“ Dans un puzzle de réminiscences et la singularité de sa narration, la tragédie familiale noue ravages intimes du deuil et fresque politique. ”8 juillet 2019
cath44La construction du film en puzzle est assez particulière ( avec ellipses importantes, flashbacks , moments de flou entre réel – imaginaire comme si on était dans le fantasme ou les associations mentales) Mais comme le dit Wang Xiaoshai lui-même « je crois que les spectateurs européens sont habitués à voir ce genre de films à la narration non linéaire …pour le spectateur chinois, il s’intéressera moins à la narration et plus aux émotions suscitées par chaque tranche temporelle du film …il sera plus dans le ressenti que l’analyse » C’est un peu ce que je ressens moi-même , si j’ai été sensible à la manière de raconter l’histoire ,c’est parce qu’elle réussit à faire éprouver de l’intérieur ce que vivent ces personnages confrontés au deuil de leur enfant. Des émotions qui les traversent et de façon très pudique en même temps. On voit comment aussi le réalisateur s’est intéressé aux conséquences de cette politique de « l’enfant unique » sur la vie et le destin individuel des gens (politique qui d’ailleurs n’a plus cours aujourd’hui)
10 juillet 2019
djobaka@cath44 Cette absence de chronologie a tendance à vite me gonfler d'ordinaire, mais cela sert tellement bien l'histoire dans ce film que l'on est que plus bouleversé. Impressionnants acteurs. Formidable scénario. Analyse politique subtile et juste. Une vraie claque.
“ Où comment compter la réalité sociale de la Chine depuis fin 70 au travers d'un scénario bouleversant et d'un casting touché par la grâce. ”
Un film exceptionnel que j’ai vu bouleversant dans notre ciné club près du square St Lambert : so long my son. C’est pour moi l’antidote a Parasite jamais je n’avais eu envie autant de comprendre de l’intérieur la Chine 3h et je n’avais pas envie que cela se termine....j’ai dit en rentrant que je voulais aller en Chine un peu comme lorsque jeune j’ai voulu aller en Italie du Sud après avoir vu le Christ s’est arrêté à Eboli.... Quand on perçoit l’œuvre de cinéastes et que l’on visite après un pays sur le cheminement touristique on a l’impression d’être dépossédé !
les Klapish, je me disais qu'il fallait tous les voir, un peu comme tous les Truffaut, avec Pascal nous avons aimé ce film, car le sujet est on ne peut plus casse-gueule mais quand ça marche, ça marche ! la rencontre et pourquoi et pourquoi pas. J'ai pensé à tous ces psychiatres qui dénouaient les gens, qui aiment les gens comme cet ami du théâtre passionné par les gens avant tout, ceux des pièces dramatiques, burlesques, mais ceux aussi de la vraie vie : Paul Derôme.... décédé il y a presque plus d'un an.... c'est un film qui dit qu'on s'empêcherait d'être amoureux et heureux qu'on peut toujours rencontrer quelqu'un, mais pour cela il faut s'aimer soi, un peu, et aller à la rencontre et faire un pas de danse et aussi parler aux gens et faire confiance à la vie. Comment dire tout cela dans un film eh bien ! Klapisch il le peut et il réunit pour cela ses acteurs fétiches, la vieille dame de chacun cherche son chat... et d"autres dont un merveilleux épicier oriental qui lui parle à tous, interprété par Simon Abkarian, c'est vrai que les commerçants qui parlent sont rares et qu'on les laisse être remplacés par des robots qui disent toujours bonjour, mais indifféremment. C'est aussi une comédie romantique car on cherche souvent bien loin ceux qu'on a tout près...
Il y a dans cette critique de Libé un fait énoncé comme l'apanage du libéralisme : se lover dans le coin qui vous reste et être heureux malgré tout, sans aucune conscience du "collectif"est-ce lié au libéralisme capitaliste et/ou à la psychanalyse ? le film ne va pas aussi loin je dirais et même ! il invite qui sait à s'aimer en attendant la Révolution qui ne peut se faire quand on est tout seul...ou une poignée..
Que dire d'autre que pour moi c'est un des meilleurs films français que je n'ai jamais vu sur Roubaix et sur l'homme et quand même, malgré la misère "tout s'illumine". Ce film est un film qui nous fait regarder l'humain malgré tout... au delà de la catégorie sociale de la beauté et de l'inculture convenue au delà de l'amour convenu : le couple dans un genre qui ramasse tout sur son passage le policier : on ne voit plus que cela à la télévision, chez les libraires...Nous étions dans notre cinéma préféré à Convention, et comme le film est sorti depuis plusieurs semaines mais il tient, il était projeté dans une des petites salles du bas et il y avait à 16h45 que quelques couples de retraités... de vieux dont certains proches de l'âge de la victime, je les ai sentis comme choqués en colère de découvrir au travers de ce film que rien ne les protège plus de la mort. J'avais tellement envie de leur dire que ce n'était pas là le seul thème suggéré car il n'y a pas un soupçon de jugement malgré l'abomination du crime. Enfin quand aux acteurs, Léa Seydoux n'est pas que belle, et j'ai tout compris de ce qu'elle disait et de ce qu'elle ne disait pas. Quant à Roschdy Zem (exceptionnel)
c'est exact qu'il tient d'un seul acteur français : Lino Ventura.
