Jules porte sous le bras un rouleau provenant du même endroit.

LE PÈRE. Rembrandt B 12 ou à la rigueur C12, mais Rembrandt ça c'est sûr.

LE FILS. Je te dis que c'est Vélasquez papa. Vélasquez P9, quatrième sous-sol.

LE PÈRE. Jules, si on était garés à Vélasquez, crois-moi je m'en souviendrais, Vélasquez c'est le nom de mon assureur, Henri Vélasquez, qui me pompe cinq mille euros par an pour ne jamais rien me rembourser, alors si la voiture était à Henri Vélasquez, ça serait marqué là !

Il se tape le front avec l'index.

ROSINE. Moi, j'ai cette vision très nette d'un panneau "Places libres à Delacroix".

LA MÈRE. Non Rosine, Delacroix était complet, Poussin était plein et quand on a vu que Renoir était réservé aux abonnés j'ai même dit à Maurice : « Tu vas voir, avec la chance qu'on a, on va se retrouver à Picasso »

LE PÈRE (tendu). Et on n'y a pas été à Picasso, OK !

LA MÈRE. Et heureusement, je déteste ce type, tu le sais !

LE PÈRE. Seulement il y avait toutes les places qu'on voulait à l'étage Picasso !

LA MÈRE. Tu m'étonnes !

LE PÈRE. Et on se serait parqués à Picasso, à l'heure qu'il est, on saurait où est la voiture, elle serait à Picasso, le peintre que n'aime pas ta mère, c'était un très bon moyen mnémotechnique !

LISETTE. Et Watteau, ça ne vous rappelle rien ?

LE FILS. Alors si on est à Watteau, c'est idiot, parce que l'entrée du parking Watteau est de l'autre côté du musée, exactement d'où on vient.

LA MÈRE. Je n'en peux plus !

LISETTE. C'est dommage ...

LA MÈRE. Non Lisette, s'il te plaît, ne redis pas pour la millième fois "c'est dommage qu'on ne soit pas venus en taxi".

LlSETTE. Je ne le redis pas, mais en plus ça aurait coûté moins cher que le parking, un taxi.
LA MÈRE. Oui, mais là on n'est pas venus en taxi Lisette, on est venus avec la Peugeot de Maurice qu'il rêvait sans doute de garer à Picasso.

LE PÈRE. Je vous dis qu'on est à Rembrandt, je me revois braquant q-devant sa grosse tête enfoncée dans son bonnet, peinte sur le mur du deuxième sous-sol.

LISETTE. La grosse tête de qui ?

LE PÈRE. De Rembrandt.

ROSINE. Il avait une grosse tête Rembrandt ?

LE PÈRE. Énorme, en tout cas dans le parking, toute peinte en vert fluo pour qu'on la voie bien dans les phares.

LISETTE. Une grosse tête de Rembrandt, peinte en vert fluo, ça m'aurait marquée quand même.

LA MÈRE. Mais il ne sait même pas la tête qu'il a, Rembrandt, c'était peut-être celle de Breughel ou de Jérôme Bosch, il n'y connaît rien en peinture, rien, sinon il y a longtemps qu'il l'aurait retrouvée sa voiture.

LE FILS. Si tu es si sûr qu'on est à Rembrandt papa, est-ce que tu peux nous dire où se trouve l'entrée du parking qui mène à Rembrandt ?

LE PÈRE. Je la cherche, Jules, depuis trente-cinq minutes je la cherche, et tu vois, Picasso que ta mère déteste tant, lui, il ne cherchait pas ...

LE FILS. Je sais.

LE PÈRE. Il trouvait, et il aurait été là Picasso, il y a longtemps qu'il l'aurait trouvée l'entrée du parking!

LA MÈRE. Oui, eh bien moi il y a longtemps que je serais rentrée en taxi s'il avait été là Picasso!

LISETTE. Tu vois comme c'est pratique le taxi, Rolande.

ROSINE. Moi je crois qu'il faut repartir du début, calmement"on retourne à la cafétéria, on prend le grand escalier, on passe devant la boutique, on traverse les mosaïques romaines ...

LISETTE. Ça, je me souviens très bien, aux mosaïques romaines, quand j’ai dit à Rosine: « Tous ces petits cailloux, mon Dieu, mais quelle patience ! Quelle patience ! ... » Maurice était déjà nerveux.

ROSINE. Amon avis, c'est là qu'on s'est perdus.

LA :MÈRE. Bon, Maurice, je te signale que Rosine a son train à 18 heures, alors si tu peux nous éviter qu'on retraverse tout Pompéi en faisant quelque chose d'intelligent, par exemple, je ne sais pas, regarder ton plan !
LE PÈRE. Tu ne me parles pas comme ça, Rolande, s'il te plaît! Parce: que moi aussi je suis fatigué, moi aussi j'en ai marre, moi aussi je les ai faites les dix salles "du Maniérisme au Baroque".

LA MÈRE. Non, « du Baroque au Maniérisme ».

LE PÈRE. Non, « du Maniérisme au Baroque ».

LA MÈRE. Parfait ! alors monsieur « je sais tout », est-ce que maintenant il serait possible de faire « du Baroque au Parking ? » (Elle se cogne dans le rouleau du fils.) Aïe !

LE PÈRE Quoi "Aïe" ?!

LA MÈRE. Je ne dis pas "Aïe" à toi, je dis "Aïe" à Jules! Je sais que tu es le noyau de l'univers Maurice, mais sache qu'à chaque fois qu'on prononce une parole sur terre elle ne t'est pas forcément destinée! ... (Il s'éloigne.) Où tu vas ?

LE PÈRE. Je ne te réponds pas.

LA MÈRE. Pourquoi ?

LE PÈRE. Parce que j'ai décidé de ne plus m'adresser qu'à des gens normaux pour retrouver la voiture !

Il s'éloigne dans le musée.

LA MÈRE (au fils, désignant son rouleau). C'est quoi ce truc ? Ça m'a fait un mal de chien.

LE FILS. Guernica.

LA MÈRE. Guernica ?!

LE FILS. Un tableau.

LA MÈRE. De qui ?

LE FILS. Picasso.

LA MÈRE. Jules, qu'est-ce que ça veut dire ?! ... C'est contre moi ? C'est quoi ? C'est une pulsion ? Tu es du côté de ton père ? C'est ça le message ? C'est moi l’ennemi !

LE FILS. On n'est pas forcés d'avoir les mêmes goûts.

LA MÈRE. Non c'est vrai, on n'est pas forcés, mais il y a des limites. (Elle relève sa manche.) Tu as vu le bleu qu'il vient de me faire Picasso!

LE FILS. Il est magnifique.

LA MÈRE. Il m'agresse visuellement, et maintenant il me frappe et c'est tout ce que tu trouves à dire!

ROSINE. C'est de son âge, Picasso, ça lui passera.

LISETTE. Et puis tu sais, au début il dessinait très bien.

LA MÈRE. Mais qu'est-ce que vous avez tous à le défendre Picasso, les jeunes, les vieux, les enfants. Par moments, j'ai l’impression d'être seule face à Picasso!

ROSINE. C'est juste une reproduction, Rolande, pas de panique.

LA MÈRE. Et tu vas la mettre où ? Pas dans ta chambre quand même!

LE FILS. C'est pas pour moi.

LA MÈRE. C'est pour qui?

LE FILS. Catherine.

LA MÈRE. Ah parce que Catherine aime aussi Picasso! Eh bien on pourra dire qu'il en aura fait des ravages dans la famille, ton père. En tout cas vous ne m'aurez pas souvent sur le dos, ça c'est sûr. (Elle regarde le rouleau.) J'espère que ça rentre . dans le coffre, parce que si par miracle on retrouve la voiture ne compte pas sur moi pour avoir ce truc sur les genoux, ça suffit de mon bras ! (Le fils.. s'éloigne.) Jules, où tu vas?

LE FILS. Je fais comme toi avec Picasso.

LA MÈRE. Je ne fais rien avec Picasso!

LE FILS. Si, quand il est là, tu te barres en taxi!

