mercredi 16 octobre 2019

Derniers films vus au cinéma : Ad Astra et Once upon a time in Hollywood .. avec Brad Pitt

le Monde  
Cinéma : « Ad Astra », une odyssée astrale et œdipienne
James Gray envoie Brad Pitt en mission vers Neptune, un voyage qui le conduit sur les traces d’un père astronaute supposé mort.
Par Jacques Mandelbaum  
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"Brad Pitt tient le rôle principal dans « Ad Astra », de James Gray, un film qu’il a aussi produit. 
Avouons-le, on fut étonné en apprenant que James Gray – styliste néo-classique fiévreux, auteur de films noirs palpitants, propagateur de tragédie grecque dans le septième art et, pour ces quelques raisons au moins, l’un des plus grands cinéastes américains actuels – s’était lancé dans la réalisation d’un « space opera ».
C’est mercredi 18 septembre, en France, que tous ceux qui tombèrent pareillement des nues à cette nouvelle sont invités à y remonter pour juger sur pièce.
On sait combien la catégorie du film spatial est souple. Elle conjoint la pure fantaisie et l’adaptation au milieu interstellaire de genres dûment répertoriés (la guerre pour Star Wars, l’horreur pour Alien) à des chefs-d’œuvre méditatifs de haute volée tels 2001 : l’Odyssée de l’espace (1968) de Stanley Kubrick ou Solaris (1972) d’Andreï Tarkovski.
C’est manifestement à ces derniers que Gray ambitionne de raccrocher la fusée Ad Astra, film produit et interprété, autrement dit rendu possible, par Brad Pitt, lequel, après Once Upon a Time… in Hollywood de Quentin Tarantino, aurait toutes les raisons de se féliciter de son année.
L’acteur y interprète, dans un futur qui se veut proche, Roy McBride, astronaute missionné dans le plus grand secret pour voyager jusqu’à Neptune et y découvrir la cause de l’émission d’ondes électromagnétiques surpuissantes qui mettent en danger la vie sur Terre.
La principale raison de ce choix tient à l’hypothèse émise par l’état-major que le propre père de Roy pourrait avoir un lien avec ce phénomène. Lui-même astronaute réputé, Clifford McBride (Tommy Lee Jones) était pourtant tenu pour mort depuis trente ans, après qu’il avait disparu aux alentours de Neptune lors d’une mission de reconnaissance à la recherche de formes de vie intelligentes aux confins du système solaire. Mais la réception d’un récent message de Clifford a changé la donne.
Magnifiques scènes d’action
Eloigné de son père depuis l’adolescence, lui portant le sentiment qu’un fils peut cultiver à l’égard d’un géniteur ayant toujours fait passer son ambition professionnelle avant sa famille, Roy est devenu lui-même un être froid, raisonné, le pouls bloqué à 80 y compris en période de fin du monde, peu enclin à laisser parler ses sentiments, incapable de nouer des relations affectives viables.
Sa mission vers Neptune sacrifie à quelques magnifiques scènes d’action inhérentes au genre – telles une course-poursuite en rover avec des pirates lunaires ou la découverte en chemin d’un vaisseau en détresse peuplé de singes enragés. Elle emporte aussi avec elle la possibilité, toujours appréciée des spectateurs, d’une pure et simple manipulation au plus haut niveau du commandement après celui du cinéaste.
Plus essentiellement encore, cette mission devient un voyage vers le père. Une odyssée œdipienne qui fait flotter Sophocle dans le cosmos, une psychanalyse encapsulée, guidée par la voix intérieure et omniprésente du fils et par des rétro-images mentales évoquant par fragments l’inaccomplissement de sa vie intime. Certains spectateurs verront là, dans ce motif freudien si ostensiblement noué, sujet à agacement. Le thème de la malédiction père-fils n’est pourtant pas nouveau chez l’auteur de Little Odessa (1994), The Yards (2000) ou La nuit nous appartient (2007). Simplement, sa mise en scène spatiale avec des protagonistes séparés par des mois de voyage et caparaçonnés de combinaisons étanches en atténue la pesanteur charnelle.
C’est donc d’une émotion plus conceptuelle, plus cérébrale, que le film saisira le spectateur. Le sentiment d’intelligence formelle, par exemple, entre la ouate sensorielle qui enveloppe son long voyage et l’engourdissement mental d’un héros qui s’est fermé au monde et est devenu comme étranger à lui-même. Ou cette idée, paradoxale et séduisante, que la prospection du cosmos approfondit davantage le mystère de l’âme humaine que la connaissance de l’univers, qu’en un mot nous serions, sinon seuls dans l’univers, mais à nous-mêmes notre propre infini.
Ces poignantes perspectives philosophiques, enfin, sur la question de la filiation, avec ce père qui est toujours trop loin, reclus, intouchable, incessamment hors d’atteinte… Comme si, nous précédant de toute éternité dans une mort dont il nous abritait en secret, il ne nous en révélait la connaissance qu’in extremis.
Un détour par le vide
Le tour coppolien que prend insensiblement cette traque d’un père qui a rompu les amarres, souligne, si besoin était, non seulement notre fondamentale solitude, mais encore, et pour cause, la sombre impuissance qui nous saisit devant la mort, individuelle ou collective.
L’antienne de l’apocalypse qui menace notre planète exténuée explique à elle seule le regain des (tous remarquables) films spatiaux depuis quelques années. Gravity (2013) d’Alfonso Cuaron, Interstellar (2014) de Christopher Nolan, Seul sur Mars (2015) de Ridley Scott, First Man (2018) de Damien Chazelle, High Life (2018) de Claire Denis.
Tous ont pour point commun non seulement de chercher dans l’espace une terre de rechange pour y prolonger la vie mais encore d’évoquer en arrière-plan un trouble généalogique dans l’histoire de leurs héros. James Gray met ce trouble au cœur du récit et nous invite à envisager le voyage spatial qui en résulte comme un immense détour par le vide destiné à nous ramener à nous-mêmes. Quant à savoir si la vapeur d’eau récemment découverte à cent onze années-lumière sur l’exoplanète K2-18b est de nature à rendre caduc cet humain quant-à-soi, bien malin qui le dira."

ma critique laissée juste après avoir vu ce film dans la salle en IMAX au procédé image et son améliorés du Gaumont Braugrenelle avec supplément de 3€ par personne

Ad Astra avec Brad Pitt c’est-à-dire un beau film moins attractif que le genre science fiction et au delà des frontières de la réalité affective et celle de l’astronomie. On est tellement seuls, tous prisonniers d’images, de souvenirs, de cordons affectifs. Partager ensemble le fardeau est le plus beau combat à mener même au delà du visible et du légendaire qu’est la science fiction de cinéma. Le commerce et ses excroissances révoltantes auraient colonisé même la lune avec toujours ses résistances piratages combats. Et comment accepter toujours le plus effarant combat même en deçà de la planète bleue : le fils contre le père. certes le cinéma américain en est plein même 2001 même Apocalypse Now... La littérature a plus exploré la relation mère fils ou non ? ces combats sont initiaux mais pas indispensables... il suffit de partager ensemble tous les fardeaux. Brad Pitt est extrêmement touchant. Les critiques fades le sont par rapport à la solitude si difficile à épaissir sur terre au cinéma. Ce film on a beaucoup de mal à en sortir.... comme du ventre d’une renaissance espérée 
https://www..com/film/Ad_Astra/critique/186520479