ABONNÉE critique de Louis Guichard
Un assassinat, un couple de marginales accusé, un commissaire rayonnant de sagesse… Et un remarquable changement de registre pour le cinéaste.
Voilà un meurtre que Marguerite Duras aurait pu qualifier mystérieusement, en toute inconséquence, de « sublime ». Une histoire où se mêlent l’amour et l’ignominie, la trahison et la folie. Une vieille dame esseulée a été cambriolée et assassinée dans son lit pendant les fêtes de fin d’année. Les suspectes sont deux voisines, encore jeunes, sans revenu, alcooliques et en couple. Le fait divers, authentique, restitué naguère dans un documentaire (lire ci-contre), a impressionné Arnaud Desplechin au point que le cinéaste a délaissé les intellectuels en crise, héros coutumiers de ses autofictions présumées. Changement de registre, donc.
Desplechin est pourtant chez lui : comme annoncé dans le titre, le lieu du crime (et de la totalité de l’action) se situe à Roubaix, où le réalisateur est né, a grandi et a déjà tourné Un conte de Noël (2008), Trois Souvenirs de ma jeunesse (2015) et une partie des Fantômes d’Ismaël(2017). Dans un prologue dense, aux ramifications multiples, il brosse le tableau émouvant d’une ville autrefois prospère, gardant « le sentiment blessé d’avoir compté et de n’être plus rien ». Les images de Roubaix, « classée aux trois quarts en zone urbaine sensible », installent dans un écrin de nuit et de cendre les grandes scènes de garde à vue et de confrontations qui seront le cœur du film.
Une figure inédite chez Desplechin veille sur cette ville : un commissaire viril, minéral, inflexible et bienveillant, qui sait d’emblée si un suspect est coupable ou innocent, et s’abstient cependant de le juger. Il y a quarante ans, Lino Ventura aurait peut-être joué ce rôle. Qu’il s’agisse aujourd’hui de Roschdy Zem (exceptionnel) est tout sauf anodin : le policier Daoud, fils d’immigrés maghrébins, s’est identifié à la France et à ses lois plus que tout autre, alors que sa famille est retournée en Afrique et que son neveu, emprisonné à Roubaix, le hait d’être devenu flic. Sa ferveur singulière fait aimer le personnage et accepter jusqu’à son paternalisme désuet.
Autour de ce sage à l’écoute, la parole s’impose comme la grande affaire. Si le jeune lieutenant tout juste arrivé (Antoine Reinartz), volubile, épris de philosophie et de théologie, s’égare dans son bouleversant monologue intérieur, les mots des suspectes provoquent une suite continuelle de déflagrations. Il y a ce qu’elles concèdent avant et après les premières preuves. Ce qu’elles disent séparément, puis confrontées l’une à l’autre. Ce qu’elles avouent avec une froideur glaçante ou dans les larmes. Ce qu’elles révèlent l’une sur l’autre et sur leur couple… Dans la lumière crue des interrogatoires où les vies basculent, ces deux marginales, qui croient à la persistance de la guillotine, auraient pu faire trébucher bien des actrices, avec un metteur en scène moins exigeant. Mais Léa Seydoux et Sara Forestier sont toutes deux intenses, dans l’opacité pour la première et dans l’abandon pour la seconde.
Par ce déferlement de mots, de versions successives d’une même et sordide réalité, le polar dépasse son ancrage réaliste pour atteindre une dimension métaphysique, une compassion universelle. Les suspectes apparaissent peu à peu comme deux somnambules, avec toutes les excuses sociales du monde, encore plus effarées par la vérité que leurs interrogateurs. Du fond de leur obscurité, elles deviennent nos sœurs, nos filles, nos doubles. Et derrière la tragédie, le film recèle une profusion d’histoires cachées, parallèles, qui éclairent celle-là ou y ramènent directement. On entrevoit la plus déchirante vers la fin : au moment de l’incarcération, de la séparation, la demande éperdue d’un dernier regard par l’amoureuse à sa compagne, de loin, raconte toute une vie et ressemble à une prière. Non exaucée.