Il part.

LISETTE. Tu vois Rolande, c'est pas pour reparler du taxi. ..

LA MÈRE (sèche). Alors si c'est pas pour en reparler, tu n'en reparles pas Lisette.

Rolande, lasse, va s'asseoir sur une banquette Lisette et Rosine la suivent.

LISETTE. Je crois qu'elle ne se rend pas compte de l'importance qu'ont pris les taxis aujourd'hui.

ROSINE. C'est possible.

Elles vont s'asseoir à côté de Rolande qui semble dépitée.

LA MÈRE. Moi, résultat, tout est parti...

LISETTE. Tu veux dire ?

LA MÈRE. Le baroque, tout le bénéfice du baroque, comme si je n'avais pas vu l'exposition, il ne m'en reste plus une goutte, évaporé le baroque avec cette histoire de parking. Alors que d'habitude une belle rétrospective comme ça, ça me porte, ça me fait du bien pendant au moins une semaine. « Toutankhamon », l'hiver dernier, ça m'avait fait passer un mois de février formidable.

ROSINE. Moi aussi.

LA MÈRE. Tu y as été à « Toutankhamon » ?

ROSINE. Deux fois et c'est vrai que les pharaons, ça dope !

LA MÈRE. C'est le mot.

ROSINE. Ma tante Nadine, elle est morte juste après ça ne m'a pour ainsi dire rien fait.

LA MÈRE. C'est ça la grande force du musée, ça vous met la vie un petit peu au-dessus de la vie, à un endroit où rien ne fait vraiment mal. Mais aujourd'hui c'est raté. Entre Maurice, le parking et Picasso, j'y suis dans la vie, même en dessous. Vidée comme si je n'avais jamais mis les pieds dans œ musée. Pas vous?

LISEITE. Moi je ne m'en rends pas bien compte, c'est la première fois que je vois du baroque.
moins chers, et mon mari répétait toujours : « Ce Roger, il est surréaliste ! »

Un temps.

LA MÈRE. Mais monsieur Bishter, lui, il n'avait pas de prix sur tout?

ROSINE. Non, il vendait juste du fromage ...

LA MÈRE. C'est pas pareil, avoir des prix sur tout et vendre du fromage.

ROSINE. Non, mais je comprends ce que veut dire Lisette, il y a quand même un petit quelque chose ... un petit rien qui se ressemble.

LISETTE. Moi je trouve que c'est très proche, baroque et surréaliste, dans les mots bien sûr, pas dans l'art, je connais pas suffisamment dans l'art.

LA MÈRE (regardant sa montre). Et c'est quoi le mot pour quelqu'un qui a définitivement perdu sa voiture dans le parking d'un musée !? Ça doit sûrement pas être un mot qui a rapport avec l'art !

Rosine ouvre le sac de la boutique du musée posé entre ses jambes.

ROSINE. J'ai acheté des choses pour François.

LA MÈRE. Comment il va ton François, pourquoi tu ne l'as pas emmené ?

ROSINE. Il bouge plus, François, il bouge plus de la maison, il reste à Gavron ... Il y avait de beaux livres, mais il ne lit plus, François, alors je lui ai pris ça pour le matin, c'est des napperons avec le Titien (elle les sort du sac), tu connais le Titien ? C'est un Italien du XVIe siècle, très coloré. Il paraît que ce sont ses deux meilleurs tableaux.

LISETTE. J'aime beaucoup celui-Ià.

ROSINE. Et puis je lui ai pris aussi des tasses à café, j'ai hésité parce qu'il ne restait plus que le service Van Gogh, mais la vendeuse m'a dit que ça se mariait très bien avec le Titien, Van Gogh.

LA MÈRE. Si elle te l'a dit, il n'y a aucun risque.

ROSINE. J'espère.

LA MÈRE. Aucun risque, les musées, question bon goût, c'est la garantie absolue. Avec ce qu'ils ont accroché aux murs, ils peuvent pas se permettre de faire un faux pas sur les tasses à café.

ROSINE. Elle m'a assuré que les deux passaient sans problème à la machine.

LAMÈRE. Ça ne m'étonne pas, ce sont deux très grands artistes.

ROSINE. Tant mieux, parce que je les ai choisis surtout pour la gaieté des couleurs, alors si ça se fanait au lavage ... je pourrais pas revenir de sitôt.


LISETTE. On t'en aurait envoyé d'autres.

ROSINE. Non, on ne peut plus rien nous envoyer à Gavron, on n'a plus de poste, on n'a plus de postier, on n'a plus de cinéma, on n'a plus de maternité, on n'a presque plus de travail et même monsieur Bishter il est mort ... Il Y a eu les Japonais à un moment qui ont failli reprendre l'usine de sèche-cheveux mais finalement ils ne l'ont pas prise et elle a rouillé dans la rivière. Et il paraît qu'après les Japonais, c'est cuit. Alors François, il a décidé de plus bouger, de plus bouger du tout dans la maison, et il ne regarde tien, depuis trois ans, depuis que c'est cuit par les Japonais, il ne regarde rien, il parle un peu des fois, il dit qu'il aurait mieux fait de vendre du fromage comme monsieur Bishter, d'en vendre de temps en . temps quand il en aurait eu envie, et d'avoir un beau chapeau comme lui, avec l'étiquette du dimanche pour dire qu'il vendait aussi du pain ... Il est triste d'avoir passé sa vie dans une usine qui rouille dans la rivière, il aurait préféré une existence baroque je crois, mais c'est trop tard maintenant il bouge plus, il bouge plus dans la maison et il ne regarde rien. Il est chômeur.

Un temps, elle est émue.

LA MÈRE. Et c'est pas baroque, chômeur ?

LISETTE. Non, c'est surréaliste.

LA MÈRE. Surréaliste?

LISETTE. Ah oui, ça aujourd'hui beaucoup de gens le disent: « Chômeur, c'est surréaliste ... » J'avais oublié, mais c'est sûr.

ROSINE. Finalement c'est pas si pareil, baroque et surréaliste.

LA MÈRE. En tout cas pas dans l'art.

ROSINE. Ni dans la vie.

Un temps.

J'ai failli lui rapporter une affiche avec le soleil et les champs de blé en grand, mais il l'aurait pas regardée, tandis qu'avec les tasses, quand il boira son café, il l'aura près du nez Van Gogh, il sera bien obligé de le voir.

LA MÈRE (regardant une tasse). Et la pêche que ça va lui donner Van Gogh! C'est connu Van Gogh il est dans les premiers à vous mettre au-dessus de la vie, encore plus que Toutankhamon.

ROSINE. Je croise les doigts.

Le père arrive en trombe.

LE PÈRE. Vous n'allez pas le croire, vous savez où est la voiture ?! A Salvador Dali ! Salvador Dali P18 ! Le type avec la tête enfoncée dans son bonnet en vert fluo, ce n'était pas Remrandt, c'était Salvador Dali !

LA MÈRE. Un copain de Picasso! J'en étais sûre, Maurice, sûre !

Elle se lève furieuse.

LE PÈRE. Non Rolande, là je te promets ...

LA MÈRE. Tu ne peux pas t'en empêcher Maurice, tu es happé par Picasso! Allez, on y va, Rosine a son train à 18 heures.

Tous se mettent à courir

LISETTE. Elle irait pas plus vite en taxi, Rolande ... Rolande ...

La mère est déjà loin.

ROSINE. C'est qui Salvador Dali ?

LISETTE. Un peintre surréaliste .

ROSINE. Il avait pas de boulot… ou il avait des prix partout ?

Elles disparaissent au fond du musée.

STAGE THÉÂTRE PRO Le plaisir chez Racine dirigé par Claude Degliame

Je rappelle à qui n'a jamais vu ce spectacle Phèdre avec Claude Degliame interprétant tous les rôles que c'était fou et totalement inoubliable au point qu'à chaque fois qu'un élève veut jouer Phèdre aux premiers mots j'ai des larmes à me fendre les paupières pour ne plus jamais fermer les yeux et surtout pas sur l'écorché incarné de Racine.


