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lundi 16 janvier 2017

Catherine Hiegel : "Cette opposition entre public et privé est lamentable, nulle et typiquement française."

Catherine Hiegel : « L’immense vague réactionnaire me fait peur »
La comédienne, sociétaire honoraire de la Comédie-Française, metteuse en scène, inoubliable dans « La Vie est un long fleuve tranquille », joue dans « Un Air de famille », au théâtre de la Porte Saint-Martin.
LE MONDE | 15.01.2017 à 06h42 • Mis à jour le 16.01.2017 à 10h39 |Propos recueillis par Sandrine Blanchard
Je ne serais pas arrivée là si…
… Si mon père ne m’avait pas obligée à devenir comédienne.
A quel âge vous en a-t-il parlé ?
A 7 ans. Dès que j’ai su lire et écrire, il a commencé à me faire travailler. Mon père, Pierre Hiegel, était musicologue. Les jeudis après-midi, je faisais de la radio et des disques avec lui. Dans des émissions sur la vie des grands musiciens, je posais des questions. Sur le disque des Misérables, je faisais Cosette ; dans Viens valser avec papa, d’André Claveau, qui fut un tube à l’époque, je riais sur la chanson… Un jour, je devais avoir 15-16 ans, ma mère m’a dit : « Allez, dis-le à ton père que tu n’es pas faite pour être comédienne mais pour être mère de famille. » Cette phrase m’a vexée et m’a sans doute déterminée. Je me suis laissé faire par papa et j’ai suivi ses conseils : j’ai arrêté l’école en seconde, malgré un premier prix de mathématiques.
C’est rare qu’un père dise à sa fille : « Arrête l’école et sois comédienne. »
Avant la guerre, il voulait être comédien. Il a toujours eu cette frustration. Il fallait probablement que cela passe par un de ses enfants.
Vous êtes la dernière de la fratrie, pourquoi vous ?
Parce que les deux autres ont fait leur mauvaise tête. Il ne restait que moi. Peut-être a-t-il mis un acharnement plus fort qu’avec mon frère et ma sœur. Peut-être aussi que j’avais une nature différente. J’étais un peu le clown de la famille, celle qui faisait des bêtises.
A-t-il été difficile d’arrêter l’école ?
Non. Cela m’a fait plaisir. Je n’aimais pas ça. Et puis c’était une façon de me singulariser. A l’époque – nous étions avant 68 – toutes mes copines voulaient se marier ou être coiffeuse ou maîtresse. Je n’ai jamais regretté d’avoir arrêté l’école. Je me suis enrichie d’une façon plus libre par la lecture. J’ai toujours eu de la chance. Cela compte dans le parcours d’un artiste.
Quel autre métier auriez-vous pu faire ?
J’aurais bien aimé être archéologue. Cela me fascine, je ne sais pas pourquoi.
Donc vous quittez l’école et tout de suite vous débutez des cours de théâtre ?
Oui. D’abord pendant un an chez Raymond Girard. Mais il m’a renvoyée. Il y avait la même corvée chaque jour : un exercice de diction idiot avec uniquement des mots compliqués. Je trouvais cela bête et je l’ai montré. Ensuite je suis restée quelques mois chez Jacques Charon qui venait d’ouvrir un cours au théâtre des Bouffes Parisiens où je jouais Fleur de cactus.
Puis je suis entrée au Conservatoire. J’avais à peine 18 ans. Lors de ma troisième année, Jacques Charon m’a appelée pour que je passe l’audition de la Comédie-Française. Maurice Escande, l’administrateur de l’époque, voulait m’engager. Mais j’avais signé au théâtre de la Michodière où je répétais Gugusse de Marcel Achard avec Michel Serrault. Je lui ai dit que je ne pouvais pas à cause de cette pièce. Escande m’a rappelée pour réitérer sa proposition. Je lui ai demandé huit jours de réflexion.
Mais pourquoi hésiter à entrer à la Comédie-Française ?
J’ai eu la trouille. On entendait des horreurs, que c’était les Atrides. A cette époque, je commençais à me faire une place dans le théâtre privé. J’étais la petite rigolote, la petite Maillan. Mais face à mon hésitation, mon père m’a insultée. Après huit jours à la campagne, je suis rentrée et j’ai dit oui à Maurice Escande.