Le dernier film de Tarantino est pour moi hors d’atteinte, je n’ai réagi qu’ en sourde et aveugle comme si je lisais cela accompagnée déjà par d’autres yeux et d’autres oreilles, celles, des amateurs cinéphiles inconditionnels de l’époque hollywoodienne et/ou des films de Tarantino. J’ai été impliquée directement : au combat entre Bruce Lee et Brad Pitt, aux extraits de la bande annonce de Mannix. Sinon Leonardo di Caprio Al Pacino l’actrice blonde censée jouer Sharon Tate oui bof ! sauf pour cette dernière quand elle se voit jouer au cinéma sur l’écran, placée seule dans les premiers rangs, avec le public disséminé derrière elle. Et aussi la scène entre Leonardo Caprio et la petite fille de 8 ans sur le tournage de la scène du méchant. Mais c’est Brad Pitt sinon tout le long du film qui m’a permis de ne pas quitter le navire du cinéma, malgré son manque de tangage, pour le sommeil. La fin les variations tarentinesques avec la réalité, moi j’aime cela infiniment. C’est ce que je fais de plus en plus, je vais au cinéma pour aérer le quotidien car la fiction rend la « douleur féconde » et adoucit le caractère. Et puis une mention aussi pour le chien qui ne meurt pas d'avoir mordu les humains, dans le film....

https://next.liberation.fr/cinema/2019/08/13/once-upon-a-time-in-hollywood-conte-a-rebours_1745210

lundi 7 octobre 2019

Alice et le maire, Atlantique, Pupille

Alice et le maire
Oui c’est un film que j’ai nous avons aimé et vu le 3 oct, y avait du monde au Gaumont Convention différemment et un film qui peut partager les avis. Il y a plein de rôles secondaires importants et le texte est très bon limpide et profond. Il y a quelque chose de Rohmer dans les rapports amoureux/amicaux la solitude entre les plans....
Le rôle de la décoratrice d’Opera est très beau avec la fin "j'ai recommencé à lire". Et aussi, je ne suis pas une des aficionados de Luchini et là dans ce rôle, de crédible dans l’étrangeté solitaire, dans la mégalomanie sincère et lucide, le côté je m’écoute parler, je ne vois personne d’autre....
Quant à sa partenaire elle est très bien comme toujours Anaïs Demoustier.

Atlantique
Un film qui reste et vous hante car les plans sont très beaux sur la peau de la mer comme sur la peau la nuit des personnes noires et de leurs fantômes revendiquant plus de justice. Et le sujet ne perd pas l'envie du spectateur d'en savoir plus avant de l'intrigue "policière" alors que ce n'est qu'un prétexte mais auquel on se tient comme par temps de tempête au parapet qui nous sépare du large.

Pupille sur Canal + 
Disponible encore sur Canal + jusqu’au 9 octobre dans les films à la demande même à la télé on pleure en cascade car ce film est « une pépite » qui brille longtemps encore après l’avoir vue... Quand je pense que ce film n’a reçu que des nominations... Gilles Lelouche est formidable mais tous les seconds rôles le sont c’est saisissant de distance et d’émotion. Mon ami a bien pleuré et ce matin nous en avons parlé longuement. Je ne l’ai jamais tanné autant pour voir un film que j’avais découvert à sa sortie sauf une autre fois pour un film écologiste islandais : Woman at war une femme et son arc à la fin aussi il y avait une adoption, (mon ami a retrouvé le titre)et aussi pour le Grand-Bain, mais j’étais moins insistante....
vous retrouverez bien des avis critiques sur ce site dont les miens
https://www.facebook.com/groups/6187388309/about/
Sur FB ce groupe ouvert au public Fans du Masque et la plume

dimanche 6 octobre 2019

les Hirondelles de Kaboul

Ce film est le film à ne pas oublier, mais il ne peut pas s'oublier... sur FB j’ai écrit « si je devais perdre la mémoire de tous les films que j'ai vus je voudrais que l'on me repasse celui-là ». Comment s'adapter, comment résister  malgré tout et se sacrifier et ce malgré toutes les raisons qu'on se donne pour se blinder ; malgré toutes ces atrocités être encore perméable, une fois encore, être sensible à la détresse d'autrui... Le dessin, la réalité est incroyablement rendue comme si en sortant du cinéma on risquait de voir tous nos décors quotidiens peints à l'aquarelle. Un moment les gestes d'ablution sont tellement vrais que l'on se sent comme les préférer par leur élégance à notre façon de se préparer avant de manger qui parait tout à coup sale et vulgaire, avec nos couteaux fourchettes.... et nos serviettes en papier...
Je pense que le document que j'ai repris ci-dessous intéressera tous les apprentis dessinateurs scénaristes de films d'animation ainsi que les apprentis réalisateurs ou comédiens. Quand je dis aux comédiens amateurs que je dirige avant les spectacles qu'il faut répéter avec les costumes et les accessoires....
ce qu'est devenue la librairie...


Simon Abkarian


Cinéma les Hirondelles de Kaboul extrait du document afcae(association française des cinémas d'art et essai)

Comment est né ce projet ? 
Zabou Breitman : en 2012 le producteur Julien Monestier est venu me voir avec un scénario adapté du roman les hirondelles de Kaboul de Yasmina Khadra et les Armateurs (producteur notamment des triplettes de Belleville et d'Ernest et Célestine) était d'accord pour un film d'animation. Est-ce que cela m'intéressait ! Oui, l'idée me plaisait énormément, mais à condition que ce soit à ma manière, à savoir que les personnages soient portés par le jeu des acteurs. Je l'ai dit d'emblée : il faudra que ça soit bien joué pas seulement bien parlé, mais que les mouvements des personnages, leur rythme, leur respiration, soit juste. Les armateurs ont lancé un casting de graphistes. On a étudié les dossiers des candidats qui avait planché sur les personnages.
Éléa Gobbé-Mévellec : On nous a adressé le scénario en nous demandant de proposer une direction artistique et un graphisme complet. Je connaissais Didier Brunner, qui était alors aux Armateurs, j'avais été dessinatrice sur Ernest et Célestine et je développais un projet personnel de long-métrage que Didier suivait. Il m'a demandé de réfléchir aux hirondelles de Kaboul…
Zabou Breitman : Il y avait beaucoup de candidats, il a fallu choisir parmi des choses très différentes. C'était important de voir quelles propositions rendaient le projet viable. L'hyperréalisme de jeu, de sentiment, de comportement que je cherchais, et qui n'est pas du naturalisme, n'exige pas forcément un hyperréalisme du trait. Au contraire. 
Éléa Gobbé-Mévellec : J'ai rendu des planches avec des décors ou des personnages seuls, et puis avec les deux ensemble. J'ai choisi une colorimétrie, et une manière de dessiner en adéquation avec le propos avant tout.
Zabou Breitman : On s'est retrouvé à la fin avec deux dossiers, signé de deux femmes. Ce qui m'a énormément plu dans le travail de Éléa, c'est d'abord la façon dont été traité la lumière : explosé, surexposée, avec de la poussière. D'ailleurs on t'a redemander des vues de Kaboul. La ville était là et se dérobait en même temps, ce qu'on retrouve aujourd'hui : les traits disparaissent avec le soleil ou ne vont pas jusqu'au bout. Je trouvais ça magnifique. Et puis il y avait une image précise qui m'a fait dire que c'était toi : le dessin d'un taliban en train de fumer un pétard et qui portait une paire de Ray-Ban. On reste dans l'aquarelle mais avec ce guerrier hostile qui nous regarde de derrière ses lunettes et son pétard. Je me suis dit, voilà, c'est ça les hirondelles de Kaboul. En plus j'aimais bien qu'Éléa soit très jeune…