L’ACTEUR CRÉATEUR N°2
Le plaisir chez Racine
Stage AFDAS de 140h, soit 20 jours de formation,
dirigé par Claude Degliame, comédienne
Du 6 au 30 janvier 2009



« La matière de ce stage est la langue racinienne.

Le vers racinien semble la forme poétique la plus contraignante de la langue dramatique française. Et pourtant, étrangement, elle en est peut-être la plus dynamique. L’alexandrin ne rigidifie pas, ne refroidit pas, il véhicule. Le sang coule en lui comme dans les veines. Il est mouvement. Ce sont ses rythmes, ses longues et ses brèves, qui blessent, hurlent du fond du silence, caressent, font trembler, rougir, frissonner, effraient les personnages et les spectateurs.

L’acteur porte cet effroi, en même temps qu’il est porté, emporté par le vers, de l’intérieur de lui-même jusqu’au fond de l’âme des spectateurs. Le vers l’oblige. A une vérité humaine qu’il ne soupçonnait pas. Comme tout grand théâtre, le théâtre racinien est au-delà de la morale, a-moral, il voyage des sentiments les plus criminels aux plus doux. Il est humain mais inhumain, il est trop humain. C’est ce trop humain que l’acteur doit aller chercher pour oser aborder cette langue impossible.

Un voyage dans la langue de Racine c’est un voyage dans toutes les langues du théâtre, en un peu plus fort peut-être, un peu plus difficile. Je suis sûre que c’est une expérience qui peut aider chaque acteur à aborder autrement et interpréter quelque auteur que ce soit.

Je demanderai à chaque participant du stage de préparer un passage choisi par lui dans l’œuvre de Racine. Il s’agira d’un point de départ du travail. Après nous partirons sur les ailes du vent. »

Claude Degliame, septembre 2008


Dates et horaires : Du 6 au 30 janvier 2009, de14h à 21h, sauf le dimanche 11, vendredi 16, dimanche 18, samedi 24 et dimanche 25 janvier 2009
Lieu : en région parisienne

Modalités d'inscriptions et d'entretiens :

1. Contactez l’AFDAS de votre région afin de vous assurer de vos droits et de recevoir votre dossier de demande de prise en charge dans le cadre d’un plan de formation (www.afdas.com)
2. Envoyer votre dossier à La Compagnie par mail ou voie postale, comprenant :
- Un C.V. avec photo (peu importe le format)
- Une lettre de motivation, à l’attention de Claude Degliame
- Vos coordonnées complètes (adresse postale, mail, numéro(s) de téléphone, etc.)
3. Votre dossier doit nous parvenir au plus tard le vendredi 5 décembre 2008
4. Vous serez éventuellement contactés dans la semaine du 8 au 12 décembre pour des entretiens individuels avec Claude Degliame.
5. Date définitive du recrutement : mardi 15 décembre 2008
6. Dans le cas d’une réponse positive, vous devez envoyer votre dossier de demande prise en charge à l’AFDAS, validation indispensable à votre participation à la formation.

La Comédie Française en quête de sa deuxième salle.... Le Monde


Opinions du 29/11/08 dans le Monde
L
e feuilleton "Comédie-Française Bobigny" tourne à la mauvaise farce. Les épisodes se suivent et alimentent chaque fois davantage la cacophonie. Au point que plus personne n'y comprend rien. Tout a commencé début octobre, quand la presse a révélé que la Comédie-Française envisageait de s'installer à la MC93 de Bobigny. La nouvelle a provoqué la colère du milieu théâtral et une crise à l'intérieur de la Maison de Molière.

De guerre lasse, Muriel Mayette, l'administrateur général de la Comédie-Française, a annoncé dans Le Monde du 13 novembre qu'elle renonçait. Sans informer au préalable sa tutelle, l'Etat, qui l'a très mal pris. Le 15, le ministère de la culture a fait savoir que le projet de Bobigny conservait "toute sa pertinence." Le ministère sauvait ainsi la face, remettait Muriel Mayette à sa place, et faisait passer un message clair : encore une fois, les journalistes n'avaient rien compris. Depuis le début de "l'affaire", la Rue de Valois accuse les médias de "désinformation".

L'entêtement ministériel laisse perplexe. Qui veut encore de l'improbable partenariat entre la Comédie-Française et Bobigny ? Même le médiateur nommé pour calmer le jeu, Bernard Faivre d'Arcier, ancien directeur du Festival d'Avignon, lâchait récemment que ce projet est "une fausse bonne idée". La profession, elle, ne cesse de dénoncer une "OPA", qu'elle craint de voir se reproduire ailleurs. La tension est montée d'un cran, ces derniers jours : dimanche 16, le principal syndicat du spectacle vivant, le Syndeac, a prévenu que tout passage en force "risque de provoquer une rupture définitive entre la Comédie-Française et les autres théâtres". Avis aussi au ministère de la culture qui "perdrait de toute façon son crédit" s'il s'obstinait.

Aucun directeur de théâtre n'a envie de se retrouver dans la situation de Patrick Sommier, à la tête de la MC93 depuis 2000. Celui-ci a appris par la bande que la Comédie-Française, le ministère et les tutelles de Seine-Saint-Denis envisageaient l'implantation de la Comédie-Française à Bobigny. Chacun de ces acteurs y trouvait son compte. Muriel Mayette disposerait enfin de la salle modulable qui manque à la Comédie-Française. La ministre de la culture et de la communication, Christine Albanel, porterait "l'excellence théâtrale au coeur des quartiers". La maire communiste de Bobigny, Catherine Peyge, aurait son "Stade de France", comme elle a osé le dire. Quant au conseil général socialiste, principal bailleur de fonds de la MC93, il ferait des économies.

Ce beau scénario a échoué à cause des erreurs et des inélégances du ministère, auxquelles se sont ajoutées les maladresses opportunistes de Muriel Mayette. Pour justifier le projet, Mme Albanel a présenté la MC93 comme une étoile pâlissante dont la fréquentation serait en baisse, l'offre de spectacles diminuerait, et l'image à l'étranger ternirait - oubliant d'ajouter que les subventions de l'établissement stagnent depuis des années...

Par ailleurs, la Rue de Valois a négligé des questions de fond. Statutairement, la Comédie-Française ne peut pas fusionner avec une structure associative comme la scène nationale de Bobigny. Financièrement, rien n'a été réglé : pour développer ses projets en Seine-Saint-Denis, la Comédie-Française aurait besoin de recruter de nouveaux comédiens, et doit être sûre de pouvoir assumer le coût de ses productions artistiques. Or l'Etat n'a jamais dit à quelle hauteur il s'engagerait.

Ces incertitudes ont suscité beaucoup de débats parmi les comédiens-français qui, fait rarissime dans l'histoire de la Maison, ont exprimé haut et fort leur désaccord. "Nous refusons de nous installer dans un théâtre contre ceux qui le dirigent et le font vivre", a déclaré la troupe, le 9 octobre, dans un communiqué approuvé à une majorité écrasante. Depuis, Muriel Mayette se retrouve en porte à faux. Elle ne peut pas agir contre sa troupe, qui sait si bien jouer les Atrides, ni se mettre à dos le ministère, qui seul peut lui faire obtenir sa fameuse "deuxième salle".


LE RÊVE DE PIERRE DUX

Pierre Dux

Né le 21 Octobre 1908 à Paris, Ile-de-France, France
Décédé le 01 Decembre 1990 à Paris, Iles-de-France, France
De son vrai nom : Pierre Martin

Au sens strict, l'expression "deuxième salle" est fausse. La Comédie-Française possède actuellement trois salles : la salle Richelieu (862 places) au Palais-Royal, le Théâtre du Vieux-Colombier (300 places) à Saint-Germain-des-Prés, et le Studio-Théâtre (136 places) niché dans le Carrousel du Louvre. C'est une situation aberrante, héritée de choix bien antérieurs à l'arrivée de Muriel Mayette à la Comédie-Française, en août 2006.