Au départ on vous proposait toujours des rôles de soubrettes…
Même dans les cours, même au Conservatoire, je n’avais pas le droit de travailler les jeunes premières. En France, il y a des critères physiques terriblement ennuyeux pour les femmes. Quand je suis entrée à la Comédie française c’était bien évidemment pour jouer Toinette, Lisette, Marinette… J’en ai souffert quand j’étais jeune. C’est comme si on me disait : toi t’es moche.
Cela m’a passé. Je suis très contente d’avoir été la bonne. Avec le temps, et surtout avec les rencontres, je me suis rendu compte que ces rôles, avec leurs mystères, leurs non-dits, comme chez Goldoni par exemple, étaient beaucoup plus riches que la jeune première amoureuse qui, une fois qu’elle a craché sa passion, n’a plus rien à dire.
En quarante ans de Comédie-Française, vous avez joué un nombre incalculable de pièces, dont beaucoup de Molière. Que représente-t-il pour vous ?
Au départ, j’ai joué des Molière assez traditionnels. La première pierre, ce fut Georges Dandin, mis en scène par Jean-Paul Roussillon avec Robert Hirsch. Soudain je n’étais plus dans la convention. Après, avec Jean-Luc Boutté, qui était un immense ami, nous étions malheureux et voulions démissionner du Français. Pierre Dux, l’administrateur, était très ennuyé. Dans les yeux de nos camarades, on voyait qu’ils étaient très contents qu’on s’en aille parce qu’on jouait beaucoup.
On s’est dit : « Merde ! C’est peut-être con de leur laisser la place. » On est allé revoir Dux : « On reste mais il faut que vous nous laissiez faire un travail de laboratoire sur Molière avec une salle de répétition. » Dux nous répond : « Non seulement je veux que vous le fassiez, mais je veux que vous le montiez. » On a travaillé pendant un an sur le verbe, sur le sens, sur l’histoire de la noblesse… On avait besoin de faire la toilette de tout ce qu’on nous enseigne si mal. Ainsi est née l’adaptation du Misanthrope et j’ai commencé à vraiment aimer Molière.
De toutes ces pièces au Français, lesquelles gardez-vous en mémoire ?
La Trilogie de la villégiature mise en scène par Giorgio Strehler, qui a changé mon regard. Les Goldoni avec Jacques Lassalle, les rencontres avec les metteurs en scène Joël Jouanneau, Philippe Adrien, Dario Fo, Patrice Chéreau avec Quai ouest : ce sont de grands souvenirs. Mais aussi les escapades dans le théâtre contemporain avec Jorge Lavelli au théâtre de l’Odéon ou de la Colline.
Vous n’avez jamais arrêté de travailler, vous êtes une acharnée ?
Tous les comédiens du Français sont des travailleurs acharnés. C’est une école du travail et de la discipline. Il m’est arrivé de jouer trois pièces dans une même journée : matinée, 18 h 30, 20 h 30. Et le lendemain vous en répétez une autre.
Faire de la mise en scène au théâtre, est-ce venu naturellement ?
Non, on me l’a demandé. Ce n’est pas de la prétention de ma part. C’est même un manque de confiance. Au fond, je m’excuse toujours d’être une femme. Pour les rôles c’est pareil. Je n’ai jamais demandé un rôle de ma vie et je ne n’aimerais pas le faire. J’ai toujours l’impression que je n’en ai pas le droit.
Votre père a-t-il eu le temps de connaître votre succès ?
J’avais 33 ans quand il est décédé. Il a eu le temps de me voir sur scène. Le soir de sa mort, il avait regardé la captation de La Folle de Chaillot à la télévision. On s’est téléphoné. Je lui ai dit : « Tu as vu, j’ai joué pour toi. » Je l’ai entendu pleurer. Il était très fier, trop fier.
Diriez-vous que vous l’avez vengé du métier qu’il n’avait pas pu faire ?
Je pense que je l’ai vengé. Il me manque. Bien sûr comme un père, mais aussi et surtout pour son regard. C’était un homme très éclairé. Ma mère, c’était de l’amour. J’aurais pu faire caca en scène elle m’aurait trouvée sublime ! Mais papa, quand il voyait mes spectacles, ce qu’il me disait m’enrichissait.