Au fond, qu'est-ce qui vous séduisait dans ce projet ? 
Zabou Breitman :  En termes de récit, il y avait la possibilité d'en faire quelque chose d'incroyable en animation. L'extrême abstraction est la durée apportée par l'animation fond il y a une forme de douceur propice à représenter la dureté de cette histoire. Le dessin porte une distance qui rend les images supportables. Je ne sais pas si on accepterait un film en prises de vue réelles sur le même sujet. Ce serait trop violent. Envoyant le s essais d'Éléa, la perspective est devenue assez réjouissante : tout devenait possible même la beauté.
Éléa Gobbé-Mévellec : J'avais les mêmes ambitions. En me documentant, j'ai vu une richesse graphique potentielle qu'on ne trouve pas ailleurs. Cette histoire compliquée que vivent les personnages, on pouvait la mettre en lumière de façon spécifique. Raconter des choses extrêmement fortes à partir d'un visuel puissant, ça m'intéressait beaucoup.
Zabou Breitman : La transposition via l'animation était idéale. Et elle nous rendait légitime : de quel droit, sinon, aurait-on pris la parole en tournant un film en prise de vue réelle à Kaboul.
Éléa Gobbé-Mévellec : Cela nous donnait la liberté de choisir ce qu'on allait montrer, d'aller chercher une symbolisation, une synthétisation : un détail qui dit l'essentiel, un bidon coloré au milieu de charrettes du Moyen Âge.

Le scénario achevé, vous êtes passés au casting ? 
Zabou Breitman : Oui, je m'inquiétais pour mon papa qui était très âgé. Je voulais absolument qu'il soit là pour jouer Nazich, avec sa voix fatiguée, hésitante. J'ai choisi les autres comédiens. J'avais parlé à Simon Abkarian de Hiam Abbas, qu'il connaît bien. Je me disais que ça serait bien que le couple âgé ait un léger accent, quelque chose dans le son de la voix qui ne soit pas franco-français. Par ricochet, cela permettait une identification plus forte avec le couple formé par Swann Arlaud -que j'ai choisi avant petits paysan- et Zita Hanrot, qui est arrivée assez tard sur le projet. Et puis il y avait trois Comédiens-Français : Serge Bagdassarian qui joue le mollah, Laurent Natrella qui tient plusieurs petits rôles, et Sébastien Pouderoux qui joue Qassim.

Comment s'est passé l'enregistrement des voix ? 
Zabou Breitman : En quatre jours, en septembre 2016. On était au Grand studio de Joinville avec des caméras témoin. Mais c'était plus qu'un enregistrement : les acteurs étaient habillés, on avait les tchadris, les turbans et même les kalashnikovs ! Et ils jouaient les scènes. Ce sont des acteurs créateurs : Mais ils sont capables d'hésiter, de tousser, d'improviser. Par exemple, pendant leur conversation, quand Atiq se lève pour embrasser Mirza, ce n'était pas prévu. Tout ce qui a été inventé là, les respirations, les toux, les pauses, a servi ensuite à l'animation.
Éléa Gobbé-Mévellec : Les lieux était balisés, c'était presque une scène de théâtre. Et tous les costumes étaient là, d'après ce que j'avais dessiné à partir de mes recherches…
Zabou Breitman : La prise de son était très belle : on a enregistré la voix de Zita sous le tchadri. Quand Swann a essayé de la faire boire, ils se sont mis à rire. Ils se sont embrassés, ils se sont aimés, ils se sont battus, l'énergie physique n'était pas la même que si on avait simplement fait les voix debout à la barre. Je savais aussi que Simon connaissait les ablutions, qu'il savait nouer son turban.
Hiam et lui savent comment s'asseoir par terre. Je ne pouvais pas prendre des acteurs qui n'auraient pas su tout ça.
Éléa Gobbé-Mévellec : J'ai constitué les équipes en choisissant les collaborateurs pour leur compréhension du projet et leur capacité à s'y adapter. On a commencé par l'équipe de "story- boardeurs", ils étaient quatre formidables, ils ont mis toute leur créativité au service du film. Le story -board a donné ce qu'on appelle l'animatique, qui est un premier bout-à-bout sur laquelle est passé aussi la monteuse. Ensuite on est passé aux layout : on précise la case, avec une meilleure perspective sur les décors, et on décompose le mouvement du personnage. On définit aussi la palette chromatique du film. Et enfin vient l'animation. Avec Zabou, on était d'accord pour survaloriser le dessin par rapport à l'animation. Certains personnages sont plus faciles à dessiner, d'autres plus faciles à animer. L'animatrice qui devait se charger du monologue de Mussarat, à la fin du film, été pétrifiée : sur un long-métrage, un animateur fait en moyenne deux secondes par jour à lui tout seul. Elle, elle avait un plan de deux minutes, un plan presque fixe ou le personnage bouge très peu ! Mais elle a fait les choses de façon incroyable, très subtile, pour rendre Hiam vivante, et elle était super contente à la fin. Elle a animé une pièce maîtresse du film.

mercredi 2 octobre 2019

Le dilemme de Jackson d'Iris Murdoch son dernier roman, traduit par Paule Guirvach

Ce n'est pas un livre testament mais il est consacré à l'humain à sa dimension spirituelle inconnue de lui-même. Qui est ce Jackson, au milieu de la campagne anglaise, un pauvre un mystique au milieu des riches ?
... "elle se plaît à peindre le chaos apparent de la vie pour mieux nous montrer la vérité sous-jacente"....sur la 4 ème de couverture.
https://www.decitre.fr/livres/le-dilemme-de-jackson-9782070744947.html
elle sait décrire tous les univers, paysages, promenades nocturnes dans Londres ou au petit matin au sortir d'une grande demeure pour aller rejoindre au champ, un vieux cheval, une araignée qui tisse sa toile,  ou bien décrire les philosophies les religions, les nourritures terrestres, c'est une passeuse et non une passoire comme certains écrivains qui ne débouchent sur aucune voix intérieure, intérieur-jour l'appartement d'un peintre, extérieur-nuit un pont à Londres....

p 17
Après la cérémonie, il était prévu qu'on servirait du champagne et plusieurs autres vins (Benet n'aimait pas le champagne) à Penn, ainsi que toutes sortes de nourritures raffinées à consommer assis, debout ou en marchant.

