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vendredi 4 juillet 2025

D’une rive l’autre Dima Abdallah




Ce livre est long à digérer, mais qui sait je l’ai lu quand il faut, en fortes chaleurs, à l’aube, à l’aurore avant la fabrique de rêves mais loin d’angoisses inextinguibles et dans une sorte de silence absolu qu’on n’ose pas briser avec qui que ce soit et surtout pas avec soi…. Un silence pour les autres - n’est jamais un silence de soi…
Ce livre nous remet face à la ville sans trottoirs aux immeubles troués d’impacts de balle et qui à nouveau a subi après l’explosion dans le port les bombardements soit disant anti Hezbollah israéliens 
Ce livre ne raconte rien il ne met que des dates et raconte comment c’est à l’intérieur d’un exilé enfant qui ne connaît pas son père, puis homme qui a besoin de sombrer mais qui ne le peut pas,  rattaché à la vie par quelques fils : sa mère un amour un ami….



Dans la cour de la librairie Au plaisir des yeux 120 rue Raymond Losserand 75014 Paris @auplaisirdesyeux @anneguyot

L’auteure rencontrée à une dédicace est une femme de silences chaleureuse et donc avec de grands sentiments derrières ses yeux noirs. À la difference de son personnage qui écrit aussi, lui des carnets de poèmes qu’il ne publiera pas, elle se relit…
En fermant le livre à regret je l’avais pressenti j’en ai acheté deux autres voir trois pour en offrir un exemplaire et en garder un autre j’ai deux trois amis à qui j’offre des lectures une ou plusieurs fois par an.
Elle n’a écrit que trois livres encore…
Cette maison d’édition semble l’avoir comprise, enfin un éditeur une éditrice peut elle être autre que complice ? En tous cas c’est une femme infiltrée dans les milieux culturels les femmes sont infiltrées depuis plus longtemps que dans les armées mais pas aux avant-postes… 
Cette auteure écrit en se glissant dans des personnages masculins et ça c’est une infiltration pas ou plus seulement ordinaire. Et comme disait une lectrice ou bien était ce la libraire elle parle de milieux « populaires »….en littérature c’est encore un « voyage extraordinaire » sauf exceptions Molière Hugo Zola Maupassant Céline !?!? 




En fermant le livre j’ai écrit au crayon-mine 
C’est un beau livre veiné irrigué par l’Ibié : fleuve non elle ne va pas jusqu’à la mer, qui ne passe pas par Beyrouth mais en Ardèche mais qui a des reflets verts comme la mer à Beyrouth 
Les sombres sont d’une couleur verte sous le soleil dans certains endroits à lucioles..,, dans nos têtes 
Le narrateur d’une rive l’autre écrit des poèmes pour étreindre « la grâce »mot qu’il a appris enfant et qui tout entier s’ancre à Layla avec qui ils jouaient avec Élias, les 3 inséparables à cet âge….

Extrait p 138 



« Je veux rester dans cet avion qui n'est ni ici ni là-bas.

Je veux survoler pour toujours la pleine mer, qui n'est d'aucun pays. Je suis cette pleine mer. Hybride de tous les rivages du monde sans en être. Je suis la pleine mer qui ignore tout. Je serre fort les poings pour y croire.

Pour croire à un sang qui n'ait jamais été maudit, un sang propre comme la mer que je survole est encore propre de toutes les côtes polluées. Je suis la pleine mer Je suis le noir profond et infini. Je suis vierge. Je suis la fraîcheur de l'eau qui ignore tout des canicules. Je suis le sel. Je suis les abysses. Je suis l'infini. Je suis les baleines qui jouent à plonger et replonger. Je suis le lever de soleil et son coucher argenté sur la mer. Je ne suis personne. Je ne suis d'aucune mémoire. Je suis ces quatre heures de vol sans décollage et sans atterrissage . Seulement le ciel étoilé et la mer noire. »


vendredi 18 avril 2025

Pierre Michon : J’écris l’Illiade, récit

J’écris l’Iliade excusez du peu… j’avais envie de dire : l’érotisme et le sexe dans la littérature à tout crin, prétexte au partage d’excitations, m’ont rarement convaincue à part… Kundera Duras Et surtout par la poésie : Apollinaire Aragon… etc j’arrête l’alphabet mais bien sûr sans omettre Charles Baudelaire que je lisais dans la cour de récréation…
Donc à ma meilleure amie j’ai envoyé ces réflexions 
Spontanées et répétées au téléphone à une autre amie… je parle de mes lectures pour tenter les lecteurs éventuels pour attirer « les autres » morts ou vivants…
je lis Pierre Michon, tu as bien du courage m’a dit la femme d’un amie qui a toujours beaucoup lu, j’ai dit à une autre amie en retraite :  j’attends la page 100 et/ou j’abandonne c’est un peu s’écouter écrire et d’ailleurs cela s’appelle « J'écris l’Iliade » : présomptueux récit… avec un dico sous le coude : trirème ? Sous le péplos ? L’hexamètre ? Mais j’aime bien noter mes livres avec des points d’interrogation et après je révise car j’ai dans d’autres récits rencontrer ces mots particulièrement l’Iliade, le théâtre antique, La guerre des Gaules au cours de latin… mais c’est si loin et le vocabulaire usuel est si étriqué. Faut se replonger dans la littérature grecque Car certains écrivains rudoient leur Lecteur  pour le rendre captif à la page 100 ou 80…et c’est le premier que je lis et un peu comme Yourcenar nul n’était censé ignorer ses autres livres…
Manque de chance j’ai toujours aimé cela lire, où ça me chante !?dans l’oeuvre au hasard ?  

Car il n’en demeure pas moins vrai cet homme là écrit bien enfermé dans « sa masure dans les bois ».
Et voilà P 81
J'INVENTE UN DIEU
à Hugues Pradier
Aucune métaphore plus appropriée n'ayant été trouvée pour traduire certaines nuances d'ordre émotionnel, j'affirme que les dieux existent.
POUND

Le 20 juin, je partis dans la montagne.
J'allai aux Cards, qui est un désert affreux dans les monts d'Ambazac. Où rugissent les lions, comme disent les vieilles cartes. J'y ai une masure dans les bois. C'est desservi par un chemin de terre au creux d'une vallée, sans horizon, clos. Dissimulé.
Nous étions aux mois clairs, et j'étais merveilleusement seul. J'allais mal. Les champs fleuris n'y pouvaient rien.
J'écoutais le bruit interminable de ma mort, je le gardais sous le casque ; je n'en laissais rien paraître. Je n'avais plus personne à aimer, ce qui s'appelle aimer, en ce monde.
J'avais besoin d'un nouveau protecteur. L'ange gardien ne faisait plus l'affaire. Je n'avais plus personne à qui faire croire que la littérature peut servir à quoi que ce soit….

P91 C'est, vers le I5 août, au début de l'après-midi, à l'heure où ma maîtresse vient souvent. Dans la chambre de derrière, nous commençons notre accouplement différé. Par la fenêtre étroite qui donne sur le chemin, au ras du sol, je vois passer une ombre. J'observe un moment, oui, quelqu'un passe et repasse. Un voyeur, dit Melissa.
L'ombre fait quelques mètres sur le chemin, hésite, revient.
Je sors. Je reconnais Robert Désenfant, pas vu depuis un siècle, un ami d'enfance; il travaille dans le 93 et vient aux vacances dans le hameau voisin. Il me paraît bizarre. Je l'accueille à bras ouverts (adieu, cavalcade désirée, Melissa en catimini met ses escarpins dans son sac, passe un jean et saute la fenêtre). Robert entre et s'assied, je lui verse un verre de vin. Je vois très vite qu'il a perdu la raison. Ses propos, anxieux, éperdus, s'efforçant au calme cependant, à la réflexion, me bouleversent : « Tu es mon frère? tu es mon frère, n'est-ce pas. Oui, je connais cette maison.
Albert ou André ? C'est par là ou par ici ? est-ce que c’est bien là ? Et ton frère, toi ? Oui, là, j'y allais. J'y suis allé.
C'est chez mon frère. Il est là-bas mon frère. Mon frète c'est bien toi. Ça doit être là-bas. » Le frère, la demeure, l'âtre, le questionnement sur l'identité, tous repères perdus; il lui reste les adverbes de lieu. J'ai la maladresse de lui parler de sa défunte mère, il éclate en sanglots. Il reprend ses litanies fraternelles.
Il est aussi peu compréhensible que la sibylle. C'est peur-être un envoyé de Barou ?(nom donné par l’auteur au Dieu neuf)
Sa « fraternité» m'avait troublé.
Ma belle était partie; j'avais besoin d'une voix humaine sensée. Des frères, des collègues. Des parleurs.
J'allai « Au Rendez-vous des Chasseurs », un bistrot qui borde la route au milieu de rien, à deux kilomètres.
Debout au bar, Roussy et Lucien; assis tout près et leur parlant, Victor. Leur conversation était languissante, je tombais bien, je les lançai sur Robert Désenfant. Victor dit qu'il avait un Alzheimer aigu, la forme rapide. Victor était le plus lettré des trois, le plus vieux aussi, il marchait à tout petits pas, il aimait les mots justes. Il ajouta : Robert en est au stade parlote. Il jacasse. Une pie.
Robert est foutu, dit Roussy, un robuste maçon qui avait une grande gueule, sarcastique, et était, ivre, d'une dureté effrayante. C'est le costume en sapin dans trois mois. Pour l'instant foutez-lui la paix. Il me prend pour son frangin, il me fait rigoler. Il parle comme un livre. La voix rugueuse de Lucien rasa le comptoir, il mesurait un mètre cinquante. C'était un débile léger qu'avait adopte à la DDASS une paysanne du coin, et elle l'avait gardé à son service; il pouvait avoir cinquante ans. Sa voix donc, comme sautée du zinc :
Voilà. Justement. M'appelle son frère. C'est quand il parle. Ça fait peur. Comme dans la radio. Ce qu'ils disent.
Que Lucien prenne la parole était un événement rare.
Il y eut un silence.
Roussy se mit à rire : c'est parce que tu ne comprends pas que ça te fait peur. Les dingues, on ne les comprend pas. Me désignant : C'est comme un livre de celui-là. Eh oui, tes bouquins sont aussi imbitables que ce que bredouille Robert.
Je lui dis encore une fois qu'il ne fallait pas acheter mes livres, dont je ne leur parlais jamais - mais ils en avaient connaissance par la presse locale. Je les prévenais depuis toujours que ma littérature, c'était « prise de tête et compagnie », juste pour épater les intellectuels et gagner quelques sous. Et qu'ils ne s'offusquent pas de l'air de supériorité que je m'y donne : si l'un de nous parle mieux qu'un autre, c'est juste qu'il est meilleur pour parler.
Me renier ne me coûte rien.
Alors tu racontes des craques? dit Victor. J'opinai : en quelque sorte, oui.
S'irritant à mesure, Roussy poursuivait : Oui, tu t'amuses, quoi? ça n'est pas sérieux? Même ton livre où tu parles des gens d'ici, les « petites gens » comme tu dis, mon salaud? juste pour montrer comme tu parles bien ? et personne ne peut dire si c'est vrai ? le diable n'y trouve pas ses petits.
Et ce ton que tu prends ! c'est comme si tu disais « mes frères », tu parles comme le curé, mais toi, personne ne te souffle le baratin. Tu n'as pas le bon Dieu pour te faire dégurgiter ce qu'il te raconte.
Victor posément laissa tomber ces mots dont la justesse me frappa: Tu n'as qu'à dire que ce qu'il y a dans ton livre, c'est le bon Dieu qui te l'a dit.
Je ne répondis pas.
Il reprit: D'ailleurs ton grand-père...
Je le coupai. Je lui dis que les morts, et mon grand-père en particulier, n'avaient rien à faire dans cette histoire.
Que d'ailleurs je n'écrivais plus. Roussy me lança : Qui a bu, boira.
J'avais pris mon bain de « frères », je partis. Je pensai à une prière, un vieil abracadabra de ma grand-mère : Sainte Barbe, sainte Fleur, qui portez la croix de Notre-Seigneur.
Je ne la dis pas. Je regardais le mont Joué devant moi.
Quand j'arrivai aux Cards, Melissa m'attendait dans sa Twingo. À tout prendre, je préférais un bain de sœur.
Nous le primes trop vite, elle craignait que son mari soit rentré du travail… » 