Historiquement, la salle Richelieu représente "le saint des saints". Mais elle ne peut pas accueillir certaines oeuvres contemporaines qui nécessitent une jauge moindre et un plateau adapté aux mises en scène modernes. La question s'est posée dès les années 1970. La Comédie-Française disposait alors de deux salles : Richelieu et l'Odéon, qui est aussi un théâtre à l'italienne. A ce moment-là, le grand administrateur qu'était Pierre Dux a tenté de convaincre l'Etat de créer un complexe moderne dans le bâtiment aujourd'hui occupé par le Louvre des antiquaires, à deux pas de la maison mère.

C'était une excellente solution : la Comédie-Française aurait bénéficié d'un équipement aussi performant que celui de la Royal Shakespeare Company, à Londres. Faute de s'être réalisé, le rêve de Pierre Dux est devenu un cauchemar pour les administrateurs suivants. Après avoir perdu l'Odéon, en 1989, la Comédie-Française s'est repliée (en 1993) sur le Théâtre du Vieux-Colombier, réaménagé et consacré au répertoire exclu de Richelieu. Puis, en 1996, elle a obtenu de l'Etat la construction du Studio-Théâtre, dédié aux découvertes. Mais ces deux salles n'ont pas réglé le problème. Au contraire, elles ont desservi la Comédie-Française, qui n'a jamais su trouver le chemin de la rive gauche ni sa place au Carrousel, où l'on entend bien les métros pendant les représentations. D'où la recherche d'une autre scène.

Pour l'heure, la Maison de Molière n'a pas eu la chance de l'Odéon-Théâtre de l'Europe : celui-ci a pu et su conserver les Ateliers Berthier, qui avaient été remarquablement remodelés pour lui servir de salle provisoire pendant la durée de ses travaux de rénovation (de 2003 à 2006). L'Odéon a pu ainsi jouir d'une configuration idéale : une salle à l'italienne au centre de Paris, une autre modulable sur les boulevards périphériques. Il faut dire que c'était l'époque, pas si lointaine, où l'Etat avait encore les moyens et la volonté de financer un projet théâtral ambitieux.

dimanche 23 novembre 2008

Masculin-Féminin au THÉÂTRE : articles de Muriel Mayette et de Jean-Michel Rabeux : égalité, pouvoir, rôles masculin-féminin, trans...

Chers élèves, apprentis comédiens, amateurs professionnels, voilà de quoi lire sur les questions qui se posent ou qui ne se posent plus lorsque nous vous donnons des rôles soit féminins-masculins soit masculins-féminins, à vous "Ô frères humains..."

Articles de la Revue du Théâtre de Strasbourg : OutreScène


LE RETOUR AU DÉSERT
de Bernard-Marie Koltès
mise en scène Muriel Mayette

avec Catherine Ferran, Dominique Constanza, Martine Chevallier, Catherine Sauval, Catherine Hiegel, Michel Favory, Bruno Raffaelli, Alain Lenglet, Michel Vuillermoz, Julie Sicard, Bakary Sangaré, Gregory Gadebois, Thomas Blanchard, Pierre Louis-Calixte, Imer Kutllovci

Comédie-Française / Paris
13 Février 2007

Le théâtre a t-il un genre ?

Mai 2007
Extrait du texte long (ci-dessous) soit, mais si féminin-masculin :
"
Ce qui serait intéressant, ce serait que des femmes se mettent aujourd'hui à jouer des rôles d'hommes puisque pendant longtemps des hommes ont joué des rôles de femmes."


Laurent Muhleisen - Dans ton parcours d'actrice, as-tu le souvenir d'avoir été confrontée à des stéréotypes de la féminité ? As-tu travaillé avec des metteurs en scène - ou des metteuses en scène - qui proposaient une vision de la femme avec laquelle tu n'étais pas d'accord ?

Muriel Mayette - Je pourrais répondre en te parlant de la question de la nudité. Au théâtre, c'est un problème en soi, la nudité et sa pertinence. Dès lors qu'elle n'est pas nécessaire, elle transforme le regard du spectateur en regard de voyeur. Il n'y a plus de dimension poétique du personnage, et la sexualité de l'actrice prend le dessus. On déshabille plus facilement des femmes que des hommes, et quand on déshabille des hommes, c'est souvent dans des spectacles où les femmes apparaissent peu ou pas du tout. Quand il y a nudité sur le plateau et qu'elle n'est pas absolument nécessaire, on est réduit à ne représenter que son propre sexe, on n'a plus aucune possibilité de mettre une distance poétique entre son instrument et soi-même. Cela m'est arrivé une fois dans une pièce d'Osborne ; c'était une scène de lit et je jouais une prostituée : pourtant je ne trouvais pas la nudité nécessaire - parce que jouer « une prostituée», cela ne veut rien dire. J'ai donc refusé d'être entièrement nue.
Je pense que la plupart des metteurs en scène sont, comme tout le monde, conditionnés par des stéréotypes. Sur scène je m'occupe davantage de mon propre rapport avec le texte, avec la pensée que je dois exprimer, que de la notion de personnage. Bien sûr, quand on travaille avec un metteur en scène comme Matthias Langhoff, tous les cadres explosent, on n'a jamais l'impression d'être enfermé, limité. De toute façon, je n'ai jamais accepté une chose que je ne voulais pas faire. Je n'ai jamais été en désaccord avec moi-même. La seule fois où cela m'est arrivé, j'ai refusé le rôle.

L. M. - Dans ta vie, y a-t-il des femmes ou des hommes auxquels tu as voulu ressembler ?

M. M. - Non, je n'ai jamais vraiment voulu ressembler à personne, mais je peux dire que mon admiration est beaucoup plus spontanée pour les actrices que pour les acteurs. Elles sont parfois plus mystérieuses et je ne comprends pas du tout comment elles font. Je trouve que les grandes actrices parviennent à tout réunir, un mystère et en même temps quelque chose de concret, une dimension, une puissance de vie qui en général, chez les hommes, est plus «étroite». Pour moi, chez certaines actrices -et je précise qu'il y en a peu- il y a beaucoup plus de liberté, et cela me séduit.

L. M. - Mais penses-tu que cela est lié à leur féminité ? Les hommes sont-ils restreints par leur masculinité ? Un acteur masculin qui aurait une grande part de féminité en lui a-t-il plus de mystère ? Une actrice plutôt masculine en a-t-elle moins ?

M. M. - Je pense que cette question est liée au genre. Je ne crois pas que cela dépende du degré de féminité ou de masculinité. Certaines actrices très «masculines» apportent une dimension très impressionnante à leur rôle (qu'elles jouent une femme ou un homme). Les comédiennes que j'admire ont, je crois, davantage de capacité que les hommes à dévoiler, à raconter tous les aspects de ce qui les compose : la mère autant que l'amante, que la fille et que la femme. Cela, c'est une question de sexe, un homme ne peut pas le faire.

L. M. - Tu penses donc qu'on n'apprend pas aux petites filles à se comporter en petites filles, que le genre est lié au sexe, qu'il n'est pas une construction politique ?

M. M. - Absolument, c'est une question de sexe. Bien sûr, la société nous impose tout un tas de choses, les filles jouent avec des poupées et les garçons avec des camions. Bien sûr, on a des images dans les yeux, mais on voit bien par exemple que lorsqu'une femme a eu un enfant, elle est très différente, et cette différence-là n'est pas du tout la même chez un homme qui vient de devenir père. Chez une artiste, cette différence multiplie la variété de ses réponses poétiques puisque pour un acteur son instrument est lui-même. On est toujours l'acteur de la personne que l'on est.

L. M. - Tu mets en scène Le Retour au désert, pièce dont l'un des thèmes est le rapport d'une sœur et d'un frère. Être une femme infléchit-elle ta façon de mettre en scène cette femme et cet homme ? Te sens-tu plus solidaire de Mathilde que d'Adrien ?