p 27
Au moment de quitter la pièce, il regarda, sur sa table de travail, ce qu'il avait rédigé ce jour là , non sur la machine à écrire,  ni sur une machine de traitement texte, instruments qu'il méprisait, mais alors, sur les pages de papier ministre de son livre sur Heidegger.

p 37-38
"Ce dont nous avons besoin, c'est d’un retour au marxisme, au Marx des débuts, évidemment. Le marxisme naquit le jour où Marx et Engels découvrirent les pauvres de Manchester acculés  à la famine. Il faut débarrasser de notre ville, rapace et stupide civilisation bourgeoise, le capitalisme doit disparaître, regardez-le donc, à l'heure actuelle, quel gouvernement inepte...!
- Je suis d'accord avec toi sur les pauvres, dit Mildred, et c'est vrai que nos malheureux gouvernants ont des problèmes, mais il faut nous accrocher à nos valeurs morales, il faut civiliser et spiritualiser la politique et il faut surtout développer une forme crédible christianisme avant qu'il ne soit trop tard.

p 286
Tuan avait été saisi d'une violente terrible angoisse qui lui donnait l'impression d'être coupé en deux. Je suis maudit, se dit-il, je ne peux pas me marier. Il avait perdu le sens  du jour et de l’heure. Entre l’instant où il avait ôté sa chemise et un certain moment, dans l’après-midi, il s’était senti transporté au paradis –non, ce n’était pas le terme exact. Il avait plutôt subi une espèce de complète métamorphose comme si les rayons venus d’ailleurs transformaient son corps et comme si son corps et son esprit ne faisait plus qu’un. Un peu comme quelqu’un qui subit, les yeux ouverts, l’esprit 
en éveil, une très sérieuse opération entre les mains d’un merveilleux chirurgien en qui il a totalement confiance. Une intense lumière dorée tombait  sur lui, le pénétrait, le transformait, se dissolvait à l’intérieur de son corps. »

p 293
Il avait bêtement laissé passer une occasion et simplement, par insouciance, perdu l’affection du plus précieux des amis.

mardi 1 octobre 2019

La passion suspendue avec Fanny Ardant Marguerite Duras au Théâtre de l’Oeuvre

Jusqu’au 4 octobre Fanny Ardant au Théâtre de l’œuvre dans un écrin avec deux Chesterfield sur scène interprète à touches, à couches de tous les passés... après guerre et « douleur » après succès Marguerite Duras sans concession mais avec passion. J’ai partagé très émue comme tout le public cette immersion dans aussi mon propre passé. J’ai connu des adorateurs de Duras intelligents et écrivains hommes de théâtre eux-mêmes J’ai vu au théâtre avec les hommes que j’ai le plus aimé mais intouchables... Fanny Ardant  au théâtre : La Musica, Callas, il a donc fallu que je ferme les yeux pour évaporer mes larmes. Bertrand Marcos joue et la met en scène. Il est dans un costume d’époque et commence dos au public pour laisser tous les feux sur Fanny Ardant /Marguerite Duras. Je me disais, il suffit de voir cela au théâtre et sans autre références littéraires si l’on a 20 ans, ensuite on ne peut que se se jeter en sortant sur les livres de l’auteur. Car l’époque est immense elle a été le plus célèbre écrivain et ne rajouter pas de -e-, 
s’il vous plait, écrivain femme de son époque, elle a été militante au Parti communiste, elle explique tellement bien pourquoi ? Elle a été secrétaire de François Mitterand alors ministre des anciens combattants ...elle dit tellement de choses par sa vie, sa famille, le Vietnam, son arrivée en France à 18 ans....sur l’engagement politique, sur l’amour, sur l’alcool/la solitude, Dieu : « être athée c’est un autre credo... », la télévision : rester dans la vie..., son cinéma. Elle fut tellement lucide et pas, ses dernières amours avec Yann Andrea,... écrire c’est vital, vivant, c’est organique et tellement douloureux comme au théâtre... c’est pas du cinéma... quand elle a rencontré Gérard Depardieu avec lui, elle s’est tout de suite entendu, il se laissait envahir par le son des mots, il ne jouait pas seulement le sens, lui, Jeanne Moreau c’était elle,.... je n’ai perdu aucun de ses mots à Marguerite grâce à Fanny... Il y a peut-être un manque d’amour ravageur sans e
Duras, mais ainsi il sera retrouvé un jour le chemin de la passion « no limit ».
Ce théâtre de l’œuvre est petit mais c’est un écrin déjà pour ses qualités acoustiques et sa programmation en strates mélangées, fait pour écoper un large public : one man shows, jeune public, musique, locations à  des Cies amateurs et même prochainement Michalik... Alors si vous pouvez essayer d’y aller avant la fin... vendredi 4 octobre, je répète car c’est très court,  pour ce Théâtre là, historiquement exigeant et littéraire en diable. 
Il y avait un peu tous les publics parisiens mais beaucoup de vieux qui venaient voir si Fanny Ardant avait vieilli.... à côté de moi 3 femmes se montraient sur leur téléphone des photos de VIP à l’enterrement de Chirac.... mais tous ces publics se sont levés à la fin bouleversés car avant tout Fanny Ardant est bouleversante et se consume tout au long du spectacle, et cela peu d’acteurs ... peut-être Depardieu Gérard et Fau Michel... chacun dans leur jus, sécrétions et larmes.... Duras Marguerite était un écrivain populaire et dérangeant, décapant même..... 
#fannyardant #theatredeloeuvre #marguerite duras
Sur Francce-Inter  l’heure bleue avec Fanny Ardant de Laure Adler autre écrivain biographe de Marguerite 





Et deux jours après un post du metteur en scène acteur : 
Bertrand Marcos qui conte la vie après avoir joué....
« Hier soir, sur scène, une sorte de petite magie, il y a des soirs comme ça, où l’on se sent pleinement dans le moment présent, et connecté à sa partenaire à chaque instant. Et puis, le public s’est levé, comme un seul et même corps, pour applaudir et célébrer ce qu’il venait de voir et d’entendre. Les applaudissements terminés, nous sommes retournés dans nos loges, avec Fanny Ardant, nous nous sommes d’abord arrêtés dans la sienne, comme nous le faisons toujours, pour discuter un peu. C’est alors qu’on a entendu toquer à la porte, et que j’ai dit « Qui est-ce ? » Une étrange voix aigue de dame âgée a répondu: « C’est Gigi ! » Nous avons ouvert, c’était Gérard Depardieu. Il a étreint et embrassé Fanny, puis m’a chaleureusement salué. Nous ne savions pas qu’il était dans le public pendant la représentation. Il s’est assis avec nous, et nous a dit combien il avait été conquis par le spectacle. Cela n’a sûrement duré que dix minutes, mais restera évidemment un moment impérissable. Il y a des soirs comme ça, que l’on oublie pas. »