Paul Sanchez est revenu avec Philippe Girard dans le rôle du commandant film pour moi aussi, exceptionnel sur comment fuir sa vie, la normalité de sa vie, entre autres... mais sinon c'est aussi un film très réaliste en plein soleil dans le Sud-Est et pas du tout en clairs obscurs. Lors de sa sortie je l'ai raté et je le regrette car j'aurais voulu le voir sur grand écran. Je ne sais pas pourquoi j'ai pensé au retour de Martin Guerre. J'aime beaucoup au théâtre Philippe Girard et là il joue le rôle du commandant de police et j'y ai cru alors qu'au théâtre c'est pour moi l'un des plus grands lyriques capable avant tout de donner vie et mystère aux textes tragiques et là... il m'a fait rire tout le temps... par contraste il paraît si stupide, rire en demi-teinte... Le rôle titre est tenu par Laurent Lafitte
Bette Davis et Joan Crawford se livrèrent longtemps une guerre sans merci. Une série la raconte, pilonnant au passage Hollywood et sa misogynie. Le dimanche à 22h15 sur Canal+ Séries.
La rivalité légendaire, et néanmoins fort mesquine, entre Bette Davis et Joan Crawford sur le tournage de Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?fait l'objet d'une série par le créateur de Nip/Tuck et de Glee. A priori, le doute était permis : les coulisses du drame grand-guignolesque de Robert Aldrich, réalisé en 1962, suffisent-elles à alimenter huit épisodes d'une heure ? La réponse est oui : Feud : Bette et Joanamuse, puis captive, a fortiori pour qui aurait oublié, ou ignore encore, les détails historiques, souvent inouïs, de la guerre Davis/Crawford. En résumé, c'est Joan Crawford, star déclinante, sans rôle, qui enclenche le film d'Aldrich, non sans mal, et convainc sa vieille meilleure ennemie, désœuvrée elle aussi, d'en partager l'affiche avec elle. Mais plusieurs mois après, c'est Bette Davis qui tire profit de l'opération, devenue, contre toute attente, un immense succès en salles : elle décroche, seule, la nomination à l'oscar dont les deux actrices rêvaient éperdument. Et pour finir, Crawford, machiavélique, se débrouille pour recevoir, au nom de la lauréate effective Anne Bancroft, retenue à Broadway, la statuette tant désirée (obtenue pour Miracle en Alabama)...
Au-delà du folklore, la série suscite des jeux de miroirs entre le cinéma et la télévision, comme entre le passé et le présent. Hollywood au début des années 1960, tel qu'il est montré dans Feud, empeste la misogynie. Malgré leur statut et leur carrière, Crawford et Davis s'entendent sans cesse, et sans aucun ménagement, rappeler leur âge — proche de la soixantaine. « Pour que quelque chose se passe, on doit le faire arriver nous-mêmes », dit Joan à Bette. Non seulement Baby Jane est tourné avec le budget d'une série B, mais son triomphe commercial ne suffit pas à relancer la carrière des deux divas, considérées par les studios comme hors d'usage : « Personne de moins de 35 ans ne connaît ces femmes », dit un producteur. Bette Davis passe ironiquement une petite annonce, restée célèbre, dans un hebdomadaire pour trouver de nouveaux rôles...
Feud invite à la mise en abyme entre ces monstres sacrés issus de l'âge d'or et leurs formidables interprètes : Susan Sarandon (Bette Davis) et Jessica Lange (Joan Crawford), toutes deux oscarisées dans les années 1990, souvent en mal de grands rôles depuis. Ce qui a indéniablement changé, aujourd'hui, c'est le pouvoir de ces actrices de lancer elles-mêmes des fictions dans lesquelles jouer : la série est coproduite par Sarandon et Lange, tout comme une autre série récente, encore plus ouvertement féministe, Big Little Lies, est coproduite par Nicole Kidman et Reese Witherspoon, retrouvant au passage des partitions dignes de leur talent. Or ces opportunités ne tiennent pas au cinéma mais à la télévision.
C'est l'autre sous-texte de Feud, qui ne cesse de revenir sur les relations complexes entre le grand et le petit écran. Le patron des studios Warner s'adresse ainsi à Robert Aldrich : « Vous venez d'encaisser trois bides : vous risquez de devoir retourner à la télé. » Plus tard, c'est Aldrich qui tente, sans y croire, de rassurer Bette Davis, surprise en train de jouer dans un téléfilm : « Il n'y a pas de honte, Bette... »Ryan Murphy, créateur de séries illustres, savoure implicitement, à travers ces dialogues ironiques, le renversement survenu depuis une bonne dizaine d'années. L'élite du cinéma américain se bouscule désormais pour travailler à la télévision, la série de qualité ayant ouvert un espace de créativité comme Hollywood n'en offre plus guère. D'ailleurs, les séries prestigieuses flirtent de plus en plus avec le grand écran : Feud a été projeté, partiellement, au récent festival Séries Mania. Quant aux deux nouveaux épisodes de la série Twin Peaks, tournés par David Lynch en personne, leur dévoilement sera l'un des événements du prochain festival de Cannes...
mon avis sur
Bon je conclus effectivement que cette série est exceptionnelle, du jeu de grandes...et peut-être comme d'autres je garde un souvenir horrifique du film à l'origine sur l'effarante solitude sur l'effroyable rapport indélébile sado-masochiste des deux femmes. Cette série pour moi est douloureuse... j'ai encore trois épisodes à regarder mais je la regarderais.