En 1993, vous êtes allée voir François Mitterrand pour que Jacques Lassalle reste administrateur de la Comédie-Française. Pourquoi ce rendez-vous ?
C’est très politique la Comédie. Nous sentions qu’il y avait des tractations souterraines pour changer d’administrateur. On trouvait cela injuste que Jacques – qui était en train de triompher à Avignon avec son Don Juan – ne puisse pas avoir un second mandat. J’ai demandé un article dans Libération, que j’ai obtenu, et un rendez-vous chez Mitterrand, que j’ai obtenu aussi. Il y avait Jean-Luc Boutté, Muriel Mayette, Roland Bertin, Jean-Luc Bideau et moi.
Mitterrand nous a reçus dans son bureau. Il a écouté avec son œil malin et profond notre demande. « Malheureusement je suis en cohabitation. Tout ce que je peux faire, si vous le voulez, c’est faire traîner », nous explique-t-il. On lui dit non parce que ce n’était pas dans l’intérêt de la maison d’être sans nomination. « Alors je ne peux rien faire », conclut-t-il. On avait échoué mais on avait tenté. Puis pendant une heure et demie nous avons discuté de poésie, de littérature, des représentations qu’il avait vues. On était tous amoureux de lui ! Ça manque la culture chez nos politiques aujourd’hui, ça manque vraiment.
Comment le cinéma est-il venu à vous ?
Pendant longtemps, je n’ai pas eu d’agent. J’étais au théâtre, je n’en voyais pas la nécessité. Dominique Besnehard, que je connaissais, est venu assister à la première de Quai ouest à Nanterre parce qu’il était l’agent de l’un des comédiens de la pièce. « Hiegel, tu es géniale », m’a-t-il dit. Ce n’est pas moi qui devait jouer dans La Vie est un long fleuve tranquille, mais Christine Fersen. Elle a commencé à emmerder le réalisateur en lui demandant de changer des phrases du scénario.
Etienne Chatiliez, qui faisait alors son premier film, a eu la trouille et a demandé quelqu’un d’autre à Dominique Besnehard. Un dimanche matin, on m’a fait porter le texte. Je l’ai lu, j’ai ri, j’ai dit oui. On me parle toujours de ce film. J’en suis à la troisième génération. Dans la rue il y a encore des gens qui me disent gentiment : « Pardon madame, ce n’est pas vous la salope ? » Je réponds : « Mais oui c’est moi, bonne journée. »
Que vous a apporté le succès de La Vie est un long fleuve tranquille ?
D’être plus populaire. Mais je fais peu de cinéma. D’abord parce qu’il n’y a pas de rôles de femmes vieilles. Ensuite parce que le théâtre a toujours été ma priorité. Je n’abandonne jamais un projet de théâtre pour faire un tournage de série télé ou de cinéma. C’est une question d’éthique.
En décembre 2009, vous avez dû quitter la Comédie-Française…
Je ne l’ai pas quittée, on m’a virée.
C’est une blessure profonde ?
Je ne m’y attendais pas. Je me suis sentie anéantie. Je venais de faire L’Avare avec Denis Podalydès, et j’étais dans trois spectacles de l’année. Je n’ai jamais su la raison de mon éviction. J’en déduis qu’ils ne voulaient pas d’un doyen (je l’étais depuis un an). Tout cela est politique. Ils me trouvaient trop proche de Muriel Mayette. C’est injuste, fort médiocre. Le jour de mon éviction, je jouais le soir. Je ne me sentais pas bien physiquement. J’ai dit à mon médecin que je ne voulais pas leur faire le cadeau d’avoir un malaise sur scène. Il est venu me soutenir.
Que se dit-on dans un tel moment ?
J’aurais préféré m’en aller moi-même. Artistiquement, je n’ai toujours pas compris. Finalement ce sont de très bons attachés de presse ! Le lendemain de mon éviction, le téléphone sonnait en permanence à la maison. J’ai reçu très vite le texte de Florian Zeller La Mère, qui m’a valu le Molière de la comédienne. Sans du tout le vouloir, ils m’ont rendu un grand service. Parce que je goûte à une liberté que je n’aurais pas pu connaître en restant au Français. Maintenant je travaille dans des théâtres où je rêvais de jouer. Et c’est moi qui décide !