M. M. - Forcément, mais je ne m'en rends pas compte, je ne le fais pas sciemment. Mettre en scène, c'est lire, essayer d'entrer dans la pensée d'un auteur, essayer de la décrypter, de la comprendre, et il faut également mettre en scène ce qu'on ne comprend pas. Je lis cette pièce à travers ma propre expérience. Il y a une dimension très importante dans les pièces de Koltès, c'est qu'il ne juge jamais ses personnages. On peut donc dire de Mathilde, par exemple, que c'est une mauvaise mère parce qu'elle ne s'occupe pas de ses enfants, mais on peut dire aussi que sa manière de les abandonner les rend libres : c'est aussi négatif que positif, et je pense que mon expérience de femme me fait voir cela de façon plus positive. Et sans doute suis-je un peu plus sévère avec Adrien ? J'essaie cependant de regarder ces personnages sans les juger, ils reproduisent ce qu'ils ont vécu.

L. M. - Les hommes, comment les jugerais-tu dans cette pièce?

M. M. - Ils sont beaucoup plus fragiles. Les acteurs avec lesquels je travaille pour cette production ont tendance à vouloir les rendre bien meilleurs qu'ils ne le sont. Or je ne crois pas qu'ils ont besoin d'être plus gentils, car en réalité ils ne sont pas nés méchants, c'est juste qu'ils ont été construits comme cela, ils ont les défauts d'une bourgeoisie machiste, sont sans scrupules, tueurs, mais je ne les juge pas ; ils sont juste plus fragiles, ils ont besoin de murs qui les protègent. Mathilde, elle, a été humiliée, elle a souffert, elle a été tondue et elle s'est enfuie avec ses deux enfants, elle affronte de plein fouet la violence de son frère et des hommes, sa mère et sa meilleure amie sont mortes - Adrien parle là de tradition, il dit qu'il faut respecter la tradition, et celle-ci veut que dans cette famille les femmes meurent brutalement sans qu'on sache très bien comment. Confrontée à cette violence, Mathilde développe une très grande résistance, une soif de vivre, une gourmandise immenses, elle est donc plus forte que son frère, et elle le sent. Le fait que moi je sois une femme me fait davantage ressentir cela. Adrien, lui, préfère imaginer son fils déjà mort parce qu'il va aller au service militaire en Algérie, je crois qu'il a tellement peur de souffrir, qu'il s'inquiète tellement de l'avenir de son fils qu'il aurait voulu protéger de tout, ce qui est impossible, qu'il préfère le voir mort pour que la douleur ne le surprenne pas. Il imagine le pire pour être débarrassé d'un sentiment d'amour, il n'a pas la force de s'inquiéter, c'est une immense fragilité.

L. M. - Penses-tu qu'aujourd'hui encore il est plus difficile pour une femme d'occuper un poste à haute responsabilité et de s'y maintenir?

M. M. - Depuis que j'occupe le poste d'administrateur général de la Comédie-Française, je comprends beaucoup mieux ce qu'est le machisme. Je ne pensais pas, sincèrement, qu'on en était encore là, à ce point. En tant que comédienne, je n'ai jamais eu vraiment rendez-vous avec le machisme, je décelais parfois certaines formes de perversité - de la part de metteurs en scène essayant d'exercer une certaine forme de domination sur l'acteur, ou parce qu'au fond ils considèrent la femme comme le « deuxième sexe» ... Bon, il y a des imbéciles partout, mais moi je ne me laissais pas faire. Dans le théâtre en France il va de soi qu'il y ait des femmes comédiennes. Pourtant les rôles de femmes sont parfois mineurs dans le théâtre classique, et dans le théâtre contemporain non plus, il n'y a pas tant de rôles de femmes intéressants que cela. Koltès, lui, a écrit des rôles de femme sublimes, mais il ne représente pas un courant majoritaire. Cela m'étonne toujours. Pourquoi en est-on encore là ? Pourquoi les grandes figures humaines, les grands traits de caractère, sont-ils toujours représentés par des hommes? …
J'ai fait un détour, mais pour répondre à ta question, je découvre en ce moment non seulement quelles sont les conséquences de mes responsabilités, mais aussi que la plupart du temps, elles sont lues à travers un machisme absolument incroyable. Le fait que je sois une femme à ce poste complique vraiment le regard des gens que j'ai en face de moi, et en gêne beaucoup. Ce n'est pas seulement le fait que je sois une actrice nommée à un tel poste. Jusqu'à présent ces postes étaient « réservés », ils revenaient à des gens persuadés qu'il s'agissait d'une chasse gardée, indigne d'un comédien (et encore moins s'il est une femme) - on n'est pas très loin de l'image du comédien excommunié, tenu à l'écart de la bonne société. Le fait d'être une femme multiplie la difficulté par deux, tout simplement parce qu'il y a des hommes qui ne le supportent pas, ou alors qui considèrent que si je suis à ce poste-là, c'est parce que je suis une « tueuse », une femme qui déteste ses contemporains, prête à tout pour y arriver, y compris d'user de violence. On ne se fait pas ce genre de réflexions, a priori, par rapport à un homme; pour un homme, arriver à ce type de responsabilité est l'aboutissement normal d'un parcours. Je dois tout de même avouer que dans cette fonction, le fait d'être une femme fait que je m'y prends parfois avec une dimension maternelle, une dimension du cœur -attention, je ne veux pas dire que les hommes n'ont pas de cœur- mais je crois que les femmes utilisent plus souvent leur cœur comme base même de leurs rapports que leur intellect. Elles ont une direction plus instinctive. Bien sûr, il y a des degrés, mais en ce qui me concerne, j'ai tendance à ne fonctionner qu'avec mon instinct. Cela change tout et c'est une relation beaucoup plus féminine. Je suis concrète et extrêmement instinctive. Ma manière de diriger les gens et d'exercer mon autorité passe beaucoup plus par le dialogue. Je ne veux pas dire que les hommes ne savent pas dialoguer, mais c'est un réflexe très féminin que de mettre cela en avant. Il y a une manière d'exercer le pouvoir qui peut passer par la douceur, la compréhension, et même le silence. Il y a différentes formes d'autorité. Il me semble que la mienne n'est ni cérébrale, ni violente. Ce qu'il faut pour diriger c'est une vraie foi, une ligne directrice, une éthique et du caractère.

L. M. - Penses-tu que la question de la différence des sexes structure ta perception du monde et du théâtre que tu fais?

M. M. - Je pense que le féminin et le masculin, ce n'est pas la même chose. Au-delà du fait d'être un homme ou une femme, ce sont deux corps différents qui se complètent, qui bataillent parfois, ce sont deux différences qui passent leur vie à tenter de se connaître, de se comprendre ... Je ne peux pas imaginer un monde sans l'un ou l'autre, je ne veux pas.


L. M. - Penses-tu que ta part de masculinité joue un rôle dans ta façon de lire un texte, de diriger des acteurs, d'exercer ton métier?


M.M. - Ma masculinité ... Je n'ai été élevée qu'avec des garçons et j'ai donc un rapport de «copains» avec mes partenaires, avec mes collaborateurs, avec les acteurs, beaucoup plus évident qu'un rapport de «copines». Je suis même parfois terrorisée par les rapports entre les filles, parce que je ne me suis pas construite avec, je les ai découverts très tard. Oui, cela joue dans ma manière, par exemple, de fédérer les équipes. J'ai plus une approche de «footballeur» que de «petit rat de l'Opéra». Avoir été éduquée avec des garçons a développé chez moi une connaissance du sexe opposé assez forte. Il y a une sensibilité, une façon de voir les choses chez une femme qui est très différente de l'homme et je peux dire que j'ai eu l'occasion de développer aussi cette part masculine. J'ai aussi mis du temps à ne pas avoir peur de ma séduction, à maîtriser cette dimension-là dans mes rapports avec les autres, d'ailleurs peut -être que je ne la maîtrise pas toujours.