samedi 28 septembre 2019

Théâtre des Bouffes du Nord : La fin de l’homme rouge

D'après Le roman de Svetlana Alexievitch Prix Nobel de Littérature
Il y a des acteurs après avoir vu leurs spectacles qui vous réveillent la nuit, Jérôme Kircher Xavier Gallais et André Wilms  et les autres dont Evelyne Didi et Anouk Grinberg pourquoi ? Parce qu’on a plaisir de se réveiller, d’être comme un peu métamorphosé. Nous n’avons pas perdu une minute de ce spectacle ce n’est pas qu’on a tout gobé c’était qu’on était obligé de distiller.... J’ai acheté le livre de l’écrivaine russe Prix Nobel 2015 pour retrouver tout et même plus....
 -C’est pourtant difficile tous ces témoignages sur l’URSS ! -Oui et non car l’espoir et l’humain restent dans toutes ses dimensions réactions à l’état d’esclave... de détenu de guerrier de monstre...d’enfant  et après si le communisme était une meilleure idée que le capitalisme, avec les livres l’instruction partagée au lieu de la cupidité l’avarice...  Bref un petit fils dans la Russie d’aujourd’hui demande à son grand-père : -« Tu y as cru toi au communisme !.... autant croire aux extras-terrestres ! »  C’est tellement bien joué qu’on croit intensément à tous ces personnages et leur mystère : comment ont-Ils pu passer par tout cela, j’ai frissonné pleuré et eu très peur du fils d’Olga qui parle et imite un des bourreaux dont il a failli épouser la petite fille interprété comme personne d’autre pourrait le faire, par Jérôme Kircher... Merci 🙏 C’était complet et occupé essentiellement par des gens qui ont vécu à l’époque de l’URSS, des blancs et des rouges. Et cela c’est Dommage bougez-vous les jeunes, lâchez votre monde virtuel pour vous attaquer aux idées et à l’histoire. Greta Thurnberg est suédoise..

.Télérama Fabienne Pascaud 
Ànouk Grinberg, Pascal a dit, on ne la voit pas vieillir... elle avec son phrasé sur le fil direct de l’émotion  qu’on voudrait étouffer 

Avec son adaptation du livre de Svetlana Alexievitch, le metteur en scène Emmanuel Meirieu poursuit son cheminement. 

Le metteur en scène Emmanuel Meirieu aime faire entendre les voix jaillies d’essais ou de romans qui l’ont bouleversé. Il transforme alors généreusement son théâtre en un espace d’aveux et de secrets où des hommes et des femmes écoutent d’autres hommes et d’autres femmes, vivent avec leur désarroi et leur détresse le temps de la représentation. Echan gent et partagent. Beau projet de théâtre humaniste et engagé, à résonance souvent politique. Son adaptation de La Fin de l’homme rouge (2013), de Svetlana Alexievitch, participe à merveille de ce cheminement.

Proche de Dostoïevski

L’écrivaine russe y interroge des jeunes, des vieux, des victimes, des bourreaux, sur les changements qu’a provoqués en 1989, dans leur existence quotidienne, la fin de l’URSS et du régime soviétique. Recueil de portraits à la forme neutre et clinique, le livre dresse pourtant le saisissant constat d’un peu ple à la dérive. Qui en vient parfois à regretter le communisme d’antan. Son utopie, son idéal face à un capitalisme où priment l’argent et une réussite matérielle sans âme ni culture. Comme à son habitude, Emmanuel Meirieu fait se succéder sur un plateau, où règnent ici le désordre et des détritus épars – une salle de classe abandonnée du côté de Tchernobyl ? –, les récits de vie d’individus paumés à qui l’on a retiré toute espérance. Sur un écran en fond de scène sont diffusées à petites touches des images d’archives. Parfois les comédiens s’expriment simplement debout derrière un micro, sans bouger, juste verticaux. Et l’économie de jeu, de moyens rend leurs histoires plus terribles encore.

Il y a la mère dont le fils s’est suicidé, le vieux militant com muniste qui ne parvient pas à renoncer à sa foi militante, le soldat rentré d’Afghanistan fracassé, l’amoureuse d’un soldat irradié à Tchernobyl… Ils sont sept – d’Anouk Grinberg à André Wilms, de Jérôme Kircher à Evelyne Didi – à rappeler l’enfer d’hier, au moins, riche d’illusions communes et d’espérances sublimes qui les transcendaient… Règne une incandescence proche de Dostoïevski chez ces fra cassés du communisme comme du capi talisme, qui brûlent toujours d’un désir d’absolu. Et si le dispositif d’Emmanuel Meirieu, sa grammaire théâtrale, change peu de spectacle en spectacle, on y vit toujours la même découverte de l’autre, rencontre avec l’autre. Qu’elle émerveille ou horrifie.


on aime beaucoup La Fin de l'homme rouge. D'après Svetlana Alexievitch. 1h50. Mise en scène Emmanuel Meirieu. Jusqu’au 17 février, Théâtre Les Gémeau, Sceaux (92), tél. : 01 46 61 36 67. Le 19 à Vélizy (78), le 26 à Istres (13)... et du 12 septembre au 2 octobre, Théâtre des Bouffes du Nord, Paris 10e.









vendredi 27 septembre 2019

L’effort d’être spectateur : une Bible pour les apprentis comédiens ex-spectateurs....

Les extraits de ce livre si important pour moi quand au théâtre, car en fait c’est rare qu’on en parle du public, à part cette scission tranchée : coupable ou pas !  non cela, c’est aux assises ! même là il y a des circonstances  atténuantes ; tandis qu’au théâtre le public il est bon ou mauvais, comme les jurés d’assises mais pour en changer, il faut attendre la prochaine assise, représentation, point final. Un peu comme les lecteurs, un peu moins que les spectateurs au cinéma, ça dépend de la salle, du jour, du moment où on est en soi...
Pierre Notte dresse un inventaire de ce qu’on regarde au théâtre, écoute ressent dans ce lieu si sempiternel et toujours nouveau. 
Il l’a si bien transmis sur scène que je ne veux ne peux l’oublier presque deux mois après l’avoir vu.... « des bulles d’air ».