voilà je vais le lire donc plus avant cela m’a fait rire comment là il s’écoute écrire….Si justement.
Et là, j’ai un peu arrangé la photo des glycines du portail de local du coin de la rue Lecourbe avec notre rue de l’abbé Groult. Pas loin. Au coin de la rue où se rangent les autobus rue Charles Lecoq. Elle a été prise au crépuscule et la voilà maquillée plutôt en matin ensoleillé tout ça pour gommer les cernes du contre jour….

vendredi 7 février 2025

« Je ne sais pas » Philippe Forest

Pour mes amis c’est bien sur très long….et pour tous ces moments où je n’arrive pas à exprimer mes sentiments à mes amis d’ici ou d’ailleurs mes chers fantômes et aussi à mes inconnus que je n’ai pas su aimer ou qui n’ont pas su passer en me regardant….. et Jacques Jean Sicard qui écrit sur le cinéma comme cet écrivain sur le temps vide extérieur nuit ou intérieur de nos jours après nos chagrins qui selon certains doivent s’effilocher s’amenuiser dont on doit faire son deuil ou dont on doit être résilients.

« Personne ne sait » Philippe Forest New York le Metropolitan Museum of Art description d’un tableau de Eben Adams, un roman, un film tiré de ce roman sur ce peintre.
P28 à 31
« L’action se déroule il y a un siècle. Une crise a eu lieu dont le pays n'est pas sorti. Elle l'a ruiné. Il s'en relève à peine. La misère est toujours terrible. Une nouvelle guerre se prépare sur le vieux continent. Et elle n'épargnera bientôt aucune des nations qui, de l'autre côté d'un océan, à l'abri d'une frontière, la considèrent encore de loin et comme si elle ne devait jamais les concerner. Elle ravagera le monde. Ce sont de bons sujets pour un peintre. S'il se nomme Goya. Ou bien pour Picasso. Mais je ne crois pas qu'Adams le connaisse et qu'il possède la moindre idée de ce que, trois ou quatre ans plus tôt, fut Guernica. Pas plus qu'il ne sait quoi que ce soit de l'art de son temps - et peut-être, simplement, parce que de son temps, au fond, il ne sait rien. Il pose son regard mais sans les voir sur les tableaux où d'autres que lui, sans les représenter à la manière d'autrefois, expriment le chaos, le bruit et la fureur mais aussi la bouleversante beauté du présent. D'un présent auquel, sans l'avouer, il se sent indifférent.
Il n'est pas le seul dans ce cas. Il y en a eu beaucoup d'autres. Ceux à qui, semblablement, va ma sympathie.
Comme lui, ils ignoraient tout du temps où ils vécurent et de l'Histoire à laquelle, à leur manière, ils appartenaient pourtant. Écrite par d'autres, elle les a aussitôt oubliés. On n'a pas retenu leurs noms et si, passagèrement, ils y furent exposés, cela fait bien longtemps que dans les musées on a décroché des cimaises leurs tableaux. Rien ne dit qu'ils ne valaient rien. La postérité aurait pu en juger autrement. Il aurait suffi qu'elle s'intéresse à eux plutôt qu'à ceux dont elle a fait des héros et auxquels lui et les siens, ils ne ressemblaient pas.
Comme on le faisait hier et sans même concevoir qu'aujourd'hui on puisse faire autrement, lui, il peint des paysages ou bien des fleurs. Pas même un portrait. Et rien ne vit dans les tableaux qu'il fait.
De mémoire, je décris New York, Manhattan et puis Central Park. Je ne le fais pas d'après le souvenir plutôt vague et peut-être infidèle que je conserve de la cité pour avoir séjourné là-bas trois ou quatre fois. Les images que j'en donne, je les tire d'autres images. À celui qui la découvre, aucune ville ne donne davantage que celle-là, je crois, le sentiment de «déjà-vu». Quand, adolescent, j'y ai posé le pied pour la première fois, j'ai eu le sentiment immédiat que j'y étais déjà venu. Comme dans un songe, tout y paraissait à la fois étrange et familier. L' « usine à rêves» du cinéma m'en avait déjà tout montré. Les vieux films mais aussi les très récents, ceux qui à l'époque, c'était il y a presque cinquante ans, venaient tout juste de sortir sur les écrans. Le petit orchestre ambulant avec son batteur en costume noir et aux cheveux gominés auquel Martin Scorsese consacre l'une des séquences de son Taxi Driver, il jouait encore sur le pavé à deux pas de Central Park lorsque je m'y suis promené. Les passants avaient l'air des figurants qui forment la faune des fous, des drogués, le petit peuple des pauvres et des prostituées que peignent les plans de Mean Streets ou de Macadam Cowboy. Au pied des tours jumelles du World Trade Center dont personne n'imaginait alors comment elles finiraient, depuis le pont du bateau que prennent les touristes parmi lesquels je me trouvais et qui les conduit vers Ellis Island, on apercevait la plage que Marco Ferreri filme dans Rêve de singe et où il a allongé les restes du gorille gigantesque que, bien des années plus tôt, un autre cinéaste avait fait tomber du sommet de l'Empire State Building.
Tout me paraissait familier puisque je l'avais déjà vu. Mais, pour cette raison même, tout me semblait étrange. Le sentiment d'étrangeté que j'éprouvais tenait précisément à la sensation de familiarité que suscitaient en moi les scènes que je reconnaisais et sur lesquelles je portais pourtant les yeux pour la première fois, comme si un rêve souvent réel, depuis l'enfance, devenait soudain réalité. Ou bien comme si la réalité révélait tout à coup qu'elle n'avait jamais été autre chose qu'un rêve, le rêve qu'elle répétait.
Adams ne peint pas New York différemment. Après lui, je ne décris pas la ville mais les images qu'il en fait et qui, elles aussi, pour lui aussi, viennent d'autres images encore.
Les unes et les autres sont semblables à celles qui sortent de ses songes. Irréelles, intemporelles. Sur le carnet que dans ses promenades il emporte partout avec lui et sur les feuillets duquel il les dessine, sur la toile posée sur son chevalet où il les reporte dans son atelier, elles prennent perpétuellement la même apparence. La ville où il vit et qu'il a vue, dès qu'il la représente, elle se transforme en une autre. Et cette autre ville est pareille à celle que l'on a représentée avant lui. Elle a un air de gravure ancienne. Un air aussi ancien que celui de l'histoire que ces images illustrent. Le style sans âge dans lequel le roman a été écrit, la manière mécanique dont les péripéties, les descriptions et les dialogues, les réflexions alternent et s'enchaînent, non sans élégance ni habileté, font que l'on ne saurait pas vraiment dire de quand date le livre.
Il pourrait être l'œuvre d'un auteur d'aujourd'hui ou bien d'hier et même d'avant-hier. Le noir et blanc dans lequel l'histoire a été filmée, avec le contraste emphatique du clair et de l'obscur, l'éclairage artificiel dans lequel baigne chaque scène, le gros grain de la pellicule renforcent l'impression que chaque plan a été pensé à la manière d'un tableau et comme on en a coutume au théâtre depuis des siècles.