Vous avez débuté dans le boulevard, intégré la Comédie-Française et désormais vous travaillez aussi bien dans le public que dans le privé, c’est rare en France ?
Cette opposition entre public et privé est lamentable, nulle et typiquement française. Un snobisme imbécile. Marcial Di Fonzo Bo, par exemple, lorsqu’il a mis en scène pour moi La Mère, a été regardé avec mépris par ceux du théâtre public parce qu’il allait dans le privé. Et si quelqu’un du privé va dans le public on le regarde bizarrement aussi. Alors que ce qui compte, c’est le niveau d’exigence. On peut faire d’énormes merdes dans le public comme dans le privé. Heureusement, il y a des acteurs qui ont toujours fait ce va-et-vient. Je le trouve capital. Mais nous ne sommes pas assez nombreux et les mentalités sont difficiles à faire bouger.
Vous continuez à travailler sans cesse. Vous n’arrêterez jamais ?
Si. Quand la mémoire, le corps ne suivront pas. Je ne veux surtout pas jouer à l’oreillette.
Pourquoi avoir refusé trois fois la Légion d’honneur ?
C’est un clin d’œil à mon père qui l’a toujours refusée. La dernière fois qu’on me l’a proposée, on m’a dit : « La France vous le doit. » Mais qu’est-ce que ça veut dire ? C’est un hochet imbécile. Plutôt crever.
Vous parlez souvent de la mort…
J’ai l’âge où on commence à y penser drôlement. J’ai tout le temps peur. Je ne suis pas croyante. La vie me passionne. J’aime parler avec les gens. J’aurais pu être concierge. Je m’intéresse beaucoup à la politique et au monde. Ce qui m’énerve dans la mort, c’est qu’il se passera des découvertes, des scandales, des révolutions, peut-être la déchéance de Trump, peut être le retour de la gauche au pouvoir et je ne serai pas au courant !
Quel regard portez-vous sur ce monde qui nous entoure ?
Il y a une immense vague réactionnaire qui me fait peur, même dans mon propre pays. Une parole raciste s’est libérée, une sorte de racisme de bon aloi, qu’on peut mettre au pied du sapin. C’est invraisemblable. On s’est tous fait « Eric Zemmouré ». C’est insupportable. Comment se fait-il que ce monsieur ait un micro ouvert ? On devrait l’interdire pour apologie du racisme.
Vous vous êtes toujours revendiquée de gauche. Qu’est-ce qu’être de gauche aujourd’hui ?
Etre de gauche c’est aimer ce qui est écrit sur les mairies : la liberté, l’égalité, la fraternité. Je vais voter à gauche. Je l’ai toujours fait. Ce n’est pas une influence familiale. Mon père votait De Gaulle. Peut-être est-ce parce que je suis une femme, mais je trouve plus d’humanité et de vertu dans la gauche que la droite. Le programme de M. Fillon me fait peur. Je n’oublierai jamais que c’est la gauche qui a aboli la peine de mort et qui a fait le mariage pour tous. L’avortement, ok, c’était sous Giscard. Mais grâce à une femme.
Retournez-vous à la Comédie-Française assister à des spectacles ?
Rarement. On m’a reproposé d’y jouer, car je reste sociétaire honoraire. J’ai refusé, je n’y jouerai plus jamais. Mon renvoi, c’était quand même comme une petite mort. Quarante ans, c’est comme une maison de famille. Je ne veux pas remettre les pieds dans les traces de mon passé, dans un endroit qui va me faire mal, intimement. Il y a trop de souvenirs. J’ai dit adieu. Comme dans une histoire d’amour, si on me fait cocue je ne recouche pas. Fallait pas me faire cocue.
Propos recueillis par Sandrine Blanchard
« Un air de famille », d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, mise en scène par Agnès Jaoui avec Catherine Hiegel, Grégory Gadebois, Léa Drucker, Laurent Capelluto, Jean-Baptiste Marcenac, Nina Meurisse, du 14 janvier au 29 avril, en alternance avec « Cuisine et dépendances » au théâtre de la Porte Saint-Martin