p 23
 Il y a tout ce que je ne veux pas savoir, ce que je ne dois pas savoir, en l’acteur. Il doit porter ça, le comédien, la chose inconnue. Un mystère, une histoire qui m’échappe. J’ose le dire et de manière péremptoire, si je comprends tout de ce que le comédien joue, tout ce qu’il fait, ce qu’il dit si j’en saisis tout, c’est qu’il est nul. Une poupée ferait l’affaire. S’il ne joue que ce qu’il dit, s’il dit ce qu’il joue, s’il ne fait que ce que je vais comprendre de ce qu’il fait, alors c’est une feignasse inutile. Un pantin, une potiche pas un créateur. Les acteurs qui portent le sens sans apporter le mystère provoquent la mort des liens qui nous tiennent, aurait pu nous tenir éveillés.
p 42
« Mais faire l’impossible, oui. Produire sur scène ce qui est impossible, ce qui n’est ni connu ni possible, avoir affaire à une personne, tout entière, dévouée, offerte au monde et en pâture pour dire l’humanité tout entière, la représenter, la transcender, prendre la hauteur nécessaire pour l’élever, la surélever, et la découvrir dans ce qu’elle a d’horreur et de grâce supérieures, l’exalter au point de transformer celle celui qui ont fait l’effort de venir se coltiner ça,  le travail de l’acteur ; faire l’impossible.  Quelques élèves du Conservatoire, arrogants, hautains, convoquent leur prof. 
« Vous êtes flou. On vous trouve flou », lui disent-ils. Le prof, blessé, s’étrangle. Il peine. Puis il répond, au bord des larmes, qu’il est flou parce qu’il n’a pas de projet, pas de chemin, pas de voie  pour eux à tracer, qu’il n’a rien à leur demander, que son but ultime, unique, est de leur révéler, et à eux-mêmes, ce qu’ils ont en eux de rare, de singulier, d’irremplaçable.
Un des élèves de notre cours quand je leur ai passé (en leur lisant moi-même) cet extrait, m'a dit c'est un peu signer la démission de l'enseignement.... je parlais effectivement à des adultes....
 un lien ici tellement drôle mais pas seulement avec un comédien amateur qui lui avait tout compris à ne pas vouloir tout comprendre du métier de comédien de Robert Bresson
https://www.youtube.com/watch?v=yesytGpJHpk&fbclid=IwAR0tZfgyYg9chhN9iIlAQU8x4ES-wZnnH5H3X1ILKsgR4ONZekOEJhf7Ll8&app=desktop
p 44-45
Les poils
Le vrai non plus n’a rien à voir là-dedans. Il s’agit de la vraie vie matérialisée dans l’énergie fabriquée par l’artiste–c’est son boulot–contenue dans la chose dite ou dans le geste fait sur le plateau. Pour Gilles Deleuze, « il s’agit de faire du mouvement lui-même une œuvre, sans interposition ; de substituer des signes directs à des représentations médiates ; d’inventer des vibrations, des rotations, des tournoiements,  des gravitation, des danses ou des sauts qui atteignent directement l’esprit ». Mais le vrai n’a rien à faire là. La comédienne Myriam Boyer avait choisi, pour interpréter le rôle d’une prolétaires sur un plateau de théâtre privé, de se laisser pousser les poils sous les bras et de le faire savoir ostensiblement. Chemisette genre « marcel », Bras nus, poils à vue. L’énergie de l’actrice, la puissance de son jeu, la nécessité d’être sur le plateau permettait d’oublier par moments la faute de goût, la très mauvaise idée des poils. Les poils nous ramenaient sans cesse à ce choix bizarre, opter pour l’opportunité de recourir aux moyens d’une réalité sordide pour incarner davantage le personnage. Mais pour autant, le don de soi, via les poils, contredisait le travail de l’actrice en empiétant sur ma marge d’interprétation. Spectateur je consens à des invraisemblances. C’est une part de mon boulot. Après les poils, les cheveux. Choses concrètes, vraies indubitablement, organiquement vivantes, preuves réelles  de la vraie vie. Le scandale de la femme, chaque soir différente, de préférence aux cheveux longs, qui se faisait raser la tête chez Rodrigo Garcia, provenait davantage du  fait que la production avait participé à ce système d’exploitation d’intermittentes engagées, comme abusées, utilisées  et jetées , après avoir accepté de se faire raser la tête pour obtenir un cachet.  Elles ne jouaient  plus, on ne jouait pas, elles montaient sur le plateau, se faisaient raser, encaissaient , repartaient. Geste poétique, politique ? Quoi qu’il en soit, un scandale de la vérité vraie exposée  de manière obscène, au-devant de toute scène écrite, jouée, interprétée, sans illusion. C’était gagné, il avait atteint le but recherché, l’artiste. Pareil avec le homard que l’artiste fait cuire et manger sur scène.  Tollé dans le landerneau. Une bestiole vivante qu’on fait cuire, et qu’on tue, et qu’on mange en direct. L’effet recherché était bien le scandale, au bout du compte, de la réalité réelle confrontée  à l’épreuve d’un plateau où il est blasphématoire de recourir aux choses de la vraie vie et d’en faire le spectacle. Bizarrerie incohérente ou non, aussi, dans un monde surchargé de signes réels, d’images authentiques, de représentations véridiques d’émotions et de violences en tous genres et sur tous les écrans.  Explosion exponentielle du spectacle du réel, tout le temps, sur tous les fronts.
p 46
Pour Jean-Loup Riviere, la neige est d’autant plus belle qu’on voit l’artifice. « Mieux l’illusion est réalisée, dit-il, plus je suis sans illusion. Le théâtre est l’endroit où on peut croire sans se faire d’illusions. »
p 47
 Au cinéma, on mange des homards, on se rase la tête, on fait pleurer des nourrissons et courir des chiens. La question ne se pose pas de savoir si le homard, le nourrisson ou le chien sont consentants ou non. Le nourrisson est là, il ne joue pas, c’est un commerce organisé par l’industrie du cinéma et les parents du môme. Au théâtre cela ne se fait pas. Pour des questions pratiques, économiques, juridiques. Cela ne se fait pas ou pas trop. Surtout avant tout parce qu’on s’en fout, du nourrisson. Cela n’intéresse personne d’avoir à faire avec la vérité vraie, nue, sur le plateau, si elle n’est pas assumée pleinement par ceux dont c’est le métier. L’invention par l’artiste d’une représentation du nourrisson donc je sais, spectateur, qu’elle ne soumet pas à l’épreuve de mon regard une entité vivante non consentante, me laisse aussi en paix dans le refuge du théâtre ou l’illusion est souscrite, apte à voir le nourrisson même si il n’est qu’évoqué. C’est même pour ça que je suis là. 
p 53
 Le corps nu, c’est aussi un défi pour l’acteur. Il met en avant un nouveau point de focalisation, met du même coup en danger la crédibilité de ce qu’il incarne. L’individu nu prend le pas sur la figure qu’il interprète. La nudité provoque aussi en moi, spectateur, une émotion différente, organique. Un désir, une pudeur, un rejet, une curiosité étrange, un machin bizarre que je ne pense pas, pas clairement, que j’éprouve à la vue des corps nus et selon leur traitement.   Une gêne, une attirance, je me positionne, ce n’est plus tout à fait au même cerveau qu’elle s’adresse, la nudité de l’acteur. Je réagis parfois en primate, en sujet désirant mis devant le fait accompli d’un Éros débarqué là, qu’on me livre sur un plateau. 
p 54 
À ce réel inattendu, quand les sexes des acteurs me saute au visage, d’où naît une sorte de grâce, correspond à un autre sentiment sensiblement équivalent : la peur de la mort. Quand survient enfin sur scène le danger, le risque du dérapage, de la glissade, la chute possible à venir, je suis saisi par une émotion troublante, l’envie dans ce monde faux d’une faille véritable. C’est l’irruption de la mort, conséquence directe d’une vie ainsi prouvée , soudain palpable puisqu’en péril, qui me fait me sentir vivant. 
p 57 ...« fête éphémère », remplit « l’office salutaire d’un memento mori ».
« Souviens-toi que tu vas mourir. » Et comme je ne suis fait que de paradoxe, je suis là aussi pour l’oublier.
p 58
Pour oublier que je vais mourir, enfant, je me réfugie au piano. Je suis sans voix, je ne sais ni lire ni écrire, c’est trop difficile. Je me réfugie au clavier d’un vieux piano, et peu à peu j’apprends à jouer. Je compose, je pianote, je me débrouille pas mal. Je finis par écrire, construire mes historiettes, des chansonnettes, bulles d’air dans une maison où l’air passe mal.
p 60
 Étudier comment les morts nous ramènent à nos états de vivants qui s’oublient, comment les deuils à faire nous imposent ce travail de revenir, bon gré mal gré, au travail de vivre.
p 77
 Lagarce dit des lieux de l’art  qu’ils« peuvent nous éloigner de la peur. Lorsque nous avons moins peur, nous sommes moins mauvais ».  
p 79
... Cette phrase de Kafka : « écrire, c’est sauter en dehors de la rangée des assassins. » Je découvre beaucoup plus tard, que cette nécessité vitale de faire des choses, de produire encore, provient sans doute du pire, enfoui, là, qui sommeille le plus souvent et jaillit parfois.
p 86-87
 Parce que l’espace culturel, c’est l’une des nouveautés de ce siècle plein de nouveautés, se trouve transformé depuis peu en cible potentielle. Le lieu du rassemblement, de la fête, du geste artistique subversif ou non, l’espace culturel se mue en proie possible de l’assassin suicidaire. On le dérange, on remet en cause son ordre, on l’offense, on l’humilie on le gêne. Ça lui fait mal au derche que des gens se rassemblent pour chanter, rire, regarder, être ensemble, interroger le monde, s’auto-satisfaire dans une démarche mondaine de sortie collective, ça lui fait mal partout. Que l’on danse dessine, joue, boive.  Ça lui pose un problème. Il tire dans le tas et saute avec. C’est devenu possible, sans être probable ni prévisible, simplement une possibilité nouvelle, le spectateur qui se rend au théâtre et quel qu’il soit pour voir et quoi que ce soit, dans une démarche qui n’appartient qu’à lui pour un voyage qu’il fera seul avec les autres, s’inscrit déjà dans un effort contraire aux desseins de la barbarie.
p 89
...Pas le droit de contribuer à l’affaiblissement des lieux d’interrogations, de réflexions, de remises en cause des certitudes et de pensées  premières, refuges à rencontres, à éveil des esprits, à « dé-certitudations »,  à inventions de langage et de mots nouveaux pour refaire le monde, moins laid, moins dur, moins effrayant ; pas le droit de jouer le jeu des transformations de ces lieux en espace de compromissions politiques, d’affaissements de la langue, de renoncements à la poésie, de fuite en avant vers ce qui se fait beaucoup déjà et de manière si spectaculaire : le goût du régionalisme consanguin, du repli identitaire pour gens de race blanche bien nés quelque part, le miel vénéneux de l’entre-soi culturel, l’animation distractive comme projet principal ; quand la priorité de tous devrait être d’apprendre pour y voir clair, d’écarquiller pour avancer moins dans les brouillards d’une obscurité qui ressurgit tout le temps. Ils n’ont pas le droit de cesser de valoriser la multiplicité des propositions de théâtres « qui parfois s’opposent, ils font émerger des contradictions et le dissensus », dit Olivier Neveux, sociologue, qui défend « l’autonomie de tous et de chacun ». Ils n’ont pas le droit de renoncer à la culture et aux arts, qui sont partout, qui doivent continuer à se distiller,  dans le progrès civique, dans la paix sociale, dans la nécessité de la justice pour tous et dans l’éloignement des réflexes bestiaux, intolérance, vengeance ou gratuité animale de la violence, comme l’œuvre, aussi contestable soit-elle, de professionnels et de passionnés qui cherchent et trouvent d’autres outils pour dire et changer le temps présent, provoquer des fissures dans les murs pour faire passer la lumière. 