Rentrez dans Le Cercle dès le samedi 7/09 à 12H20, en clair sur CANAL+, avec Augustin Trapenard et ses chroniqueurs. L'intégrale de l'émissions disponible en replay sur CANAL+
Si vous aimez le cinéma vous ne pourrez pas vous passer de ces critiques amoureux du cinéma et bienveillants...
Mon beau-frère Pierre Kandel qui écrit des rubriques cinéma sur FB très bien résumées et simples, quil écrit au cœur du film et au cœur du spectateur., m’exprimait hier ses réticences quand au choix de direction d’acteur de comédiens passant par l’hystérie dans ce film : Macaigne et Bercot. Comment parler de la folie sans passer par l’hystérie et les cris... Kubrick et Nicholson y passent pour Shining. J’aime ce film car c’est un cinéma intelligent qui nous secoue dans nos retranchements et c’est du beau cinéma qui nous tient en haleine du début jusqu’à la fin et qui repeint un peu les artistes comme des fous passionnés et pas comme
des communicants, hommes d’affaires. Comment accepter ses enfants et leurs pas de côté .. qui aujourd’hui sont facilement encadrés traités par des psychotropes. Le cinéaste est passé devant la caméra dans le rôle du grand-frère et il est très crédible avec des faux airs d’Augustin Trapenard.
Sur FB
Pascal et moi avons beaucoup aimé fête de famille ce film va à contre courant de l’huppertisation du cinéma français, ça déborde, fuse dans tous les sens, jusqu’au débordements qu’on appelle de plus en plus facilement la folie, c’est drôle et surtout ça nous désarçonne sans nous faire perdre le fil fracassant des personnages. Catherine Deneuve comme enfin je vous aime dans un rôle de mère, grand-mère insubmersible. Pour nous deux ce film n’a rien à voir avec Festen si ce n’est le titre et c’est si peu !!! C’est un film sur le cinéma et le bonheur toujours entre parenthèses dans les familles
Je pense que déjà tous les parents c'est à dire des anciens élèves et les enseignants en tout genre doivent aller voir ce spectacle car c'est quand même incroyable ce qu'on fait endosser aux élèves comme caricature d'eux-mêmes et qu'on oblige les profs aussi à acquiescer à toutes les décisions, on les oblige à suivre la politique de l'administration pour "le bien des élèves". Je me souviens d'une prof d'allemand(2ème langue) et d'une directrice d'établissement appuyée par la Censeur qui se sont entêtées à mon exclusion après la 1ère. Le professeur de français professeur principal, alors que j'étais en A -section littéraire de l'époque- et avait 13 de moyenne, m'avait dit, je n'ai rien pu faire, il était si sincèrement désolé. Comme dans les entreprises, le pouvoir pyramidal est quasiment absolu.
Nota bene pour ceux qui aiment Philippe Duclos, vous le retrouverez, ceux qui l'ont découvert dans les Séries (Engrenages : le procureur)ou au cinéma avec son air dégingandé et sa limpidité de jeu sur fond de mystère humain.
Sur FB
Le cours classique au théâtre du Rond Point a beau faire froid dans le dos... ainsi l’école et son ordre autoritaire se sont ils figés? je suis un peu restée coi. Il y a un des deux rôles celui du professeur principal joué surtout dans l’écoute qui est disproportionné par rapport à celui du censeur interprété par Philippe Duclos. Le beau c’est l’épure dans le décor un couloir et le devant, le derrière des portes du couloir, c’est cela l’école non ! les personnalités des élèves y sont invisibles ; les comédiens se servent du public comme élèves....Je crois qu’il faudrait que j’y retourne quand ils auront réglé la climatisation. Nous étions trois et la 3ème personne plus en forme que nous deux, n’a pas du tout dormi et a déclaré, c’est tellement cela ! Après une nuit de sommeil c'est le genre de spectacle qui fait son chemin...Et j’ai envoyé à une de mes meilleures amies ce message.