On croit créer tandis que l'on copie ou que l'on cite. Sur le papier vierge ou sur la page blanche à la superficie desquels ils apparaissent, la main dépose moins des signes nouveaux qu'elle n'accomplit le geste, le geste magique, en vertu duquel sortent du fond où elles reposaient les formes, les phrases anciennes qui y étaient enfouies et qui, à la première occasion, remontant en surface, ne demandent jamais qu'à en surgir une fois encore, une fois de plus. Pour que tout recommence à l'identique. La ville qu'il voit, Adams ne la voit qu'au miroir de ce que d'autres lui en ont montré. Et ce que j'écris à mon tour réfléchit pareillement ce qu'en dit le roman dont je parle.

Quand Adams peint New York, malgré lui, c'est un autre monde qu'il montre: le pays des Merveilles, l'île du Grand Jamais, la forêt enchantée avec ses elfes et ses fées, celle à laquelle on songe sous un ciel étoilé le long des longues nuits d'été ou bien quand, le soir tombant très tôt, le jour soudain plus court, vient en hiver l'heure des contes que l'on récite aux enfants auprès du foyer. Je ne lui donne pas tort. Loin de là. À sa manière, il représente la réalité. Il lui donne juste l'apparence d'un rêve. Un rêve d'où s'efface toute trace de la réalité. D'autant plus vrai, du coup, que la réalité, elle-même, n'est jamais qu'un rêve, un rêve que la réalité rappelle et dont elle revêt toujours l'apparence.

Dans ce monde, cet autre monde qui est le sien et qu'il peint comme il peut, Adams se sent chez lui. La réalité lui rappelle son rêve, le rêve qui l'a précédée et dont, pourtant, il ne se souvient que très vaguement. Ce songe, il le faisait enfant. Peut-être même le faisait-il déjà dans le ventre de sa mère. Ou bien encore avant. La nuit accouche du jour. Pas l'inverse. L'univers avec sa clarté toute relative fut conçu dans l'obscurité dont naquirent les êtres et les choses, une obscurité grosse de la somme de ses possibles et qui ainsi contenait déjà tout de la vie encore à venir. Il y eut un temps d'avant le temps et que répète le temps. Peut-être s'agit-il là d'une illusion. Peut-être ce temps d'avant le temps et que le temps répète n'a-t-il jamais existé ailleurs ou autrement que dans l'esprit de celui qui s'en souvient et qui l'a oublié, qui se souvient juste qu'il l'a oublié. Le présent invente le passé, il l'invente afin qu'il advienne, afin qu'il advienne dans le présent où seul ce passé possède sa place.
C'est ce monde qu'Adams peint. Il est le sien. Et pourtant il ne s'y sent chez lui que dans la mesure même où il a l'impression d'y être aussi un étranger. Cette impression, ses images la donnent. Mais sans doute est-ce le cas de toutes, de toutes les images. La réalité, elles la représentent mais jamais sans indiquer en même temps qu'elle demeure absente. De cette absence que seule la peinture rend parfois présente afin de mieux rappeler à ceux qui la regardent dans quel irrémédiable lointain le monde se situe aussi. Puisqu'il n'appartient qu'à ceux qui ont renoncé à le posséder, conscients qu'ils ne font jamais qu'y passer parmi des apparences auxquelles seul leur regard donne un tout petit peu de réalité. Car, au deuxième jour d'une seconde genèse, le jour, à son tour, accouche de la nuit. Il engendre l'obscurité, et non la lumière, afin qu'elle soit et que se manifeste ainsi la vérité qui, autrement, lui manquerait, cette vérité à laquelle il faut les ombres, les fantômes et les fables que l'on fabrique en plein jour afin d'y faire briller un peu de cette nuit qui dit le peu que nous saurons jamais de la vie.
Car ce qu'est le monde, personne ne le sait. Chacun toujours se tient devant la même énigme. Ni plus ni moins que n'importe qui, le peintre, le romancier l'ignore et il ne possède pas la moindre idée de ce qu'il signifie. »

P 76

« Un jour — cela fait des semaines qu'il est sans nouvelles de Jennie —, Adams se décide et, son tableau sous le bras - c'est un moyen format -, il se rend dans sa galerie. C'est la première fois qu'il montre son œuvre à quelqu'un. Ce qu'elle signifie, sincèrement, il ne le sait pas. Après toutes les heures qu'il a passées avec elle, toutes les semaines et tous les mois à travailler sur sa toile, il ignore ce qu'il doit en penser encore.

Pour peindre ainsi, avec autant d'entêtement, il faut être un peu fou. Si on ne l'était pas au départ, à force, on le devient.

On ne peut peindre qu'à cette condition. Il faut la folie. Un peu mais pas trop. Savoir ce que l'on fait mais sans se le demander. Veiller tout en rêvant, rêver tout en veillant.

Scruter du regard mais les yeux fermés le songe, le sien, qui prend forme et que l'on suit dans la nuit blonde d'où il sort.

Et tant qu'opère le charme, se retenir surtout du jugement qui, le rompant, renverrait tout au néant. »


Acheté #auplaisirdesyeux #PhilippeForest




vendredi 28 juin 2024

Avec toi je ne crains rien-Alexandre Duyck-Actes Sud/ Les règles du mikado-Erri de Luca

Avec toi je ne crains rien Alexandre Duyck Actes Sud 
Donc voilà bien longtemps que je n’avais pas trouvé un livre qui m’a aspirée je l’ai tu d’une seule traite. Comme j’ai presque l’âge des ennuis indéracinables, je n’ai pas deux sous de jugeote pour me représenter une carte, un plan j’aimais tant me laisser guider par mon père petite, que je n’ai jamais appris et puis ma mère qui essayait de faire sa copilote avec les cartes comme avec ses souvenirs n’était pas très douée dans le 1 er registre mais impressionnante dans celui des registres, classement chronologiques et j’ai du vouloir lui ressembler et puis c’était presque un compliment pour moi elle n’a pas … le sens de l’orientation… et pour le reste je ressemblais à mon père : elle est dans quelle classe votre fille ? -…..
Dans ce livre on comprend l’original bonheur des enfants avec leurs parents et la marque indélébile de ce départ de vie quand après même à quatre ans ils deviennent séparés insultés orphelins…je ne peux pas vous raconter l’histoire elle a été médiatique mais j’aimerais bien demander à l’auteur 
Alexandre Duyck, est ce que l’un des jumeaux qui a passé sa vie d’adulte à rechercher ses parents jusqu’à la folie dans le glacier avait trouvé l’endroit, ne serait-ce que par défaut…. 
Je ne vous mettrais aucun extrait car ce serait comme retirer un peu de neige à un paysage alpin, vous savez quand le froid était cuisant et la neige abondante même dejà à partir du 15 août….
Lisez-le je ne peux pas vous le prêter car je vais l’envoyer à une amie qui habite les Alpes hautes et donc pas suisses !?  Y a qu’avec elle que je partage de cette façon mes livres car c’est si facile en amitié de se perdre une fois adultes… surtout si on manque d’imagination. Si on s’en tient à la calomnie ça s’appelait du « on-dit-que … c’est devenu un fake… c’est tellement facile de recroqueviller les fleurs…surtout celles des hauteurs après les dénivelés qui se comptent et vous rendent inégaux à moins de se tenir enlacés…






Les règles du Mikado Erri de Luca 

Pour les détracteurs toujours avisés d’Erri de Luca https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-masque-et-la-plume/le-masque-et-la-plume-du-dimanche-23-juin-2024-1905854 et je n’ai pris que des extraits et j’ai évité les quelques lignes sur les animaux si simples et pour vous laisser voguer sur votre quotidien du moment, je ne vous  découvrirais rien ou si peu de l’autre personnage à qui il écrit des lettres… longues. Un cahier. (Pour en sortir de cette période il va falloir s’endurcir manifester  résister car voter ne suffit pas ou tout quitter) 
Les photos n’ont rien à voir mais permettent de me donner du cœur à une de mes promenades préférées passer du XV ème au XIV ème par la rue de la Convention…pour aller chez ma libraire préférée Au plaisir des yeux https://www.facebook.com/share/p/iFYrV2JpEnTNi6kf/?mibextid=WC7FNe 
où j’ai acheté ce livre. 



« La mer est l'opposé de la terre. Elle ne permet pas de regarder d'en haut, elle est horizontale, égale. Elle arrête les pas et pourtant c'est aussi une voie libre.

Tu l'as vue calme, sans rivage à l'horizon, jusqu'au point où l'air se confondait avec l'eau. Tu as eu envie de monter dessus.
Tu étais arrivée à ton point de départ. »

« J'ai plus d'années que de kilos. Les vieux doivent être légers.
L'humanité a été jeune, ce n'est que récemment qu'elle s'est mise à vieillir en masse. C'est un temps inconnu, plus que la jeunesse.
Aucune expérience de vieillesse précédente ne peut servir d'exemple.
Le matin, je fais l'appel, j'invite chaque partie de mon corps à dire présent. Je commence par les pieds pour finir par la nuque.
Je dresse le plan de la journée, les activités indispensables et les superflues. Le feu, l'eau, la soupe, l'hygiène, sont des nécessités, puis je dois ajouter la lecture et le jeu pour l'entrainement des pensées.
La durée du jour est un tour du monde.
Le soir, je me retrouve aux antipodes, la nuit me ramène au point de départ.
Je vis sans montre. Si je me réveille dans le noir à cause d'un bruit, d'un rêve, je n'ai pas besoin de savoir l'heure. Je me concentre sur les battements de mon cœur.
Ils sont plus lents en hiver, je palpe mes carotides pour les sentir.