samedi 26 novembre 2011

Lectures simples, écoute d'un atelier s/ France-Culture, une passion simple d'Annie Ernaux par Dominique Rémond

Sur le FB de cet ami, j'ose cette fière adresse, un lecteur infatigable et un futur écrivain... la gestation de son 1er roman est terminée, mais l'édition prend quelques temps, ne vous inquiétez pas, le contrat est signé chez Gallimard dans la collection blanche. Je suis tombée en écoute d'un atelier radiophonique de la Lecture d'un roman que j'ai adoré, secrètement, comme l'analyse non pas de mon sang mais comme celle de toutes mes pensées d'alors, dédicacées à plusieurs hommes de ma vie. Mes passions furent plus rôties, grillées à point  que la sienne, car plus courtes et quelquefois plus imaginaires avec des intervalles, des espaces de retrouvailles charnelles incommensurables, voire illusoires, désertiques...
J'ai retranscrit toute une partie sur FB de mon écoute, de ses mots d'Annie Ernaux, une écrivaine genre une double de ma vie, sans pouvoir aller plus loin, dans "le résidu"de cette passion, si proche. Le temps ne fait pas disparaitre les passions, il n'édulcore rien, à moins de problèmes neurologiques, il les enfouit sous des couches de sédiments, et dire qu'il y a des gens qui s'effacent les rides d'expressions...
Mes plus inattendues passions sont quelquefois venues à repousser en arbre fruitier, en espalier auprès d'un mur, pour faire de l'eau de vie, c'est à dire de l'amitié et du théâtre...
http://www.oliviersteiner.fr
"le temps de l'écriture n'a rien à voir avec le temps de la passion..." lettres mortes
Olivier Steiner ; Absolument sublime, nécessaire, précis, cru et délicat. "C'est fatal, animal". Il serait vraiment dommage de rater cette magnifique lecture de Dominique Reymond. Quant au texte... je n'ai pas les mots. http://www.franceculture.fr/emission-l-atelier-fiction-passion-simple-de-annie-ernaux-2011-11-23 Passion simple de Annie Ernaux - Création Radiophonique - France Culture www.franceculture.fr Pendant de longs mois, Annie Ernaux vit une relation passionnelle avec A. Tout dans sa vie tourne alors autour de cet homme étranger et marié. Peu de temps après la fin de cette histoire, comme si elle pouvait ainsi la faire durer encore un peu, l’auteure prend la plume pour raconter, simplement,
  • Nathalie Feyt c'est le moment d'après la passion, et avec la radio, on peut le réécouter.... Dominique Rémond est une des voix les plus singulières de la vie comme un naufrage à toutes les ondes sonores sans sentiments, passant sur sa voix, les mots simples d'une passion, d'une voix humaine... "une voix et l'importance démesurée de cette voix" dans une passion simple.... les pensées dédicacées dans l'attente de A, de son désir... car du sien du notre de désir, nul doute.... Il n'y a rien de plus simple, que l'écoute des bruits de voiture dans la nuit pour détecter sa venue.... "Je n'étais plus que du temps passant à travers moi" "naturellement je me lavais pas le lendemain pour garder son sperme" "la sensation de dormir en lui" dans ma rêverie j'ai laissé passer la rame que je devais prendre"
    Il y a 38 minutes · 

  • Nathalie Feyt ‎"L'inutilité des fringues devant le désir qu'il pourrait avoir pour une autre femme"
    Il y a 37 minutes · 

  • Nathalie Feyt j'avais peur de paraître anormale si je disais : je vis une passion, ....j'avais envie de me livrer quelquefois.... je m'en voulais... j'aurais voulu tenir secrète vis à vis de mes enfants.... durant cette période je n'ai pas écouté un seule morceau de musique classique je préférais les chansons je donnais de l'argent aux femmes dans le métro en faisant le voeu de le voir prochainement...
    Il y a 32 minutes · 

  • Nathalie Feyt je comprenais les marginaux allongés sur des bancs une voyageuse lisant Arlequin
    Il y a 31 minutes · 

  • Nathalie Feyt Je ne connaissais que la présence ou l'absence.... oscillant sans cesse entre toujours et un jour... Je ne veux pas expédier ma passion mais simplement l'exposer....
    Il y a 24 minutes · 

  • Nathalie Feyt Cet homme continue à vivre quelque part dans le monde, cette passion simple par "La voix humaine"
    Il y a 21 minutes · 

mardi 27 janvier 2009

Yolande Moreau Portrait via le Monde...