lundi 23 septembre 2019

Théâtre Montmartre Galabru un boulevard : Molière pour les Nuls et au Lucernaire reprise de Kafka Le Gorille Brontis Jodorowsy Cinéma d'animation : Comme des bêtes 2


Excellent boulevard pour tous que ce Molière pour les nuls.
C'est une surprise que de voir cette pièce inclassable très bien jouée pas une comédie classique et pourtant il y a du Molière. Nous avons passé un bon moment et avons bien ri c'était leur 3 ème et tous sont surprenants singuliers et drôles car c'est aussi un boulevard avec une mise en abîme de théâtre, des genres et sur le clivage province Paris, j'y ai vu un clin d'oeil. Ce spectacle ferait un succès dans le Off d'Avignon. Il a peu de moyens mais il est ambitieux avec 7 comédiens(non ils sont six mais le régisseur a un rôle. Non ?) et qui sont tous très bien et qui font rire tout le public enfants compris. Le début et la fin sont un bel hommage au théâtre et les chorégraphies sont très réussies dont un rap très pro et tout à fait bienvenu. Le rythme est soutenu on ne risque pas de s'endormir. 

https://www.billetreduc.com/239802/evt.htm

https://www.blogger.com/blogger.g?blogID=269200436583075313#editor/target=post;postID=7223782710043227711
Le Gorille
Je vais y retourner car même si j'ai gardé un très beau souvenir de ce spectacle lors de sa création je sais ô combien un spectacle bouge et évolue avec le temps et avec son créateur acteur metteur en scène.

sur FB Comme des bêtes 2
Nathalie Feyt Zut faut les emmener tous petites grands !😍dans toutes les salles Gaumont, c’est hyper mais efficace et très touchant par moments : la grand-mère à chats le chien de ferme le chien qui se transforme en chat la maison qui se métamorphose à l’arrivée d’un petit d’homme etc... https://www.google.fr/amp/s/www.la-croix.com/amp/1201038377

  • Veronique Thor Alors? C’était bien?
  • Nathalie Feyt Oui moi j’ai aimé surtout le bébé tigre et la petite chienne qui apprend à être un chat...et le molosse de la ferme qui est très calme et a la voix de Rocky. En version originale c’est Harrison Ford


samedi 21 septembre 2019

Une grande fille un jeune réalisateur russe Kantemir Balagov et portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma/Animation : Manou à l'École des goélands

une grande fille : film de poète, Kantemir Balagov  quel film, une fresque un portrait ? que j'ai regardé bouche ouverte, j'en ai perdu mon plus beau foulard, le dernier qu'on m'a offert pour mon anniversaire, tant pis, un ange : par la vision de ce film m'a consolée....
j'étais en retard donc j'ai vu ce film après le portrait de la jeune fille en feu à notre ciné-club St Lambert donc sur un très moyen  écran et avec peu de spectateurs et je l'ai préféré nettement Pour moi tout y était la modernité la beauté l'histoire le jeu des acteurs la lumière extérieure te intérieure et aussi la force russe des auteurs des poètes russes des cinéastes sans références appuyées détectées par les cinéphiles en quête d'auto-satisfaction. C'est un film inoubliable totalement.

https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/08/06/une-grande-fille-la-tragedie-du-retour-a-la-vie_5496948_3246.html?fbclid=IwAR288PtMwBoBPT1Ew4hPX-gAojdqMn7vid7nBHnrIXzdbbvQjZKluHlf0KA