Je pense à ma mère. Pendant les bombardements, avant de descendre dans l'abri, elle passait une minute à se coiffer devant son miroir pour être présentable.
Une minute pendant un bombardement, c'est un temps énorme à perdre ou à trouver.
Son aspect avait la priorité.
Aujourd'hui, je sais que cette minute d'amour-propre lui donnait du courage. Elle résistait à la force supéricure avec la force mineure de la dignité.
Elle disait que lorsqu'on va payer ses impôts, il faut bien s'habiller et ne pas se donner un air misérable.
La guerre était pour elle un impôt sur la vie des gens. Il fallait se présenter de façon correcte.
J'essaie de suivre son exemple.
Je préserve le feu, avec le reste des braises j'allume celui du matin, je réchauffe mon repas, je sèche mes vêtements.
Je te raconte ces petites choses importantes.
Je retrouve en elles une règle du Mikado: attention aux moindres mouvements, faire avec intention, sans automatisme.
Je lave mon bol sans laisser d'odeur qui puisse attirer des animaux.
Je laisse dehors le marc de café pour couvrir une éventuelle trace d'aliments. Je me sers de la cendre pour dégraisser ma casserole avant de la laver.
Le sommeil arrive, je m'y plonge en quelques minutes.
Au réveil, je remercie, je ne sais qui, mais j'ai envie de dire merci. »

« Mon corps s'endurcit. Mes bras et mes jambes sont les branches d'un arbre. C'est sans doute pour ça qu'on appelle le corps un tronc.
J'ai perdu en taille, mes vertèbres se sont rapprochées en me retirant des centimètres.
C'est une compacité inconnue, elle me transforme en fibre végétale. »
Erri de Luca 
Les règles du mikado

« Écoute, moi je n’ai pas d’enfants ni de petits enfants et je ne cherche pas à adopter.
J’échange quelque chose avec ceux que je rencontre loin des routes.
Je ne fais aucune différence d’âge. Tu me traites de vieux, d’accord, mais j’ai le même âge que toi, je vis à la même époque. Les générations n’existent pas pour moi. Tant que nous vivons, nous sommes contemporains. Nous sommes deux personnes. »








lundi 11 mars 2024

Dîner lecture du 09/03/24

Une soirée un dîner lecture qu’on aurait voulu qui ne finisse jamais. J’avais relu pour cela l’insoutenable légèreté de l’être avec Pascal : « einmal ist keinmal »
Je suis de plus en plus persuadée que cela peut être contagieux pour lire et faire lire et parler d’autres choses et par contagion bienheureuse attraper quelques jeunes et leur donner ce désir de communiquer  : désir de rester vivants et de partager. À tous les âges. 




….hier nous avons lu avec plusieurs personnes -certaines que l’on rencontrait pour la première fois- des extraits de morceaux choisis le thème c’était sur la mascarade les masques, le plus jeune d’entres nous, il a lu un texte sur le masque,  tres vivant accessible et touchant; sa mère sur le jeu de l’amour et du hasard avec comme stratagème 3 petites peluches pour jouer tous les rôles, Philipp d’Ecosse nous a conté l’apparition étrange d’un fantôme qui a changé sa vie, sa compagne la lumière au travers des vitraux de Soulages et un texte de Christian Bobin sur Conques ;  notre ami compagnon et Papa du jeune homme au masque et avec son épouse organisateurs de la soirée et cuisiniers du poisson du cake aux petits pois etc…c’était bon… il nous a transporté par Soljenitsine l’archipel du goulag : comment rester humain en prison en camp parler parler   (En 2007, il reçoit le prix d'État russe des mains de Vladimir Poutine et meurt en 2008) Patrick et sa compagne, nous ont lu une page d’un blog qui réalisait que le choix dans la vie était soit : avoir raison ou être heureux et combien cette dystrophie  humaine pouvait être douloureuse non seulement pour la personne elle-même mais pour ses proches,
et Patirick nous a lu son extrait d’un autre Patrick, Modiano et nous étions partis partants pour Voyage de noces…et Emmanuelle sa femme nous a aussi parlé des dictionnaires que personne dans nos milieux notre époque connectée ne consolent, ne consultent plus, en nous lisant quelques définitions du dictionnaire supperflu de Desproges. 



Milan Kundera l’insoutenable légèreté de l’être j’avais je nous avais choisi ce texte pour écho à cette légende du mensonge et de la vérité qui vont se baigner et pour cela se déshabillent . Le mensonge nage vite et sort et se rhabille avec les habits de la vérité et lorsque nue la vérité cherche à se rhabiller à son tour, elle ne peut prendre les vêtements du mensonge et c’est pour cela qu’elle resta nue….

La légende sur le mensonge et la vérité

« La légende raconte qu’un jour la vérité et le mensonge se croisèrent.
– Bonjour, dit le mensonge.
– Bonjour, répondit la vérité.
– Belle journée, dit le mensonge.
Alors la vérité se pencha pour vérifier si c’était le cas. Cela l’était.

– Belle journée, répondit alors la vérité.
– Le lac est encore plus beau, dit le mensonge.
Alors la vérité observa le lac et vit que le mensonge disait la vérité et elle hocha la tête. Le mensonge courut vers l’eau et dit :

– L’eau est encore plus belle. Nageons.

La vérité toucha l’eau du bout des doigts et se rendit compte du fait que l’eau était réellement bonne et à partir de là, elle eut confiance en le mensonge. Les deux enlevèrent leurs vêtements et nagèrent tranquillement. Quelques temps après, le mensonge sortit, s’habilla avec les vêtements de la vérité et s’en alla.

La vérité, incapable de s’habiller avec les vêtements du mensonge commença à marcher sans habits et tout le monde s’horrifia alors en la voyant. C’est ainsi qu’aujourd’hui, les individus préfèrent accepter le mensonge déguisé en vérité à la vérité à nue. »

Tableau de Jean-Léon Gérôme intitulé "La vérité sort de son puits" (1896)



Première partie La légèreté et la pesanteur :
« Il y a bien des années que je pense à Tomas. Mais c'est a la lumière de ces réflexions que je l'ai vu clairement pour la première fois. Je le vois, debout à une fenêtre de son appartement, les yeux fixés de l'autre côté de la cour sur le mur de l'immeuble d'en face, et il ne sait pas ce qu'il doit faire.
Il avait fait connaissance avec Tereza environ trois semaines plus tôt dans une petite ville de Bohême. Ils avaient passé une heure à peine ensemble. Elle l'avait accompagné à la gare et elle avait attendu avec lui jusqu'au moment où il était monté dans le train. Une dizaine de jours plus tard, elle vint le voir à Prague. Ils firent tout de suite l'amour ce jour-là. Dans la nuit, elle eut un accès de fièvre et elle passa chez lui toute une semaine avec la grippe.
Il éprouva alors un inexplicable amour pour cette fille qu'il connaissait à peine. Il lui semblait que c'était un enfant qu'on avait déposé dans une corbeille enduite de poix et lâché sur les eaux d'un fleuve pour qu'il le recueille sur la berge de son lit.
Elle resta chez lui une semaine puis, une fois rétablie, elle retourna dans la ville où elle habitait, à deux cents kilomètres de Prague. Et c'est ici que se situe le moment dont je viens de parler et où je vois la clé de la vie de Tomas : il est debout à la fenêtre, les yeux fixés de l'autre côté de la cour sur le mur de l'immeuble d'en face, et il réfléchit :
Faut-il lui proposer de venir s'installer à Prague? Cette responsabilité l'effraie. Qu'il l'invite chez lui maintenant, elle viendra le rejoindre pour lui offrir toute sa vie.
Ou bien, faut-il renoncer? Dans ce cas, Tereza restera
serveuse de brasserie dans un trou de province, et il ne la reverra jamais.
Veut-il qu'elle le rejoigne, oui ou non ?
Il regarde dans la cour, les yeux fixés sur le mur d'en face, et cherche une réponse.
il revient, encore posiours, à l'image de cette femme couchée sur son divan; elle ne lui rappelait personne de sa vie d'autrefois. Ce n'était ni une maîtresse ni une épouse.
C'était un enfant qu'il avait sorti d'une corbeille enduite de
poix et qu'il avait posé sur la berge de son lit. Elle s'était endormie. Il s'agenouilla près d'elle. Son haleine fiévreuse s'accélérait et il entendit un faible gémissement. Il pressa son visage contre le sien et lui chuchota des mots rassurants dans son sommeil. Au bout d'un instant, il lui sembla que sa respiration se faisait plus calme et que son visage se soulevait machinalement vers son visage. Il sentait à ses lèvres l'odeur un peu âcre de la fièvre et il l'aspirait comme s'il avait voulu s'imprégner de l'intimité de son corps. Alors, il imagina qu'elle était chez lui depuis de longues années et qu'elle était mourante. Soudain, il lui parut évident qu'il ne survivrait pas à sa mort. Il s'allongerait à côté d'elle pour mourir avec elle. Il enfouit son visage contre le sien dans l'oreiller et resta longtemps ainsi.
A présent, il est debout à la fenêtre et il invoque cet instant. Qu'était-ce, sinon l'amour, qui était ainsi venu se faire connaître ?
Mais était-ce l'amour? Il s'était persuadé qu'il voulait mourir à côté d'elle, et ce sentiment était manifestement excessif : il la voyait alors pour la deuxième fois de sa vie!
N'était-ce pas plutôt la réaction hystérique d'un homme qui, comprenant en son for intérieur son inaptitude à l'amour, commençait à se jouer à lui-même la comédie de l'amour?
En même temps, son subconscient était si lâche qu'il choisissait pour sa comédie cette pitoyable serveuse de province qui n'avait pratiquement aucune chance d'entrer dans sa vie !
Il regardait les murs sales de la cour et comprenait qu'il ne savait pas si c'était de l'hystérie ou de l'amour.
Et, dans cette situation où un homme vrai aurait su immédiatement agir, il se reprochait d'hésiter et de priver ainsi le plus bel instant de sa vie (il est à genoux au chevet de la jeune femme, persuadé de ne pouvoir survivre à sa mort) de toute signification.
Il s'accablait de reproches, mais il finit par se dire que c'était au fond bien normal qu'il ne sût pas ce qu'il voulait :
On ne peut jamais savoir ce qu'il faut vouloir car on n'a qu'une vie et on ne peut ni la comparer à des vies antérieures ni la rectifier dans des vies ultérieures.
Vaut-il mieux être avec Tereza ou rester seul ?
Il n'existe aucun moyen de vérifier quelle décision est la bonne car il n'existe aucune comparaison. Tout est vécu tout de suite pour la première fois et sans préparation. Comme si un acteur entrait en scène sans avoir jamais répété. Mais que peut valoir la vie, si la première répétition de la vie est déjà la vie même? C'est ce qui fait que la vie ressemble toujours à une esquisse. Mais même « esquisse » n'est pas le mot juste, car une esquisse est toujours l'ébauche de quelque chose, la préparation d'un tableau, tandis que l'esquisse qu'est notre vie n'est l'esquisse de rien, une ébauche sans tableau.
Tomas se répète le proverbe allemand: einmal ist keinmal, une fois ne compte pas, une fois c'est jamais. Ne pouvoir vivre qu'une vie, c'est comme ne pas vivre du tout. »
* L’enfant trouvé mythe Moïse.