-oui c’est, c’était intéressant, efficace un peu trop construit dans la mise en scène, trop de blancs et de hors champs, mais très efficace dans le texte et l’interprétation. Il faisait trop chaud dans cette salle et Pascal et moi n’avons pu résister à la somnolence.... du théâtre entre rêve et réalité
"Bonnet de bain de rigueur et maillot ad hoc, le prof d’anglais fait la brasse dans la piscine. Il accompagne les élèves en cours de natation. Mais deux collégiens se jettent sur lui, jouent à le couler. Il a bu la tasse, l’enseignant qui sort de l’eau, choqué. Mauvaise farce ou tentative d’assassinat ? L’institution publique se mobilise. Les élèves, les collègues, la principale, le censeur des études. On veut comprendre, on extrapole. On délire beaucoup aussi. Autorité abusive, surinterprétation, bonnes intentions et folies d’un système en roue libre... Au collège Trinité, tout s’enraye et s’enchaîne, avec malice et cruauté, jusqu’à la catastrophe. Rires salvateurs et stupeur glaçante. Le romancier Yves Ravey, professeur d’arts plastiques et de lettres en collège, auteur de pièces de théâtre, dont Dieu est un steward de bonne composition mis en scène par Jean-Michel Ribes au Rond-Point en 2005, compose les plaidoyers des parties adverses. Joël Jouanneau, metteur en scène, auteur, et Sandrine Lanno, fondatrice de L’Indicible Compagnie, signent l’adaptation du roman. Issue de l’Unité nomade de formation à la mise en scène du Conservatoire national supérieur d’art dramatique, Sandrine Lanno dirige deux comédiens face aux spectateurs devenus tour à tour élèves, membres d’une commission ou profs dans un duel au sommet. À partir du fait divers, événement anodin ou tragédie emblématique, les débats dressent des portraits drôles et féroces d’une humanité qui prend l’eau, perd pied et se noie."
SALLE : JEAN TARDIEU celle du bas à droite en descendant au restaurant... HORAIRES : DU MARDI AU SAMEDI, 21H - DIMANCHE 15H30 - RELÂCHE : LES LUNDIS ET LE 10 SEPTEMBRE DURÉE : 1H40
À propos de Fourmi je crois que de temps en temps j’aime les films prévisibles et qu’on me rappelle qu’à part le foot pour une majorité de régions desindustrialisées y a plus rien !? Les acteurs sont tous très bien le petit garçon a un physique un peu trop beau.. mais c’est un détail. Dussollier comme d’habitude me fait beaucoup rire par accoups un peu comme Michel Aumont on ne les voit pas venir, ce sont tous les deux tout sauf des cabotins et j’adore ça. L’émotion au foot y est tellement bien mise en scène qu’on comprend aisément pourquoi elle ramasse autant d’aficionados
Télérama Abonné Critique par Frédéric Strauss
*Théo, 12 ans, fait croire à son père alcoolo qu’il est repéré par un grand club de foot. Une comédie à la mécanique précise, au service d’un récit généreux. Dans son club de foot, il se fait remarquer par sa grande agilité et sa petite taille : encore haut comme trois pommes malgré ses 12 ans, Théo (campé par l’étonnant Maleaume Paquin) a été surnommé Fourmi. Tout un programme pour Julien Rappeneau, cinéaste qui, après Rosalie Blum (2015), réaffirme son talent pour les miniatures. Quand Théo dribble sur le terrain, le plan fourmille de détails. Ici, son père, Laurent (François Damiens), qui a trop souvent la gueule de bois. Là, Claude (André Dussollier), l’entraîneur sérieux comme un pape, flanqué d’un neveu qui l’appelle Tonton, se passionne pour la pâtisserie et, au lieu de suivre le jeu, distribue des gâteaux. La comédie se niche dans les détails. Et le scénario, adapté d’un roman graphique (Dream Team , de Mario Torrecillas et Artur Laperla), compose avec patience une belle mosaïque : dans son petit club, Fourmi est repéré par le recruteur d’un grand club, et, pour aider son père, qui a tellement besoin de trouver l’espoir ailleurs qu’au fond d’un verre, le gamin dit qu’il a été engagé. Un mensonge qui fera beaucoup de ricochets, tous orchestrés avec une précision d’horloger et un amour infini pour les personnages secondaires, la minutie du trait. En semant ses plans comme des graines, Julien Rappeneau finit avec une belle moisson : un film qui parle de grandir, quand on est fils comme quand on est père. Et qui joue collectif. Comme les fourmis. La communauté Micro-critique de chloeeee *Insupportable film prévisible. Un petit garçon va faire du foot. Passionnant. Si t'as pas d'autres idées, écris pour la télé ou la réalité.
https://www.cineserie.com/…/fourmi-lamour-dun-fils-pour-so…/ J’avais écrit un post mais il ne s’est pas dissous voir ci dessous ou sur mon blog...alors donc je complète pour ne pas me répéter, j’ai beaucoup aimé ce film prévisible et .....François Damiens bien-sûr mais tous les autres..... dont les autres enfants m’ont fait pleurer dans le noir de la salle du Gaumont Convention pas trop pleine à 17h hier. Mais en sortant la dizaine de personnes étaient contentes et j’en ai entendu rire aussi au fond alors qu’il en faut pour entendre des rires dans une salle clairsemée. c’est aussi un film sur les mythos ou les mensonges d’enfants.... c’est pas si fréquent !