L. M. - Longtemps, le théâtre a évolué dans une société où les apports des hommes et des femmes étaient très normés, voire relevaient de deux espaces radicalement opposés. Aujourd'hui que cette frontière s'est estompée, quel regard portes-tu sur les pièces du passé ? Penses-tu qu'il faille montrer ces oppositions, la misogynie qui peut les caractériser ?
M. M. - Il n'est pas utile de la montrer, elle se voit. Ce qui est intéressant, c’est de montrer comment les femmes se sont battues à l'intérieur de ce carcan. Le mouvement d'émancipation progressif des femmes finit par se voir sur scène, pas seulement par rapport à l'égalité des sexes. Il a fait évoluer l'art de la mise en scène: ce qu'on cherche aujourd'hui, dans ces rôles de femmes du passé, c'est l'épaisseur qu'ils ont malgré tout dans leur contrainte, et il est très difficile, par exemple chez Molière, d'évoluer dans cette contrainte. Ce qu'il faut montrer, c'est comment un personnage féminin lutte, souffre à l'intérieur de ce carcan, comment il arrive à continuer à vivre, comment il résiste, et c'est l'évolution de la mise en scène qui nous permet d'explorer cette dimension, de lui donner plus de place. C'est cela, il faut montrer la résistance de ces femmes.

L. M. - A partir du tournant du XX· siècle, on interroge différemment le statut de la femme dans la société (je pense à Hedda Gabier, à Nora, à Lulu, à Salomé). En abordant ces rôles, une comédienne se sent-elle davantage l'égale des hommes?


M. M. - Il y a une différence entre se battre pour l'égalité et réfléchir à ce qui sépare le masculin du féminin. Quand j'aborde un rôle, je le fais avant tout dans la conscience aiguë de cette différence, plus que par rapport à une question d'égalité ... Ce qui serait intéressant, ce serait que des femmes se mettent aujourd'hui à jouer des rôles d'hommes puisque pendant longtemps des hommes ont joué des rôles de femmes. Il faudrait voir comment la problématique d'Hamlet est abordée par une femme ... je ne suis pas sûre qu'elle l'aborderait de la même façon.

L. M. - D'après toi, pourquoi demande·t-on toujours aux femmes de se situer par rapport aux hommes et jamais aux hommes de se situer par rapport aux femmes ?

M. M. - Parce que pendant longtemps les femmes ont été le deuxième sexe. Aujourd'hui où on est confronté à la question de l'égalité, il arrive que les hommes se sentent menacés ou lésés, que des femmes soient tentées de «venger leur sexe» au lieu d'œuvrer vraiment pour cette égalité. Trouver un nouvel équilibre est difficile, on est loin d'y être arrivé. Et tant qu'on n'y sera pas arrivé, on posera aux femmes des questions qu'on ne pose pas aux hommes: Comment avez-vous fait pour en arriver là, qu'est-ce que cela vous fait d'être une femme?, etc. L'égalité, ce serait de ne plus se poser de questions, de trouver cela normal. Peut-être cessera-t-on de les poser le jour où l'on admettra que ces femmes peuvent s'y prendre autrement à des endroits stratégiques, dans la politique, les affaires, l'art. … Le jour où l'on comprendra que ce qui est intéressant, c'est la complémentarité des deux sexes, et non la rivalité, les choses seront plus faciles.

Propos recueillis par Laurent Muhleisen, Paris, janvier 2007.

Entrée dans la troupe en 1985. devenue sociétaire en 1988. Muriel Mayette a été nommée administrateur général de la Comédie-Française en août 2006.


Muriel Mayette assise avec Catherine Samie et Christine Fersen
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JEAN-MICHEL RABEUX
Extrait du texte long (ci-dessous) soit, mais si masculin-féminin :
"Rien ne me réjouit plus que de s'extraire de l'être social imposé par la nature, ou par la loi. Je parle de théâtre quand je dis ça. Le théâtre est pour moi le lieu de cette liberté."

Propos recueillis par Leslie Six

L'ambiguïté sexuelle, je veux surtout dire le travestissement, est un de mes matériaux favoris sur le plateau. J'aime ce qui est ambigu, énigmatique, ce qui dévoile un peu du secret que cache l'être social masqué pour le regard des autres. Je remarque que les hommes ont aujourd'hui peu de place pour exprimer leur séduction érotique dans la vie sociale. C'est récent. Depuis disons la fin de la Guerre de 14, un homme n'a plus guère de moyens de séduction. Ainsi l'érotisme masculin est difficile à caractériser sur un plateau. Si vous voulez travestir un homme en femme, c'est très facile, vous lui mettez une paire de talons, une jupe, un boa, une perruque, que sais-je, mais travestir une femme en homme est tout de suite beaucoup plus compliqué. D'une part parce qu'aujourd'hui les femmes utilisent toutes les caractéristiques vestimentaires des hommes. Donc mettre un pantalon et des cheveux courts à une femme, c'est un peu juste. D'autre part parce qu'il n'y a pas de caractéristiques, sauf des caractéristiques d'extinction de l'éros. Pour qu'une femme devienne homme, elle se dés-érotise, elle se dé-sexualise un peu. Un auteur pas si ancien, comme Alexandre Dumas, parle de la flexibilité du poignet de tel homme, de la cambrure de son mollet, de la façon dont cet homme garde ses mains blanches et séduisantes. Toutes choses qu'on ne peut plus dire d'un homme aujourd'hui. Or ce qui m'intéresse sur le plateau, c'est ce qu'on ne peut plus dire. Évidemment, la sexualité, la séduction masculines existent, mais elles sont dissimulées, étouffées, pas admises. Louis XIV passait deux heures et demie à se préparer: son habit, la rhingrave, était une robe faite pour séduire. Je me suis baladé dans le désert du Maghreb, les hommes en djellaba sont extrêmement séduisants, une cuisse apparaît, ou une épaule, dans des djellabas magnifiques, bleues, blanches immaculées, alors que ce sont des pays pauvres où la propreté est un luxe. Très longtemps les hommes se sont maquillés, parfumés. Dans certaines cultures africaines les hommes se maquillent pendant des heures et font des parades de séduction vis-à-vis des femmes. Ils dansent, comme chez nous Salomé danse pour les hommes. Je ne cherche pas l'inversion pour elle-même, mais ce qui est dissimulé : que la féminité, la séduction masculines soient tout à coup exprimées.

Ce n’est pas tant inverser pour inverser que camper un mystère. Claude Degliame, qui joue Obéron dans Le Songe d'une nuit d'été, a une voix très grave, et les gens qui ne la connaissent pas sont certains que c'est un homme, et puis non, et puis oui. Elle a joué le Chevalier dans La Fausse suivante, elle avait une barbe à la Gainsbourg, avec sa voix grave, les cheveux courts, les épaules carrées, plus le travail de l'actrice bien sûr, ça créait un vrai doute. Les spectateurs regardaient le programme, et comme elle s'appelle Claude ... Pour dévoiler sa féminité, le personnage montrait rapidement, mais clairement, ses seins qui chez Claude sont très, très nettement féminins, eux. Un jour dans la salle, on a entendu : "De toute façon, ils sont faux." C'est rare chez les filles d'y parvenir, mais on peut atteindre ce trouble-là: qu'est -ce qu'est un homme, qu'est -ce qu'est une femme ? C'est ça qui m'intéresse: où est la différence ? Quand on a monté Le Songe d'une nuit d'été, on a commencé par faire des amoureux hétéros «normaux» : des filles pour jouer les filles, des garçons pour jouer les garçons -je m'ennuyais. C'était une chose convenue, sage, que j'avais vue mille fois : quatre jeunes gens qui s'aiment sans s'aimer tout en s'aimant, etc. En inversant, de la profondeur m'est soudain apparue, de la liberté.