Pour revenir à notre soirée dîner lecture….episode… 
épistolaire eh oui je n’écris que sur les réseaux mais c’est aussi un partage pour rester vivante….


….J’avais choisi de l’insoutenable légèreté de l’être le passage avec la chienne de Tomas et Teresa : Karenine en rapport avec le thème masques et mascarade
Car chez nos amis ça manque un peu d’animaux… quand j’étais enfant j’aimais déjà tant les animaux que j’aimais aller chez les adultes qui avaient des chiens ou des chats oiseaux ou même poissons parce que la conversation ne s’arrêtait pas qu’à eux 
Maintenant adulte grande je penche pour tous les plaisirs… la reconnaissance et l’aller retour vers d’autres mondes.

Quatrième partie 
l’âme et le corps
« Tereza rentra vers une heure et demie du matin, alla à la salle de bairs, enfila, un pyjama et s'allongea à côte de Tomas. Il dormait. Penchée sur son visage, au moment d'y
poser les lèvres, elle trouva a ses cheveux une odeur bizarre.. longuement, elle y plongea les narines. Elle le reniflait comme un chien et finit par comprendre : c'était une odeur féminine, l'odeur d'un sexe.
A six heures, le réveil sonna. C'était le moment de Karénine. Il se réveillait toujours bien avant eux, mais n'osait pas les déranger. Il attendait impatiemment la sonnerie du réveil qui lui donnait le droit de bondir sur le lit, de piétiner leurs corps et d'y enfouir son museau. Au début, ils avaient essayé de l'en empêcher et de le chasser du lit, mais le chien était plus têtu que ses maîtres et avait fini par imposer ses droits. D'ailleurs, Tereza constatait depuis quelque temps qu'il n'était pas désagréable de commencer la journée à l'appel de Karénine. Pour lui, l'instant du réveil était un bonheur sans mélange : il s'étonnait naïvement et bêtement d'être encore de ce monde et s'en réjouissait sincèrement. En revanche, Tereza s'éveillait à contrecœur, avec le désir de prolonger la nuit et de ne pas rouvrir les yeux.
Maintenant, Karénine attendait dans l'entrée, les yeux levés vers le portemanteau où étaient accrochés son collier et sa laisse. Tereza lui passa son collier et ils allèrent faire les courses. Elle acheta du lait, du pain, du beurre et, comme toujours, un croissant pour lui. Sur le chemin du retour, Karénine trottait à côté d'elle, le croissant dans sa gueule. Il regardait fièrement autour de lui, ravi sans doute de se faire remarquer et d'être montré du doigt.
A la maison, il resta à l'affüt sur le seuil de la chambre avec le croissant dans la gueule, attendant que Tomas s'aperçoive de sa présence, s'accroupisse, commence a gronder et feigne de le lui arracher. Cette scène se répétait jour après jour. Ils passaient cinq bonnes minutes à se poursuivre à travers l'appartement jusqu'à ce que Karénine se réfugie sous la table et dévore bien vite son croissant.
Mais cette fois-là il attendit en vain la cérémonie matinale. Un transistor était posé sur la table et Tomas écoutait. »

Et j’avais timidement… envisager de lire aussi toujours à propos de Karenine 
Mais on n’a pas eu le temps de tout faire de tout lire de penser à tout car une fois c’est jamais, l’avenir n’est que dans la répétition avec réparation.
Pour moi ce chien ressemble à celui du film de Justine Triet : Anatomie d’une chute mais en plus en mieux il est batard selon l’auteur : un mélange de Saint-Bernard par sa mère pour sa tête et de chien-loup par son père pour le corps.

« La mère était le saint-bernard d'un collègue de Tomas. Le père était le chien-loup du voisin. Personne ne voulait des petits bâtards
et son collègue avait mal au cœur à l'idée de les tuer.
Tomas devait choisir parmi les chiots et savait que ceux qu'il ne choisirait pas allaient mourir. Il était dans la situation d'un président de la République quand il y a quatre condamnés à mort et qu'il ne peut en gracier qu'un.
Finalement, il choisit l'un des chiots, une femelle qui semblait avoir le corps du chien-loup et dont la tête rappelait sa mère saint-bernard. Il l'apporta à Tereza. Elle prit le toutou, le pressa sur ses seins, et l'animal fit aussitôt pipi sur sa blouse.
Ensuite, il fallut lui trouver un nom. Tomas voulait quơn sût, rien qu'à ce nom, que c'était le chien de Tereza, et il se rappela le livre qu'elle serrait sous son bras le jour où elle était venue à Prague sans prévenir. Il proposa d'appeler le chien Tolstoï.
« On ne peut pas l'appeler Tolstoi, répliqua Tereza, puisque c'est une fille. On peut l'appeler Anna Karénine.
— On ne peut pas l'appeler Anna Karénine, une femme n'a jamais une petite gueule aussi marrante, dit Tomas. Plutôt Karénine. Oui, Karénine. C'est exactement comme ça que je l'ai toujours imaginé.
— Est-ce que ça ne va pas perturber sa sexualité de s'appeler Karénine ?

Septième partie 
Le sourire de Karenine

4
Pourquoi le mot idylle est-il un mot si important pour Tereza ?
Nous qui avons été élevés dans la mythologie de l'Ancien Testament, nous pourrions dire que l'idylle est l'image qui est restée en nous comme un souvenir du Paradis. La vie au Paradis ne ressemblait pas à la course en ligne droite qui nous mène dans l'incoanu, ce s'était pas une aventure. Elle se déplaçait en cercle entre des choses connues. Sa monotonie  n'était pas ennui mais bonheur.
Tant que l'homme vivait à la campagne, au milieu de la nature, entouré d'animaux domestiques, dans l'étreinte de saisons et de leur répétition, il restait toujours en lui ne serait-ce qu'un reflet de cette idylle paradisiaque.
… 
Comment expliquer que les règles d'une chienne éveillaient en elle une grande tendresse, alors que ses propres règles lui répugnaient? La réponse me semble facile : le chien n'a jamais été chassé du Paradis. Karénine ignore tout de la dualité du corps et de l'âme et ne sait pas ce qu'est le dégoût. C'est pourquoi Tereza se sent si bien et si tranquille auprès de lui. (Et c'est pour cela qu'il est si dangereux de changer l'animal en machine animée et de faire de la vache un automate à produire du lait : l'homme coupe ainsi le fil qui le rattachait au Paradis et rien ne pourra l'arrêter ni le réconforter dans son vol à travers le vide du temps.)
Du chaos confus de ces idées, une pensée blasphématoire dont elle ne peut se débarrasser germe dans l'esprit de Tereza: l'amour qui la lie à Karénine est meilleur que l'amour qui existe entre elle et Tomas. Meilleur, pas plus grand. Tereza ne veut accuser personne, ni elle, ni Tomas, elle ne veut pas affirmer qu'ils pourraient s'aimer davantage. Il lui semble plutôt que le couple humain est créé de telle sorte que l'amour de l'homme et de la femme est a priori d'une nature inférieure à ce que peut être (tout au moins dans la meilleure de ses variantes) l'amour entre l'homme et le chien, cette bizarrerie de l'histoire de l'homme, que le Créateur n'avait sans doute pas prévue.
C'est un amour désintéressé : Tereza ne veut rien de Karénine. Elle n'exige même pas d'amour. Elle ne s'est jamais posé les questions qui tourmentent les couples humains : est-ce qu'il m'aime? a-t-il aimé quelqu'un plus que moi? m'aime-t-il plus que moi je l'aime? Toutes ces questions qui interrogent l'amour, le jaugent, le scrutent, l'examinent, est-ce qu'elles ne risquent pas de le détruire dans l'œuf? Si nous sommes incapables d'aimer, c'est peut-être parce que nous désirons être aimés, c'est-à-dire que nous voulons quelque chose de l'autre (l'amour), au lieu de venir à lui sans revendications et de ne vouloir que sa simple présence.
Et encore une chose : Tereza a accepté Karénine tel qu'il est, elle n'a pas cherché à le changer à son image, elle a acquiescé d'avance à son univers de chien, elle ne veut pas le lui confisquer, elle n'est pas jalouse de ses penchants secrets.
Si elle l'a élevé, ce n'est pas pour le changer (comme un homme veut changer sa femme et une femme son homme), mais uniquement pour lui enseigner la langue élémentaire qui leur permettrait de se comprendre et de vivre ensemble.
Et aussi: son amour pour le chien est un amour volontaire, personne ne l'y a contrainte. 