Je cherchais une auteure après l'amie prodigieuse pour me susurrer encore l'Italie et avec cette scénariste écrivain (historienne dans ses recherches documentaires) je reprends ce fil de l'addictif et j'ai retrouvé aussi grâce à ce livre le goût intact de lire dans les trains régionaux qui ne courent pas mais qui avancent au fil des pages. Je n'avais jamais entendu parler du Tyrol du Sud du Haut Adige mais en plus et comme dans son précédent roman Plus haut que la mer, dont j'ai parlé ici les personnages féminins y sont très forts mais pas seulement...
Elle explique bien ce qui l'intéresse dans l'écriture sur cette vidéo, que reste-t'il du collectif dans l'histoire d'un individu, que reste-t'il de "la société"?
Les relations mère fille monoparentales font couler beaucoup d'encre ou dirons-nous, aujourd'hui, taper beaucoup de traitement de texte ; j’ai entendu à la radio Boris Cyrulnik sur l'importance des 1000 premiers jours et de l'alternance(si on peut dire) parentale avec pourquoi pas l'oncle, la grand-mère ou un(e) ami!e). :https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite?fbclid=IwAR1n_UxCsrHF9tY6S0Ew6fMzzjGo3MSZ32x9FWwHo7Z-UVNDdTTiVSxTm2A
Je pensais cet été à une autre histoire de mère et de fille.
Une mère, devenue acariâtre, pour ne pas dire haineuse avec tout ce qui ne se rattacherait pas à sa jeunesse, sa famille, ses amis "vivants" -à 96 ans elle aussi, connait plus de morts que de vivants-. Je me faisais la réflexion qu'elle aurait peut-être en vieillissant comme sclérosé, réduit son histoire sociale. Je pensais à l'influence des voisins dans la vie, toute une vie. Je me disais que cette mère deviendrait méprisante avec tout ce qui pour elle serait "populaire". Car elle n'était plus en ville, dans le commerce. Elle ne fréquenterait dans sa campagne quasiment plus que des personnes propriétaires, nanties encore plus qu'elle, bourgeoisie catholique qui jouerait au bridge aurait voté Sarkozy et maintenant voterait Maqueron. Cette bourgeoisie qui va aux concerts de musique classique dont l'enfant unique jeune monte à cheval et joue du piano. Une élite qui ne se mélange pas.
Cette mère aurait toujours eu besoin de s'extraire, de se hisser au dessus des autres d’imposer de dominer son entourage et pour cela sa dernière trouvaille aurait été celle de stigmatiser le laisser-aller, la paresse, la grosseur, dire par exemple à son aide ménagère un peu forte ce qu'elle devrait manger et à son gendre peu bricoleur qu'il était pour elle une anomalie... et à sa fille qu'elle ne voyait plus que tous les 3 mois à cause de la distance..." tu as forci" à peine descendue de voiture.
Je me disais que l'influence des collègues, des voisins, du hors champ affectif n'est pas souvent décrite au cinéma ou dans la littérature à ma connaissance, à part au théâtre (je pense aux pièces de Tchekhov) alors qu'elle influe beaucoup plus sur la psyché, les goûts, les opinions politiques et donc l'intelligence de l'individu et sa capacité perverse à nuire à autrui. Il faut un peu arrêter de coller tout sur le dos des médias. La sphère dans laquelle on évolue est pour nombre de personnes, un bocal si bien-sûr on se restreint à cette seule fréquentation, si on ne choisit que la catégorie sociale au dessus de la sienne, en résumé du monde, si on ne s'intéresse plus à la vie profonde des autres... par la lecture, la culture... l'ouverture aux autres du Monde entier, on se racornit et alors à quoi bon vivre très longtemps, trop?
Extraits
p 81-82
Elle avait déjà vu aussi des lèvres étirées, sous des yeux d'où s'échappait un éclat presque enfantin : quand les émotions deviennent difficiles, les gens de la montagne serrent les dents, mais plus haut souvent le regard limpide semble demander qu'on les délivre d'un si grand silence.
p 162-163
C'était peut-être précisément ce goût de l'absolu, filtrant de son regard, qui avait poussé Frau Mayer à renoncer à une famille et à se vouer au bien-être de ses clients comme au culte d'un dieu unique. Malgré le nombreux personnel aux étages en salle et en cuisine aucun détail de la gestion de l'hôtel ne lui échappait...