Le travestissement est un des jeux du théâtre, Molière, Marivaux, Aristophane, depuis toujours. Grotesque ou terrible, ou les deux. J'aime mélanger, produire de l'impossible. L'acteur qui joue Titania a des traits très fins, on pouvait vraiment faire qu'il ait l'air d'une fille, de visage, avec maquillage et perruque, et puis soudain il dévoilait son corps de jeune homme. Qu'est -ce que c'est ? Ce n'est plus ni un homme ni une femme. Qu'est -ce que c'est ? Un ange ? En plus il portait un string chair. Pour moi c'était une fée, ni tout à fait un homme ni tout à fait une femme. Autre énigme théâtrale que j'aime beaucoup poser : que du pire on puisse en même temps rire, qu'une scène puisse contenir en même temps son effroi et son grotesque. Avec Le Songe, la griffe artistique est un peu adoucie, parce que je savais qu'il y aurait des jeunes parmi les spectateurs. Par exemple, la scène érotique entre l'âne et Titania est faite et défaite en même temps par le grotesque. Elle pourrait être bien plus insupportable mais j'ai pris soin qu'elle ne le soit pas.

Je pourrais faire une version du Songe où la sauvagerie amoureuse, la sauvagerie érotique qui est le creuset de la pièce, soit plus apparente. Là, je lui lime les ongles - et d'ailleurs Shakespeare aussi -par le rire : c'est une comédie. Ça me passionne de mettre dans l'esprit d'un jeune ado du doute sur la sexualité, sur l'amour : qu'est-ce qu'aimer, qu'est-ce que désirer, qu'est-ce que signifie dire à quelqu'un : Je t'aimerai toujours, et deux mois plus tard lui cracher à la gueule parce qu'il (elle) a envie d'en sauter un(e) autre et qu'il ne sait pas que ce dont il a envie pour l'instant c'est de sauter, et non pas d'aimer, et qu'il n'a pas fait la différence entre les deux. C'est comme ça qu'après ils se retrouvent à s'arracher les gosses devant les juges. Parce qu'ils n'ont pensé à rien de leurs rêves. C'est pour ça que je fais du théâtre. Pour qu'ils éprouvent, un peu, la diversité de leurs rêves. C'est ça la catharsis, non ? Jouer avec leurs rêves pour en déjouer la cruauté. Celui-là s'appelle Le Songe ...
Quand j'étais jeune j'avais les cheveux longs et des talons, les traits fins, j'étais joli. J'ai toujours eu en moi une sorte de féminité et je vivais, et je vis encore, avec une femme qui avait une sorte de masculinité. En fait on est hétéros de base. Rien ne me réjouit plus que de s'extraire de l'être social imposé par la nature, ou par la loi. Je parle de théâtre quand je dis ça. Le théâtre est pour moi le lieu de cette liberté. C'est en quoi il me passionne. C'est pourquoi j'y reviens toujours. Le théâtre est un rêve posé nu sur le plateau, à cru, de nos jours on appelle ça l'inconscient, tout ce qui nous forge, tout cet archaïsme que l'on a en nous et qui est infiniment plus complexe que ce que la société laisse paraître, un rêve où tout le tu se dit, tout le caché se dévoile. Plus complexe, plus douloureux, plus cruel, plus effrayant sans doute que l'affaire entendue proposée par la norme. En accompagnement du Songe, mon assistante a mis en scène une adaptation très courte de Roméo et Juliette pour deux acteurs et l'a fait jouer par deux hommes. ils l'ont joué dans des associations, des classes difficiles etc., et elle a eu les mômes en direct. «Les fiotes, moi je les tue », elle l'a entendu plein de fois. Quand on se déplace un peu de nos mondes privilégiés, la différenciation revient très fort chez les jeunes, plus fort qu'avant. Comme la misogynie, ça va avec. C'est très raide, terrible. J'ai l'impression que si on admet qu'on a des désirs qui sont un peu plus complexes que la monogamie obligée, «j'aime de 17 à 97 ans la même personne, donc je ne désire que cette personne-là », si on admet l'existence d'autres possibilités que celle-là -sans pour autant les vivre d'ailleurs- d'abord on est un peu plus tolérant vis-à-vis des autres mais surtout on met un peu de doute à l'intérieur même de soi. Mettre un peu de doute. Que tout d'un coup un jeune qui veut tuer tous les pédés soit un peu troublé par le corps de la petite Titania : Ah bon, ça peut être aussi ça un garçon.

Dans les trois monothéismes, l'ordre amoureux est très violent. Il me paraît fondé sur le mépris de l'éros, le mépris du corps et en particulier du corps de la femme. Mais l'archaïsme dont je parlais vient bien avant tout ça, il est pré- islamique, pré-chrétien, et pré-judaïque. L'archaïsme c'est la nuit des temps, c'est l'animal qui demeure en nous, c'est peut-être aussi cette lutte en l'homme pour échapper à sa condition animale. Des millénaires de mystère pour que se forge peu à peu en l'homme une âme, autre chose que son corps. Cette autre chose, la notion qu'il a de son corps, de sa douleur, de sa mort, le rendent forcément douloureux, sinon haineux vis-à-vis de son corps. On va tous mourir, ça fait mal. Il faut beaucoup penser pour aimer cette machine de mort qu'est notre corps, qui est aussi machine de vie.

Nous sommes dans une société qui méprise terriblement le corps. Bien sûr, c'est duel : il ne m'a pas échappé qu'il y a des filles nues partout!
Sauf que ce ne sont pas des filles nues, ce sont des corps retouchés par ordinateurs. C'est une autre forme de mépris. Ils ne peuvent pas voir un vrai corps, ils ne le montrent jamais. Quand je dis « ils », c'est le commerce, la rapacité, la pub. Cette mise en valeur d'un corps impossible est bien un mépris pour nos corps véritables. Et quand je parle à des jeunes, surtout les filles, et que je leur dis : Évidemment vos corps ne peuvent pas ressembler à ça, ces corps parfaits, ça n'existe pas -elles écoutent ! La différence avec l'aspiration à la beauté du corps qui traverse l'ensemble de l'art occidental c'est qu'avant, une statue grecque impossiblement belle, c'est une statue! Là on nous le présente comme une réalité des corps. C'est une violence terrible. Ça devient soudain une norme méprisante pour les singularités des gens. Le théâtre nous dit: Plein de sortes de corps peuvent exister, plein de sortes d'amours peuvent se vivre.

Pour moi le corps libre et librement montré par l'art, c'est la résistance. C'est la résistance à cette sorte de fascisme blanc qui s'installe dans nos sociétés, de fascisme surexposé, de fascisme plein feu. Il n'y a plus de secret. C'est comme une émission de télévision, il n'y a pas de contre-jour. Gros plan. C'est sans secret comme un visage de présentateur télé. Et le corps, qui est l'ennemi de notre religion dominante, est le point d'accroche qui dit non. Les pulsions du corps, l'érotique bien sûr, mais aussi ses pulsions mortelles, ses pulsions morbides, son effroi, sa défaillance, sa fragilité. Souvent mes nudités sont de l'ordre de la fragilité, elles sont très rarement de l'ordre de l'éros. Le corps nu, je veux parler de lui... parce que c'est de l'humain pantelant. Ce qui me bouleverse c'est par exemple un corps âgé, un corps où se voit le vent de la mort, l'aile de la mort. Il me semble que quelqu'un qui accepte la différence des corps, la cruauté des corps, accepte les différences des autres. Il est tolérant. C'est l'endroit de la faiblesse de l'homme qui m'intéresse, pas l'endroit de sa force. C'est pour ça qu'il y a tout un pan du théâtre -tous les débats de pouvoir qui traversent beaucoup l'histoire du théâtre depuis sa fondation grecque-qui ne m'intéresse pas. Ce qui m'intéresse c'est l'endroit où l'homme est un enfant fragile et dangereux et aimable, qu'on a envie d'aimer. Parce que c'est l'endroit où il est le plus lui-même, où il échappe aux critères sociaux, qui se déplacent avec les siècles, changent, et peuvent s'opposer du tout au tout. Les mœurs changent mais il y a une chose qui ne change pas, c'est que l'homme est face à trop grand pour lui: cette idée qu'il vient de nulle part et qu'il va vers nulle part. Et le signe visible -parce qu'après tout, au théâtre, on a besoin que les choses se voient- le signe visible de cette déchéance, de ce mystère, de cette énigme essentielle, c'est son corps nu. Mais je demande aux acteurs de déshabiller leur âme bien plus que leur corps. Saint Augustin dit: Nous sommes nés entre la pisse et la merde. C'est vrai physiologiquement et c'est vrai existentiellement. Poussière. On est de la matière anatomique et le mystère de notre âme s'entremêle avec cette matière-là. C'est passionnant, parce que plus la science va, plus on voit que l'âme s'entremêle avec notre machine.