avec elle. Elle n'a pas ranis
était telle qu'elle était, mais parce que c'était sa mère.)
Mais surtout : aucun être humain ne peut faire à un autre l'offrande de l'idylle. Seul l'animal le peut parce qu'il n'a pas été chassé du paradis. L'amour entre l'homme et le chien est idyllique. C'est un amour sans conflits, sans scènes déchirantes, sans évolution. Autour de Tereza et de Tomas, Karénine traçait le cercle de sa vie fondée sur la répétition et il attendait d'eux la même chose.
Si Karénine avait été un être humain au lieu d'être un chien, il aurait certainement dit depuis longtemps à Tereza :
« Ecoute, ça ne m'amuse plus de porter jour après jour un croissant dans la gueule. Tu ne peux pas me trouver quelque chose de nouveau?» Il y a dans cette phrase toute la condamnation de l'homme. Le temps humain ne tourne pas en cercle mais avance en ligne droite. C'est pourquoi l'homme ne peut être heureux puisque le bonheur est désir de répétition.
Oui, le bonheur est désir de répétition, songe Tereza.
Quand le président de la coopérative allait promener son Méphisto après le travail et rencontrait Tereza, il n'oubliait jamais de dire : « Madame Tereza! Si seulement je l'avais connu plus tôt! On aurait couru les filles ensemble ! Aucune femme ne résiste à deux cochons! » A ces mots, le goret poussait un grognement, il avait été dressé pour ça. Tereza riait, et pourtant elle savait une minute à l'avance ce qu'allait lui dire le président. La répétition n'enlevait rien de son charme à la plaisanterie. Au contraire. Dans le contexte de l'idylle, même l'humour obéit à la douce loi de la répétition. »

*Mephisto cochon apprivoisé qui se promenait comme un chien avec son maitre president de la coopérative agricole. Karenine l’appréciait car contrairement aux autres chiens il n’était pas enchainé à sa niche et n’aboyait pas bêtement.

« La vraie bonte de l’homme ne peut se manifester en toute pureté et en toute liberté qu'à l'égard de ceux qui ne représentent aucune force. Le véritable test moral de l'humanité (le plus radical, qui se situe à un niveau si profond qu'il échappe à notre regard), ce sont ses relations avec ceux qui sont à sa merci : les animaux. Et c'est ici que s'est produite la plus grande déroute de l'homme, débâcle fondamentale dont toutes les autres découlent.
Une génisse s'est approchée de Tereza, s'est arrêtée et l'examine longuement de ses grands yeux bruns. Tereza la connaît. Elle l'appelle Marguerite. Elle aurait aimé donner un nom à toutes ses génisses, mais elle n'a pas pu. Il y en a trop. Avant, il en était encore certainement ainsi voici une trentaine d'années, toutes les vaches du village avaient un nom. (Et si le nom est le signe de l'âme, je peux dire qu'elles en avaient une, n'en déplaise à Descartes.) Mais le village est ensuite devenu une grande usine coopérative et les vaches passent toute leur vie dans leurs deux mètres carrés d'étable.
Elles n'ont plus de nom et ce ne sont plus que des « machinae animatae». Le monde a donné raison à Descartes.
J'ai toujours devant les yeux Tereza assise sur une souche, elle caresse la tête de Karénine et songe à la déroute de l'humanité. En même temps, une autre image m'apparait : Nietzsche sort d'un hôtel de Turin. Il aperçoit devant
lui un cheval et un cocher qui le frappe à coups de cravache.
Nietzsche s'approche du cheval, il lui prend l'encolure entre les bras sous les yeux du cocher et il éclate en sanglots.
Ça se passait en 1889 et Nietzsche s'était déjà éloigné, lui aussi, des hommes. Autrement dit : c'est précisément à ce moment-là que s'est déclarée sa maladie mentale. Mais, selon moi, c'est bien là ce qui donne à son geste sa profonde signification. Nietzsche était venu demander au cheval pardon pour Descartes. Sa folie (donc son divorce d'avec l'humanité) commence à l'instant où il pleure sur le cheval.
Et c'est ce Nietzsche-là que j'aime, de même que j'aime
Tereza, qui caresse sur ses genoux la tête d'un chien mortellement malade. Je les vois tous deux côte à côte : ils s'écartent tous deux de la route où l'humanité, « maître et possesseur de la nature », poursuit sa marche en avant. »Milan Kundera,
Toujours L’insoutenable légèreté de l’être. Chapitre 3 de la septième partie : le sourire de Karenine 







vendredi 2 février 2024

Edmont oncle Georges Georges Edmont

Voilà ça faisait longtemps que je ne m’étais pas laissée piéger par ce putain de machin à éditer avant de poster, de FB… ah ça va mieux en le disant !
Il a disparu mon article d’une page format Smartphone … c’est presque poétique comme la trace des absents sur nos écrans 

C’est vertigineux quand on va au théâtre la sortie l’absence de toute cette vie embrassée après un spectacle 

J’aurais du faire des selfies avec ceux que je connaissais : @nicolasmartel @jeanmichelrabeux @georgesedmont 
Et surtout mais c’est ce soir la dernière et c’était déjà complet 23 places au maxi la jauge est petite 
Et nous spectateurs après, il ne nous reste rien de cette étreinte sans contrainte !?
C’est le premier spectacle aussi désarmant et désarmé qui nous relie complètement les uns les autres. Normalement en appartement on ne s’y sent pas si bien entouré (j’ai déjà vu d’autres spectacles) 
d’art d’aimer et de délicatesse avec rappel des périodes où tout semblait perdu : Guerre la 2 eme et les années « Sidamour sida mort » comme chantait Barbara 
Pourquoi j’ai perdu l’article que j’essayais de publier sur FB parce qu’entre temps j’ai lu tout le petit livre : Georges d’une traite et FB chez ces gens-là on n’attend pas on compte ….comme chantait Jacques Brel….donc c’est avec Nicolas Martel toujours aussi fondant, dans le rôle de son double à Georges son double jeune car on reste toujours jeune quand on aime aimer et Georges Edmont dans le rôle muet de celui qui s’asseoit et regarde de l’intérieur et qui basta n’a plus les mots mais il chante et justement quand on est redevenu muet comme à son adolescence et encore longtemps après on sourit.
Mais il chante et quelles chansons : l’amour nous fait faire des folies….
Leur complicité à eux deux acteurs est palpable on respire ou pas, au même rythme.
À la mise en scène Jean-Michel Rabeux est assisté de Santiago Montequin un gage d’élégance, je l’ai déjà vu jouer. Et s’il devient metteur en scène il reprendra la flamme…..sa flamme intérieure… Flamme comme une mer intérieure quel travail à tous mature, comme un bon vin 




ƒƒƒ article de Denis Sanglard

Georges, une vie de pédé. On peut le dire ce vilain, ce sale mot homophobe, un crachat porté ici haut, en sautoir par Georges. Car c’est sa vie à lui, Georges. Une vie de pédé qui commence par le désamour d’une mère bonniche. Georges, un bâtard chié et de père inconnu. Ça commence d’ailleurs comme ça ce formidable et délicat récit, par la mort de la mère qui vous délivre et si l’on chiale c’est de joie, d’être enfin libre à 36 ans. On ne tue pas sa mère, mais c’est tout comme. Georges raconte sa vie. Ces premiers émois homosexuels. Sans rien y comprendre. Est-ce normal ? Sa réussite professionnelle, à 20 ans plus jeune sommelier de France à La Tour d’argent, et l’apprentissage de l’hypocrisie qui va avec. Le sourire qu’on affiche en toute circonstance. Le sourire vrai-faux comme un rictus. Mentir, se mentir. Comme dans la vie, puisqu’être pédé t’oblige à te planquer, nous sommes dans les années cinquante ne l’oublions pas. Amours furtives, amours d’un soir, amours de square… Le dégoût de soi. L’hôpital psychiatrique, je suis pédé, suis-je malade docteur ? La famille encore, la mort de la mère donc, la recherche du père. Se trouver un demi-frère, une demi-belle-sœur, empuantis de crasse, de violence et de bêtise. Alors au sortir de cette rencontre catastrophique, le corps qui vous lâche, la pluie qui vous nettoie mais il suffit de la poigne d’un camionneur pour naître, enfin. « Je suis Georges Edmont ».  Aller sur la tombe du père inconnu, au carré des indigents, et régler ses comptes, en « un geste à la con » qui délie les liens, déchirer son acte de naissance. Les années 80, Jérôme le grand amour et le SIDA. La mort collée aux basques, défiée, à qui le tour, quand mon tour ? C’est comme ça aussi qu’on est pédé, par le sang contaminé. Jérôme est mort, Georges aussi. Enfin le croyait-il. Mais il suffit d’un sourire, sur un trottoir un jour de juillet 2000, pour revivre, vaille que vivre. Sans rien oublier, jamais. « C’est des bouffes la vie, les pédés ». Georges est un phénix.