... Le seul détail qui échappait à son contrôle était la mort.
p 172
Magnano avait commencé à tisser une toile fine et très délicate de négociations et de compromis pour obtenir cette autonomie provinciale... qui seule pouvait résoudre l'impasse du Haut-Adige et éviter le scénario le plus atroce : une guerre ethnique.
... Magnano s'était persuadé que seul le dialogue, la recherche d'un compromis, la difficile mais honnête confrontation entre des positions même très différentes, sont des moyens supérieurs à toute absolument toute, forme de violence.
p183
Gerda s'arrêta sur le seuil. Les premiers clients s'installaient autour des tables. Des couples, des hommes seuls, des personnes âgées. Les hommes déplaçaient avec une sobre galanterie les chaises pour les dames, qui s'asseyaient en admirant le panorama avec bienveillance, comme s'il était leur propriété. Le contraste entre ces gestes sereins et l'angoisse qui l'oppressait étourdit Gerda.
p 202
Je ne suis pas redevenue croyante. Je n'ai pas brusquement retrouvé une foi dont je ne sens pas le manque, pas même grâce à un prêtre inspiré. Mais je m'unis spontanément à ceux qui m'entourent, ici dans cette chapelle si laide. Eux aussi, comme moi, des enfants de père inconnu.
p 247
Alors, Eva a quitté la main de Maria, les jeux avec Ulli les bras de Ruthi, elle se serait quitté elle-même aussi pour courir plus vite, et elle ne trébuchait jamais pour ne pas perdre stupidement du temps à se relever. Mais pendant des jours, elle courait pour rien : les portes du car s'ouvraient comme une promesse, mais ceux qui en descendaient étaient des gens inutiles qui n'étaient pas sa mère. Puis chaque fois, en automne et au printemps, durant toutes ces années, juste au moment où commençait à se former dans le coeur d'Eva un vide mélancolique, un gris qui étreignait toute pensée, voilà que sur les marches de la portière apparaissaient deux jambes longues, un visage d'une beauté toujours étonnante quoique familière, deux bras robustes qui la soulevaient et la serraient, et l'odeur, l'odeur, l'odeur, mammifère du bonheur. Gerda était revenue.
p 306
« Notre amour est plus grand que nous »
Ulli s'était mis à parler comme une boîte de chocolats.
p 310
Je ne sais pourquoi je repense au jour où je lui ai dit que je voulais partir pour l'Australie et où elle m'a répondu qu'elle allait enfin voir des kangourous, ce qu'elle souhaitait depuis toujours.
Une minute. C'était moi qui partait pour l'Australie. Pas elle.
Et nous ne sommes pas une seule et même chose..
p 354-355
Quand Ulli amena Costa pour lui faire connaître sa famille, Sigi(le frère d'Ulli) dit : ne vient pas salir la maison de notre mère avec ta merde, si tu veux te faire enculer, fais-le dans les chiottes publiques, tu es dégueulasse et ton ami encore plus, vous êtes deux…Scwutchtel, deux Wärme Bruder, deux schwule Sauen.(termes vulgaires pour dire homosexuel)
Il ne pouvait pas trouver de mots plus sales. Depuis des mois, peut-être des années, il devait les retourner dans sa bouche comme du poison, pour les lui cracher à la figure tous d'un seul coup.
Léni dit : quel est le problème, c'est une maladie qui peut se soigner, le curé m'a dit qu'il y a un médecin dans le Val Sarentina qui sait comment faire, si tu veux on donne l'adresse aussi à ton ami, il ira sûrement volontiers, personne ne veut rester infirme et malheureux s'il existe un remède.
Sigi dit : ceux comme vous méritent qu'on leur mette la tête dans les chiottes, et il prit Costa qui était beaucoup plus frêle que lui, le traîna jusqu'au toilettes et le fit.
Ulli dit laisse-le et Sigi le laissa, mais avant il tira la chasse.
Costa dit : laisse-moi, et il repoussa l'étreinte d'Ulli qui voulait l'aider à se relever ; s'appuyant de son poing par terre, il se remit debout tout seul sans le regarder dans les yeux, les cheveux salis par l'urine.