La sortie du cinéma St Lambert un mercredi où je suis allée voir Manou à l'école des goélands 


Sur FB ce ne sont pas des martinets tout à fait incapables de marcher au sol et donc presqu'obligés de tout faire en plein vol mais bon, c'est joli, histoire toujours un peu semblable...
avec fin heureuse, les méchants... ce ne sont pas les chats mais les rats et aussi on peut y trouver une légère dénonciation du conformisme et du repli sur soi...
car nous sommes tous des oiseaux, non, pour les petits et un peu lassant pour les grands...
https://www.avoir-alire.com/manou-a-l-ecole-des-goelands-la-critique-du-film



Pascal voulait voir Ad Astra pour oublier le portrait de la jeune fille en feu qu’il a détesté ! Pourtant nous étions dans une grande salle. Il a bien dormi parce que c'était ce jour-là, parce qu’on s’y ennuie c’est vrai, non seulement par les "visions fantomatiques" entendu à on aura tout vu sur France-Inter et "la pensée en filigrane" qu'on sent entend tout le long du film entendu et vu au Cercle en clair sur Canal + Je suis à contrario restée plus nuancée trouvant des « tableaux » très réussis comme le début, même si c’est un hommage appuyé à la leçon de piano et ensuite quand elle sèche ses toiles vierges et qu’elle est nue devant la cheminée en train de fumer. Et aussi le passage avec la servante où toutes les trois elles essaient de vivre libres sans séparation sociale dont les scènes de l’avortement de la servante. Mais sinon j’ai trouvé les décors plus sibyllins qu’épurés... on n’y croit pas à cette maison cela tient du plaquage on rajoute un rideau des malles mais on n’est pas au théâtre, la lumière certes ne peut pas tout faire. Cette maison comme les bords de la mer comme la nuit de la St Jean sont tellement vides qu’on sent le plaquage des comédiens sans écrins. Par contre la réflexion sur le mystère de la présence qui passe dans un portrait un regard, regardé peint filmé est interessante mais didactique. Les actrices oui sont très bien ; la fin est une partition du jeu convaincant en gros plan de Adèle Haenel. 
https://www.avoir-alire.com/portrait-de-la-jeune-fille-en-feu-la-critique-du-film
http://www.lebleudumiroir.fr/critique-portrait-de-la-jeune-fille-en-feu/?fbclid=IwAR0TkgJlbyxxBtcconQ6u_RY8YM_pawcM71YSEfkODgmF7afgutnjwKgXwY

vendredi 20 septembre 2019

Les Lunes d'après Marina Tsvetaeva mise en scène Isabelle HURTIN



Un gazouillis d’oiseaux un espace Icare avec quelques spectateurs, une technicienne avec un rétro projecteur sur l'escalier des gradins spectateurs pas loin de moi au 2 ème rang... elle manipule les images et les ombres et c’est bientôt les Lunes d’après Marina Tsvetaeva mise en scène Isabelle Hurtin avec 7, 8, 9 comédiennes dont elle...Sur l’escabeau à jardin, non ce n'est pas elle ?... Cette planète lune que la poésie, Marina Tsvetaeva "émigrée" à Paris, aimait d'un amour passionné mais épistolaire Rainer Maria Rilke. C'est exigeant la poésie au théâtre dans les mots stellaires et après avec le silence d'après les mots, avec de la danse, des ombres, des lanternes, un flambeau, une odeur du cigare....Et la salle était remplie d'environ une bonne vingtaine de passeurs, tous très attentifs. Le jeu des comédiennes engagé de tout leur être est intense leurs yeux brillent ou pleurent, il faut pas moins pour jouer Claudel... cela me rappelle un soulier de satin qui n'en finissait pas et dont on ne voulait plus sortir...
Rilke écrivait à Elena Voronina des Russes : "chaque homme est un penseur, un commentateur et, si vous voulez un poète."
En 1921 Marina Tsvetaeva écrivait à propos de Rilke : "Rilke n'a rien à voir avec notre temps, il est son contrepoids" ce spectacle aussi...
https://sceneweb.fr/les-lunes-creation-disabelle-hurtin-da…/

une video
https://www.theatre-contemporain.net/video/Teaser-Les-Lunes 

jeudi 19 septembre 2019

Les 50 ans du Lucernaire



https://sceneweb.fr/itw-benoit-lavigne-fete-les-50-ans-du-lucernaire/
C’est ce samedi la fête de ce lieu que je connais depuis plus de 20 ans du temps du Guillochet où nous avions porté à bout de bras la création théâtrale après  le succès de Manger avec une autre création : Avorter que nous avions coécrit avec Philippe Person et où je jouais -j'en ai suffisamment parlé déjà ici. 
Dans ce long entretien de Benoit Lavigne(voir lien ci-dessus) je trouve incroyable qu’il ne cite pas une seule fois le nom de Philippe Person qui a créé dans ce lieu un cours amateur il y a 13 ans : 2 classes puis 3, 4 et ensuite est devenu directeur du lieu, et depuis 3 ans ensuite a mis en place un cours professionnel couronné de succès avec chaque année un spectacle professionnel avec les élèves l’été qui remporte un grand succès. Ils jouent un mois : Le Songe de Shakespeare en 2018, le Bourgeois Gentilhomme de Molière cette année, ont affiché complet.
Newsletter Lucernaire
l'exposition le documentaire ses anecdotes


Danse jusqu'après tard...
le beau groupe jazz 
Mon commentaire du dessus d'avant l'invitation est frileux, comme quoi je suis méfiante et toujours en quête de torts à redresser même quand il n'y en a plus...
La fête ce samedi était sincère, joyeuse, le documentaire étonnant de rappeler toutes les origines de ce lieu sur 50 ans, l’équipe de Le Guillochet bien-sûr avec sa figure de proue ; Laurent Terzieff mais aussi les techniciens, les caissières Leylla et Céline aux caisses depuis 30 ans, les déboires financiers les successions et les spectacles : les naissances de grands succès, sur 50 ans, ça en fait ! Le rachat par L’harmattan, les travaux, le présent l'école Professionnelle de Théâtre, sa jeunesse... son avenir, des captations des spectacles avec des chaînes de téléchargements, des minis « Netflix ». Les improvisations des élèves très contrôlées, préparées étaient très drôles dont une actrice en peignoir qui cherchait une robe dans les personnes du public. Un jeune homme qui a l’exposition cherchait le directeur du théâtre car il n’y avait pas l’affiche de son spectacle. Benoit Lavigne lui répondît qu’effectivement il avait joué, mais pas dans ce théâtre....
Tard encore les élèves dansaient sur la musique jazz du groupe pour le concert. Au minimum allez voir cet extraordinaire documentaire si riche de gens d’art et de désir de partage au fil des ans. Le Lucernaire par beaucoup est appelée : leur maison.
http://www.lucernaire.fr/69-nos-evenements
Dans les videos qui sont sur le site ne ratez-pas Michel Boujenah et Céline Ena la caissière : son personnage au Lucernaire...Adhib Karrhat et bien d'autres dont celles de Philippe Person Vincent Colin Brontis Jodorowsky Benoit Lavigne Denis et Xavier Pryen