Voilà, c’est la traversée d’une vie, une vie de pédé. On songe à Didier Eribon, à Annie Ernaux. L’invention de soi qui ne va pas sans ce foutu sentiment de honte, de déclassement social et sexuel, qui ne vous lâche pas mais ne vous empêche pas d’avancer, quand même. Question de survie. L’humour en plus, cet humour cinglant de pédé lucide qui cautérise les écorchures toujours à vif, la difficulté d’être, la violence homophobe, familiale ou sociale. Gorges a 80 ans aujourd’hui et il est là qui nous reçoit dans son appartement, rue de Jarente. Lui et son double, Nicolas Martel. Qui est Georges, plus jeune. Et ces deux-là qui n’en font qu’un dialoguent, monologuent, ce qui est du pareil au même. Nous racontent cette vie singulière, cette traversée tragi-comique, oui ça peut être drôle une vie de pédé. Et il ne faut pas manquer d’observer le visage de Gorges le vieux, sculpté par les ans, écouter le récit de sa vie… des ombres y passent qui en disent fort long. Georges le jeune mène le récit, Georges le vieux précise quelques détails. On y chante aussi. Complices, ils ne font qu’un, oui, que scelle un baiser final, poings sérrés, qui vous foudroie, où la vieillesse apaisée, espére-t-on, de Georges se réconcilie avec sa jeunesse tourmentée. Tous deux sont formidables, un jeu dépouillé de toutes scories théâtrales pour atteindre une franche épure qui brouille la frontière entre théâtre et réalité. C’est autobiographique mais la vie est un théâtre aussi. Jean Michel Rabeux, qui les connaît bien tous deux, compagnons théâtraux au long cours, met cela en scène avec simplicité, avec la même pudeur et délicatesse que ce récit tout en retenue. Et parce que dans cette pièce où nous sommes conviés, au milieu de cet élégant appartement dépouillé, la proximité devient vite intimité, le ton tient de la confidence, du secret partagé autour d’un excellent verre de blanc ou de rouge, au choix. C’est bouleversant de vérité chuchotée.

 

Georges, de Georges Edmont

Mise en scène de Jean-Michel Rabeux

Assisté de Santiago Montequin

Avec : Georges Edmont et Nicolas Martel

 

du 22 janvier au 2 février 2024 

du Lundi au vendredi à 20h30

mardi 30 janvier 2024

Guillaume




Mes pages préférées mes phrases préférées de Guillaume car c’est un beau livre d’Olivier Steiner qui s’attaque à toutes les morts pour qu’enfin à chaque vie….on fasse tout pour la sauver….
Dans l’absolu  tenter de nous faire toucher le tréfonds après la glace fondue, qui fond, c’est un livre « qui mord et qui pique »comme il le souhaitait en posant des le départ en exergue ces mots de Kafka  en exergue Guillaume nous laisse sans voix et sans armes et ne larmoie pas 
Peut-on fendre la glace sur le sujet du suicide avec une hache pour que cette glace épaisse qui recouvre, les blessures, les plaies qu’elles ne restent pas à vif, pour se fondre en sujets, objets de destruction explosive.
Je ne vous dis rien si je ne vous explique pas qu’il n’y a rien à expliquer quand on rencontre quelqu’un….c’est toujours pour sortir du labyrinthe 
Les belles feuilles du livre 
P40–P43/ « ces plantes qu’on appelle délaissées » 
P47—P50/ dérélection ? « État de la personne qui se sent abandonnée, privée de tout secours. » dictionnaire Robert 
« Le suicide échappe à la mort dans la mort »
P 105 « les larmes des animaux »
P109 «On a besoin des autres.Que les autres nous voyagent »
P124 les chiffres du suicide 30 par jour… dans les 50 dernières années 60% de suicides en plus…
P126 « et l’ombre sur toi elle t’empêche d’aimer ».
P127 « Es-tu un garçon suicidaire, Guillaume, ou es-tu un assassin timide »
P130 « Travailler à quoi … »
P132 « Tu seras (Guillaume), beaucoup de hors-champs »
P135 « L’amour, sans espoir, n’existe pas, sauf dans les romans. »
P176 « J’avais besoin que la fiction domine le réel. »

J’ai fait très vite pour lire ce livre sculpté à voix haute car il est addictif comme la présence d’un absent, désormais et de son propre vouloir à mourir comme Godard assisté… ou Bacon ? mais lui parle de Deleuze …se suicider alors qu’on est épuisé une peau de chagrin, une vessie 

 qu’on ne prendrait plus pour une lanterne, ça se comprend non ?!
L’auteur se délivre, + plus.
L’ombre grâce à Guillaume n’est plus à la même échelle sur lui…. Et sur le lecteur ?
J’ai passé trois jours malgré une crève qui m’a ôté le sommeil à lire ce livre, je n’ai pas aimé depuis le départ la photo de couverture mais après avoir lu le livre  beaucoup plus et c’est pour cela qu’à mon tour j’ai mis pour dormir le grand tee-shirt blanc à tête de mort fleurie, qui sait vais je retrouver le sommeil ?



Art pour groupe Fans du Masque et la Plume sur FB
 
Guillaume d’Olivier Steiner aux éditions labyrinthes : sur mon vieux blog qui clopin clopant me tient debout. Les amitiés se raccourcissent en vieillissant mais on devient plus sensible aux mensonges et ce livre en découvre tous les mensonges et par omission sur le suicide sur un suicide sur la mort. On apprend pas à mourir on sauve la vie tant qu’on peut par l’amour et l’écoute du silence. J’ai entendu dans un excellent film de Todd Haynes May December : « la naïveté m’a sauvée. »Olivier Steiner est tout sauf un naïf lui c’est la distance la créativité qui l’ont sauvé 
Et quelques rares amitiés ? Durables ? Contrairement à l’amour (p135 l’amour sans espoir n’existe pas sauf dans les romans) l’amitié est toujours sans espoir dans la vie ….


mercredi 8 novembre 2023

L’enlèvement / L’arbre aux papillons d’or

L’enlèvement
Allez y c’est le plus beau des cinémas celui de l’Italie quand il atteint autant notre intimité actualité alors que c’est un film historique basé sur des faits relatés, historiques. Aimer passionnément un enfant c’est le tirailler à soi en quelque sorte et la religion fait toujours cela. Les acteurs sont prodigieux. La différence entre le père et la mère, le père se refuse à toute manipulation torturante, la mère pas. S’aiment-ils, quels jalons sèmeront-ils dans les repères d’attachement ?

C’est d’une beauté à couper le souffle comme presque du temps de Luchino Visconti…,Là aussi je le reverrais on n’en perd pas une minute on est dans un autre temps….J’étais avec Pascal qui a beaucoup aimé.



L’arbre aux papillons d’or,
 je l’ai vu enfin, au cinéma de quartier Chaplin Saint-Lambert et je l’ai beaucoup aimé nous n’étions pas nombreux mais très présents. À la sortie trois jeunes femmes discutaient ardemment, de très jeunes gens 6 sur 15 spectateurs, à mon avis  les autres sont découragés par la longueur du film et pourtant… on ne voit pas ce temps passer car on est complètement transplantés dans un autre cadre temporel, alors que nous sommes sous la pluie dans une ferme et sur les routes, (chemins plutôt) en vieux scooter mobylette Honda qui a des ratées. Il y a des scènes où personne ne semble jouer mais plutôt écouter le temps, la pluie, regarder sentir embrasser jusqu’aux moisissures sur un cadre grillagé et il y a comme la présence de plusieurs vies dans une vie où tout se décale, comme si on passait dans une autre réalité vue de plus près, ou bien de plus haut… J’ai beaucoup aimé la fin… l’âme est trop lourde quand on a trop aimé pour les autres…. Dans ce film il y a une des plus belles scènes d’un très long baiser, scène sensuelle et élégante et …. d’autant que l’on ne l’attend toujours que de l’Occident.






Ce film m’a fait penser à un des derniers livres d’Amelie Nothomb : Psychopompe 
Oui bien sûr j’ai aimé qu’elle parle des oiseaux et des fantômes elle n’a pas son pareil telle une autrice de contes pour nous ouvrir les yeux sur d’autres pistes pour apprivoiser nos peurs…








vendredi 20 octobre 2023

La Montagne cachée


CDN c’est par Là ! Centre Dramatique National, c’est par là, qu’il faut passer pour avoir une résidence quand on est une jeune ou moins jeune compagnie et bénéficier de subventions pour produire un projet. 
Mais revenons à notre Montagne Cachée au Théâtre de Chatillon en plein centre ville espace piétonnier.  on peut y manger acheter des livres boire un verre et discuter avec les artistes ou leur attachée de presse leur relation publique number one Noémie Guedj après le spectacle. La Cie des Dramaticules je les suis depuis 20 ans…
D’après René Daumal le Mont Analogue : roman d’Aventures Alpines, non Euclidiennes et symboliquement authentiques livre de chevet de Mitterand Patti Smith…
C’est aussi fort qu’au cinéma la nuit du chasseur ou au Cinéma le dernier film de Martin Scorsese : Killers of the Flower Moon
La Lune une sorte de Montagne longtemps cachée…

Oui j’ai vu ce spectacle « la Montagne cachée » créé à la MC Créteil ce jeudi 19 octobre 2023, j’ai vu leur
3 ème au Théâtre de Châtillon, le public était composé d’une classe de 5 ème et de divers autres, tous conquis et aussi attentionnés attentifs que mon compagnon, on est sortis de là, plein d’énergie d’envie d’en découdre avec la vie, la mort, le désespoir ; la preuve je n’ai pris aucune photo j’ai applaudi parlé avec tous, l’accueil de cette compagnie et de ce théâtre sont très très rares. Ajoutez une légende... « On ne s’est jamais échappé d’un ici et d’un maintenant. » Jorge Luis Borges









vendredi 14 avril 2023

Mes livres : Olivier, Mes fragiles Jérome GARCIN/ Cher Connard : Virginie Despentes/ Dans la baie Fauve (One eye ): Sara Baume

Je n’écrirais pas sur le théâtre que je n’aime pas plus que ça le théâtre utilitaire trop séquencé par le cinéma et la musique car le théâtre ce n’est pas pour moi ni un film ni une série….
Pas sur les livres qui déjà sont presque des scénarios de films ou de séries on sent la prochaine saison à la dernière page…
.
Donc mes derniers livres lus enfin solitaire et concentrée sont….
 Jérôme Garcin : Mes fragiles, Olivier, j’aime infiniment cette écriture éclairante délicate qui nous ouvre les voies de se subtiliser subtilement à ceux qui ne parlent pas qui ont eux aussi été abandonnés par leurs fragiles aimants. 