Et cette phrase de Roger Blin... que Yolande dit bien aimer...
"Si je n'avais pas eu de mains, j'aurais joué du piano."
c'est une phrase à vous faire pleurer le matin, c'est une phrase pour arroser le jardin...
c'est une phrase qui me fait du bien...
Pour moi, elle sait tout faire comédienne clown tragique farce, c'est une joyeuse triste et humble et enjôleuse seulement quand vous êtes rendu au même état de grâce,
à la voir à l'applaudir
"si loin si proche" cette femme est un ange : "Non, je ne suis pas un ange !
-Si vous en avez toute la gouaille et la délicatesse...
si belle sensuelle forte et fragile...

et je suis tombée avec mes yeux, sur c't article...
Yolande Moreau, la géante aux yeux nus
LE MONDE | 26.01.09 | 17h02 • Mis à jour le 26.01.09 | 17h10

Il n'y a pas de sonnette, pas de chien non plus. Posée dans un village, à deux pas de Vernon et de Giverny, dans l'Eure, la maison lui ressemble : longue, lourde, un peu voûtée, avec des volets bleus qui éclairent. "Je n'ai jamais été un petit canon", dit-elle, en servant le café, gardé au chaud dans une bouteille Thermos. Tant mieux pour le cinéma. Et merci au théâtre.



PARCOURS
1953
Naissance à Bruxelles.

1982
"Sale affaire, du sexe et du crime", one-woman-show.

1984
Premier rôle au cinéma, dans un court métrage d'Agnès Varda.

1989
Joue dans "Lapin chasseur", de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff.

2004
Actrice et coréalisatrice (avec Gilles Porte) de "Quand la mer monte".

2008
"Séraphine", de Martin Provost, qui lui vaut d'être nommée pour le César de la meilleure actrice, et "Louise- Michel", de Benoît Delepine et Gustave Kervern.


Yolande Moreau, incroyablement délicate ou monstrueusement trash à la scène, est, à la ville, Mme Tout-le-Monde. Elle aime la soupe au potiron et porte un duffle-coat marron. Elle a un mari, des enfants et cinq petits-enfants. Elle parle sans façon de ses petits soucis de santé et des légumes de son jardin. Elle est nature, en somme. Est-ce pour cela qu'elle intimide ?

"Son corps, il suit ses yeux, il les suit en se marrant, et tout vient", résume Philippe Gaulier, son ancien professeur de théâtre, lui-même ancien élève de Jacques Lecoq, maître en art du mime et du clown. Peut-être qu'une des clés est là : le corps de Yolande Moreau sait se moquer de lui-même. C'est un corps de géante (1,75 m), tout en vallons et en couleurs, comme ceux des carnavals du nord de la France, qu'on voit dans Quand la mer monte. Elle y est à la fois actrice principale et réalisatrice (avec Gilles Porte). Ce film lui vaut, en 2004, le prix Louis-Delluc de la première oeuvre, puis, en 2005, le César du premier long métrage et celui de la meilleure comédienne. Le corps, la grande affaire ? "J'aime bien cette phrase de Roger Blin : "Si je n'avais pas eu de mains, j'aurais joué du piano"...", s'amuse-t-elle, en plissant les yeux.

Née à Bruxelles d'un père (wallon) négociant en bois et d'une mère (flamande) au foyer, la future Yolande des "Deschiens" - émission culte de la télévision sur Canal+, mise en scène et réalisée par Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff, au début des années 1990 - n'a pas fait long feu à l'école. Comme ses trois soeurs (elle est la deuxième de la fratrie), elle fait ses études secondaires dans une institution privée catholique. Les parents veulent que leurs filles soient "bien éduquées".

En ce qui concerne Yolande, le résultat dépasse les espérances. Elle claque la porte de son enfance, quittant école et famille à l'âge de 18 ans, sans passer ses humanités (l'équivalent du baccalauréat). Elle est cancre, oui. Mais du genre cultivé. Elle adore la poésie, dévore Rimbaud et Maeterlinck. Elle aime la musique aussi, commence le violon, puis apprend la guitare et prend même des cours de diction. Elle fait un peu de théâtre. La peinture moderne l'attire. A l'image des hippies de l'époque, elle rêve "d'une autre vie". Elle s'envole comme un papillon.