C'est notre faiblesse qui est la résistance la plus forte aux abus qu'est toute organisation sociale. Il y a les abus du désordre -que TF1 nomme les « monstres»- et les abus de l'ordre- ce que TF1 ne nomme pas, parce que c'est ce qu'elle est. J'ai choisi mon camp, si je ne suis pas du côté des abus du désordre, ce qui ne voudrait rien dire, je suis férocement contre les abus de l'ordre, beaucoup plus ravageurs. Mon théâtre essaie de donner des coups de boutoir à ces certitudes tranquilles. Je ne parle soi-disant jamais de politique sur le plateau parce que je ne parle pas de pouvoir, mais je dis : Nous sommes des êtres singuliers, différents, et laissez-nous être des êtres singuliers, différents et secrets. C'est ce que je fais avec mon théâtre, et je prétends que c'est politique. Je vais beaucoup dans les quartiers et je les vois avec les capuches jusque là. Les filles comme les garçons. Il n'y a plus du tout de corps. Disparu. Et chez les filles tu comprends pourquoi le corps n'existe pas. Dès qu'il existe, dès qu'il est mis en avant, tu es une pute. Leur solution c'est la haine, la disparition. Et moi je leur envoie Titania, une énigme érotique, fille, garçon, enfant, sans sexe, les deux sexes. Et eux ils sont ... scandalisés, non, stupéfaits ! J'ai eu une réaction très jolie: Vous auriez pu lui cacher les seins quand même, c'est une fille ! Ça veut dire que l'imaginaire fonctionne à fond la caisse. Je l'aurais embrassé!

Dans la vie, un individu commence à m'intéresser quand je ne m'attends pas à la façon dont il va réagir. Et c'est vraiment ça que je demande au théâtre. Je m'ennuie quand je sais exactement tout ce qui va suivre: tel personnage a telle psychologie et je sais qu'on va y rester jusqu'au bout. C'est une des raisons pour lesquelles j'aime le théâtre qui part vers les rêves. Parce qu'il va vers la surprise, vers l'inattendu qui est pour moi le moteur de la vie, le moteur des plaisirs. Un paysage inattendu, un paysage humain inattendu, c'est ça le théâtre. Et la surprise c'est ça, c'est qu'on est complexe. Le geste artistique est un geste érotique. Je ne fais pas d'enfants, je fais des spectacles. Toute création est érotique parce que fondée sur la pulsion de la vie. On accouche d'un spectacle, on met en vie quelque chose. Quelque chose n'existe pas et se met à exister. Érotique au sens où sans l'éros il n'y a plus d'humanité, où sans l'éros il n'y a plus de forêts, plus de planètes, si on veut être un peu shakespearien, plus de douleur et de joie.

Propos recueillis par Leslie Six, relus par Jean·Michel Rabeux Strasbourg, 23 février 2007.





Le site de la Cie des AFFINITÉS ÉLECTIVES/Lien avec vidéo des MONTY PYTHON

Quelques photos qui parlent d'elles-mêmes, un peu comme dans les CV, les premières sont celles du dernier travail auquel vous êtes attachés...
pour plus de détails allez sur le site de la Compagnie des Affinités électives
sur ces photos Catherine Piétri, Frédéric Constant, Bertrand Farge entre autres...





ENEAS, NEUF en répétition






On ne met pas un fusil sur scène... en tournée






Tableau autour de Guerre Jeu 1


Textes de théâtre, pour le sketche de Bounder et Fumetrop des Monty Python en anglais "of course" : Monty Python - Travel agents sketch

Semaine à la télé au cinéma avec L'ÉCHANGE de CLINT EASTWOOD....ZAZA FOURNIER son 1er Album



Ne me prenez-pas le luxe d'aller au cinéma, quand je vais voir un film de Clint Eastwood, je me dis que cet homme, devrait vivre au moins cent vingt ans et pouvoir continuer à faire des films,
car L'ÉCHANGE m'a tenue en haleine, m'a dérangée, m'a faite pleurer, voyager dans le passé, dans l'intime, dans les cultures différentes dans le présent.
Dérangé, car il faut se déplacer pour être dérangé, remis en question, il est important pour cela d'aller au delà de chez-soi et de ses habitudes.
Ce qui est vertigineux c'est le système de va et vient qui se fait de l'époque du film à la notre,
le passage de dimensions à d'autres.
C'est une femme seule avec un enfant, elle travaille chez un "serveur" de lignes téléphoniques. Elle est responsable et se déplace en patins-roulettes...

La police outrance ses droits et manipule la "communication" des faits avec l'aide des journalistes.
C'est un enlèvement...
Et il y aura une femme qui malgré tout se battra jusqu'au bout du désespoir pour retrouver l'espoir de...
Ainsi, elle lutte à son niveau et pour le collectif ...
et rien de tout cela et rien de tous ces êtres n'est seulement beau bon et bien...
Les enfants peuvent être des menteurs éhontés, les mères de petits garçons peuvent se tromper, peuvent hurler de colère sur un autre enfant...

Le jeu des acteurs est tout à fait rare, la qualité de l'image aussi, l'histoire est tenue du début jusqu'à la fin.
Et vous ressortez de ce film comme propulsé en vous-mêmes...

Monsieur Clint, vous me donnez de grandes joies car vous respectez tous les mystères, les strates des humains et du cinéma, sans complaisance alors même que vous traitez des sujets très délicats.
Le crime... le désir d'être mère, entre autres et le fourre tout que représente la police la répression.
Madame Angélina, vous m'avez "fendu le cœur". Et les autres acteurs dont les enfants sont tous exceptionnels. Monsieur Malkovitch en pourfendeur de la corruption, vous faites par moments toujours aussi peur, endormie votre image, à peine une étincelle de votre jeu... votre jeu nous fait sursauter.
Clint Eastwood, ses films, ses nuances, son image, ce n'est pas pour la télé, c'est du grand-cadre, lui qui n'en rajoute jamais dans ses rares interviews le répète très souvent.
Alors propulsez-vous jusqu'au ciné, rien de meilleur quand il neige de s'enfoncer dans une salle obscure comme dans un manteau à capuche.


...
Je reviens je vais préparer à manger.
...
Avant juste, à propos de classe, d'élégance, avez-vous vu Denis Lavant parler dans une émission de Taddeï "Ce soir (ou jamais)" de la folie, "que faire de nos fous ?"
Il dit : que le doigt qui fustige et désigne les fous les marginaux est plus fou que les fous,
ils disent que vivre dans la rue rend fou à moins que ce soient d'être enfermé dans la norme qui pousse à l'explosion et à la délation.
Denis Lavant est aussi à même... de dire que d'être aidé, d'être aimé soit,
mais que d'avoir la possibilité de donner de l'amour avec sa brusquerie est indispensable, et que lui a beaucoup de chance, il a le théâtre, mais sans lui... hein !
Sans le théâtre, qu'aurais-je parcouru comme chemin, sans ce blog...
et maintenant ce blog qu'est-ce d'autre qu'une suite à aimer
qu'une location avec bail reconductible
apprivoisée es-tu, seras tu ? longtemps ? jusqu'au bout de ma vie avec sueurs et larmes
Folie rude, singulière propriétaire, je te tiens, tu me tiens...
résilience, résistante...

Et aussi dans un genre différent : MUSIQUE
Zaza FOURNIER, qui va se produire en concert au sentier des Halles du 4 au 6 décembre 2008, elle est passée aussi un soir dans l'émission de Taddeï, et oui je sais, ausssi chez Drucker et surtout achetez son disque, les 2 premières chansons vous donneront l'envie d'éplucher de réécouter toutes les autres compositions...



Elle me fait autant d'effet que les Rita Mitsouko dans Marcia Baila.