Le dernier livre de Virginie Despentes Cher connard, qui ne se dévore pas mais qui laisse toujours un goût de sous textes tus de sous entendus et de rencontres possibles entre les victimes et leurs dictateurs depuis ce nouvel ordre genré. Elle parle très bien des addictions de l’alcool et de la drogue donc de l’inaptitude l’inapaisé des jeunesses successives….Cher connard 

Et mon dernier livre (One Eye) Dans la baie fauve de Sara Baume traduit par France Camus-Pichon, 
un livre qui m’a passionnée d’une écrivaine irlandaise traduit et en poche. Comment ressentir être piquée être mordue comme demandait F Kafka à la littérature par un livre qui réveille sur l’étendue de la solitude et pourtant il sait le personnage sentir nommer les oiseaux et les plantes et s’accompagner d’un chien qui lui est bien supérieur question flair….d’un chien borgne et cabossé par la vie comme le narrateur. C’est qui le narrateur, un homme seul qui parle à son chien et qui est a près de 50 ans tout aussi cabossé par la vie.




jeudi 26 mai 2022

Audio blog la vie ordinaire

https://audioblog.arteradio.com/blog/179116/podcast/185147/episode-14-le-fetichisme-de-la-marchandise
Si vous avez  le temps dans un train seul ou chez vous  écoutez le les …ils sont dans leurs voix et les arrangements sonores dessinent soulignent  l’invisible émeuvent font penser rire ou pleurer aident à nous y introduire à nous projeter ´si loins et si proches’ et pourtant ils n’accentuent ni ne rompent, on voudrait que cela ne s’arrête jamais ça s’appelle la vie ordinaire  Les deux comédiens s’appellent Lise Bellynck et Frédéric Aspisi ils y lisent le roman écrit par Frédéric Aspisi :  la vie ordinaire.(Je me trompe tout le temps de titre je dis la vie moyenne.)

……..
1er épisode Notre premier épisode a été écouté près de deux cents fois, nous espérons que cela vous a donné envie de poursuivre l’aventure.

Si vous aimez, n’hésitez pas à partager le lien avec des gens que vous aimez. Si vous n’avez pas aimé, partagez-le auprès de personnes que vous aimez moins… (attention, ceci est de l’humour).

Ce podcast de fiction, écrit et réalisé par nous-mêmes, sera feuilletonné tous les week-ends jusqu’à l’entrée dans l’été ou la saison des pluies - c’est selon.

Vous pouvez aussi suivre ou vous abonnez sur :
facebook : https://www.facebook.com/laviemoyenne
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mercredi 30 mars 2022

Seule la terre est éternelle : doc Jim Harrisson

Les livres c’est un peu comme dans les Deschiens sur le sujet, « des livres des livres, il a que ça des livres, partout, tu sais combien ça coûte ». Moi c’était ma mère qui n’aimait pas me voir lire,  j’en ai beaucoup lu du programme à l’école et ceux de Jim Harrison hors programme bien plus tard m’ont donné envie de partir et de me perdre en autrui pour renaître…. Si tu n’aimes pas la poésie lis Jim Harrison ses poèmes tu verras ils s’imbriquent en toi non pas en ta mémoire mais en ton inconscient qui croit aux autres possibles et qui accorde aux paysages plus d’effet buvard qu’on ne leur accorde qu’au premier regard… là, dans le Montana on apprend qu’il est mort en écrivant un poème…. C’est donc comme cela au milieu des serpents tueurs de sa chienne avec un bidon de répulsif à serpents et son fusil qu’il les a décimés pour venger sa chienne une de ses chiens. Sa canne représente une tête de serpent pourtant, sûrement un cadeau, il a glané tant d’objets offerts par des indiens…. Il est épicurien, il a besoin de réconfort et de baisers tendres car c’est par ce seul radeau que les oubliés remontent à la surface…
Ce film je l’ai vu seule aux 7 parnassiens il n’y a que des vieux dans cette grande salle du rez de chaussée (pour pas qu’ils n’aient d’interminables escaliers à monter ou à descendre ou comme ceux intestinaux étroits et à paliers des autres salles.







Article du Monde abonné (e)Jim Harrison dans « Seule la terre est éternelle »,  de François Busnel et Adrien Soland. NOUR FILMS

L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

Le visage nous est instantanément familier. Un vieillard que l’on souhaiterait avoir pour grand-père. Attendrissant et amusant, selon le détail auquel on prête attention : les rides creusées comme des sillons, l’œil malicieux, les cheveux rares et hirsutes ou la moustache jaunie par la nicotine. Et puis cette allure dont on devine qu’elle fut puissante, devenue plus fragile, chancelante. Les mains qui tremblent, le gros ventre débordant du tee-shirt. Jim Harrison, géant de la littérature contemporaine américaine, nous apparaît abîmé, et néanmoins joyeux.

Poète philosophe un peu clochard, vieil épicurien goguenard usé par les excès et les accidents de la vie, dont le souffle rauque de la voix s’est éteint en mars 2015. Soit six mois après la première partie du tournage de Seule la terre est éternelle, et deux semaines avant sa mort. 

Pour autant, c’est un film parfaitement achevé, intense et apaisé que le journaliste et producteur François Busnel (qui présente sur France 5 le magazine littéraire « La Grande Librairie ») et le réalisateur Adrien Soland ont rapporté de leur séjour passé avec l’écrivain. Trois semaines de discussions, de repas, de parties de pêche sur Yellowstone River, de trajets à travers les paysages majestueux de l’Amérique durant lesquels, jour et nuit, Jim Harrison n’a cessé de parler.

A l’aise et en confiance, chez lui, dans sa maison du Montana, en compagnie d’un journaliste et d’un réalisateur qu’il avait déjà rencontrés – notamment en 2011, pour un numéro de « Carnets de route » (France 5). L’écrivain n’a pas rechigné. Il a laissé la caméra le suivre tel qu’il était, au lever comme au coucher du soleil, longuement immobile face aux grands espaces, patient sur sa barque à attendre que ça morde, rigolard dès lors qu’il s’agit de piéger les serpents. Silencieux parfois devant la beauté du monde.

Indissociables

Car l’auteur de Wolf. Mémoires fictifs, deLégendes d’automne, de Nord-Michigan, de Dalva garde intact son émerveillement face à la nature. Il ne s’est jamais lassé des rivières, des champs, des chaînes montagneuses, des étendues désertes – ces endroits isolés où il a choisi de vivre. Et cette Amérique sauvage que décrit chacun de ses romans, Jim Harrison la raconte comme personne. « Le paysage peut emporter tous les chagrins », dit-il au début du film. Et Dieu sait s’il en eut des chagrins, en connut des drames. La perte de son œil gauche, alors qu’il était tout gamin, à cause d’un méchant coup de bâton assené par une fillette. La disparition, alors qu’il n’avait que 20 ans, de son père et de sa sœur dans un accident de voiture. La chute d’une falaise qui lui bloqua le dos. La dépression et les excès.

Revenu de tout, Jim Harrison est resté debout, soutenu par deux béquilles : l’écriture et la nature

Revenu de tout, Jim Harrison est resté debout, soutenu par deux béquilles : l’écriture et la nature. Ses mots le disent, l’expriment avec une rare clarté. Le film le montre, jusqu’à nous le faire ressentir, qui, en alternant plans rapprochés et plans très larges en « scope », parvient à rendre indissociables l’homme et les paysages. Au volant de sa voiture qui nous mène du Montana en Arizona, où il possède un ranch, l’écrivain déroule sa vie comme il l’entend, s’agace d’avoir parfois été comparé à Hemingway (« je n’ai rien en commun avec ses inepties viriles, et puis il était tout le temps bourré »), s’attarde sur la cupidité, la haine et la soif de pouvoir qui ont conduit l’Amérique aux pires atrocités : le massacre des Indiens, les guerres du Vietnam, d’Irak et d’Afghanistan.

En cette fin d’été 2015, Jim Harrison se tient en paix dans le monde sauvage et ne craint plus rien. Pas même la mort, dont il se fiche :

« Ça arrive à tout le monde. Et puis il existe 90 milliards de galaxies, donc tout est possible. Ça ne me tracasse pas. »

Il y a bien longtemps que l’accompagne cette phrase qu’il a citée dans ses mémoire.

En marge

« Seule la terre est éternelle. » 

Elle vient des Sioux et donne son titre au film de François Busnel et Adrien Soland. Un film sans voix off ni archives, sans autre présence à l’image que celles de l’écrivain, de quelques amis de passage et de ces vastes horizons auxquels Jim Harrison offre, ici, son dernier souffle. Comme un ultime hommage à ce qu’il a tant aimé.