Sa nouvelle existence commence à Oignies, dans les Ardennes, où elle rejoint, au milieu des bois, une petite tribu de beatniks. Très vite, elle est enceinte. Catastrophe ? Pas du tout. La jeune Yolande, âgée de 20 ans, est peut-être un peu dingue, mais elle n'a pas la vocation d'une Cosette. La marge, oui. Pas la galère. En 1972, elle met au monde une petite Héloïse ; en 1973, un petit Nils. "Des gosses, à l'époque, j'en voulais plein", se souvient-elle.

En revanche, elle se sépare assez vite du père. "Je louais une maison pour pas cher à Linkebeek, au sud de Bruxelles. Avec mes deux enfants, on se chauffait au charbon, on avait un bout de jardin. Ce n'était pas triste. Aujourd'hui, c'est plus dur pour les jeunes", assure-t-elle. Pour vivre, elle fait "des petits boulots, des ménages, etc." Est-ce un hasard ? Son premier rôle notable au cinéma sera celui d'une bonne, dans un court métrage d'Agnès Varda, Sept pièces, s.d.b., cuisine, en 1984. Une bonne "traînante et révoltée... et très belge", se souvient la cinéaste, native elle-même du Plat Pays.

A la fin des années 1970, la roue tourne. Pendant trois ans, Yolande Moreau va travailler pour le Théâtre de la ville de Bruxelles, montant, avec le reste de la troupe, des spectacles pour les enfants des écoles. "On faisait tout nous-mêmes : les costumes, la musique, les éclairages... On écrivait les textes ou on les adaptait. On faisait des marionnettes, parfois", raconte la future auteure et comédienne d'Une sale affaire.

Faire tout soi-même, ne rien s'interdire : peut-être qu'une autre clé est là ? Dans le film sur Serge Gainsbourg, que le dessinateur Joann Sfar est actuellement en train de tourner, Yolande Moreau joue la chanteuse Fréhel, dont elle interprète La Coco.

Dans le film de Martin Provost, Séraphine, elle entre dans la peau d'une douce illuminée, domestique et peintre de talent. Dans Le Chat botté, dessin animé de Pascal Hérold, Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff (sortie le 1er avril), elle donne sa voix, tonnante et délurée, au personnage de la reine.

"Elle n'a pas l'accent belge. Son accent, c'est sa voix comme chez les grands acteurs", dit Macha Makeïeff. Quant au film Louise-Michel, il lui a permis, non seulement de manger du poulet cru à l'écran, mais aussi de rencontrer le dessinateur Pascal Rabaté, avec qui elle a fait, lors du dernier Festival de la bande dessinée, à Angoulême, un "concert de dessins". Yolande Moreau, la touche-à-tout ? "C'est une merveilleuse anarchiste", commente Philippe Gaulier. "Elle pourrait être Médée. En Belgique, ils ont plein de grands criminels...", ajoute-t-il.

Elle qui a déjà joué dans quarante films et une dizaine de pièces de théâtre a décidé, pour l'heure, d'écrire un nouveau scénario. En y mettant le temps et les doutes qu'il faudra. "Elle est lente dans la maturation, mais ce n'est pas un défaut. Ce n'est pas quelqu'un qui se disperse", dit d'elle un comédien qui la connaît bien, François Morel, autre héros des Deschiens. Aussi dense que sa cousine de scène, l'humoriste Zouc, dont le génie l'a "bouleversée", Yolande Moreau n'en a pas la noirceur absolue. "Elle est une actrice de proximité : les gens ont envie qu'elle soit leur voisine, leur copine", observe François Morel.

Si Martin Provost la compare à la comédienne Denise Gence, Agnès Varda, elle, pense à Simone Signoret. "Elles ont la même beauté, la même violence dans le visage et le regard, avec ces yeux perçants, extraordinaires", souligne la cinéaste. Mais Yolande Moreau a quelque chose en plus. Ou en moins. "C'est une modeste", relève Agnès Varda. Et souvent décalée, comme ces gens qu'elle raconte, d'un personnage à l'autre, "des gens assis au bord de la route, fragiles, dit-elle, et qui poussent comme des plantes".
Catherine Simon
Article paru dans l'édition du 27.01.09.