Leni dit : je ne comprends pas pourquoi vous vous disputez pourquoi on ne peut jamais vivre en paix tous ensemble
Ulli vivait avec Costa depuis près de deux ans. La première fois que je l'avais rencontré, j'avais pensé : voilà, Ulli a trouvé son vrai frère.
p 359-364 (pour moi- Nathpasse- ce passage long est à lire absolument aux enfants uniques des familles mono-parentales aux enfants tous particuliers comme ceux qui ne veulent que manger selon leurs goûts et n’acceptent plus de découvrir d’autre nourriture, pour tous les enfants devenus adultes haineux ou difficiles dans leurs goûts sans comprendre quelquefois qu’ils veulent garder comme un culte affectif : le goût l’odeur de leur premier amour : mère, oncle, grand-mère.... )
À la demi-saison quand l'hôtel n'était pas plein, Gerda demandait parfois deux jours de congé à Frau Mayer pour aller voir Eva, qui attendait ses visites comme un fidèle attend un miracle : avec foi, mais sans certitude. Elle suivait l'ascension du car de Bolzano le long des virages jusqu'à son arrivée sur la place de la petite église. Ulli n'était pas là avec elle : la rencontre entre Eva et sa mère ne le regardait pas, il le savait maintenant, c'était le seul moment où il se tenait à distance. Eva se mettait près de la portière, obligeant les passagers à défiler devant elle comme devant un minuscule garde d'honneur, elle les examinait pendant qu'ils descendaient, avec mépris puisqu'ils n'étaient pas sa mère. Quand Gerda apparaissait enfin comme une vision en haut des marches, le coeur d'Eva explosait à la fois de bonheur et d'angoisse : il ne lui restait plus qu'à attendre maintenant la prochaine, mais certaine séparation.
Ce jour-là, les freins du car soufflaient encore lamentablement alors que les passagers étaient déjà tous descendus. Personne n'était Gerda. Eva leva les yeux vers le chauffeur. Il haussa ses épaules devenues puissantes à force de tourner le volant dans tous les lacets de la montagne. Il était vraiment désolé pour elle, mais il avait un horaire à respecter ; il appuya sur un bouton et la portière se referma. Dans les vitres, Eva vit son propre reflet puis le car bleu s'en alla et elle n'eut plus en face d'elle, sur fond de glacier dans le lointain que la place de l'église. Où était en train de manœuvrer une Fiat 600 café au lait.
Une minute plus tard, Eva avait toujours l’air de la même petite fille blonde, mais ce qui est en restait n’était en réalité qu’un calque avec ses traits : à l’intérieur, le vide. Elle ne ressentait ni tristesse ni déception, tout au plus une ombre opaque de soulagement. En effet elle pouvait enfin cesser de s’inquiéter, maintenant que s’était réalisée la menace qui planait depuis toujours : sa mère ne reviendrait pas la voir, jamais plus. Aussi quand une femme sortit de la voiture, elle n’y prêta pas attention. Pas plus qu’à l’homme en uniforme noir qui s’approchait. Ce n’est que lorsque la femme s’accroupît pour la regarder droit dans les yeux, qu’elle commença à réaliser qu’il se passait quelque chose d’étrange et de merveilleux. Aucun des hommes que Gerda avait connus ne s’était jamais comporté comme Vito. Tandis que Gerda préparait les Schlutzkrapfen, Vito fit des mots croisés en italien avec Eva. Elle n’en avait jamais fait avant, ni en italien, ni en allemand, ni en chinois. Tandis que Gerda servait les plats, Vito questionna Eva sur l’école ses matière préférées, sa voisine de banc. Tandis que Gerda faisait la vaisselle, Vito rappela à Eva de se laver les dents.
Quand Gerda fut sur le point de mettre Eva dans son petit lit, Vito protesta. « Mais non, cette sisiduzza était là avant moi.»
Et Eva put rester dans le grand lit comme lorsqu’elle était seule avec sa mère. Gerda s’allongea près d’elle et Vito se coucha de l’autre côté. Elle les vit à travers ses cils deux images tremblantes et sombres comme au fond d’un verre de jus de groseilles. Vito lut à Eva les exploits de Sandokan, Yanez et les tigres de Malaisie. Gerda ne lui avait jamais lu de livre avant de dormir, encore moins en italien. Eva ne comprenait pas tous les mots de cette langue faite de sons doux et de voyelles, mais ça lui était égal. Elle les écouta allongée sans bouger, les yeux mi-clos, les poils blonds de ses avant-bras dressés sous la caresse de sa voix. « Qu’est-ce que ça veut dire « sisiduzza » ? demanda t-elle à la fin.
–Toute petite étincelle », répondit Vito. Et elle se pelotonna entre leurs corps cambrés comme entre les valves d’un coquillage, se sentit plus lumineuse que la perle de Labuan. La voix de Vito la berçait et ses paupières de plus en plus lourdes se fermèrent complètement. « Eva dort », dit sa mère. Alors seulement Vito la souleva et la déposa délicatement dans son petit lit. Le sommeil d’Eva était plus profond que lorsqu’elle était bébé.
Génovese avait prêté son appareil photo à Vito. Il prit beaucoup de photos pendant ces deux jours. Gerda devant la petite église avec un chemisier bleu nuit. Gerda assise sur un banc de bois devant le fenil. Gerda Eva dans un champ couvert de pissenlits. Eva en prit une. Elle avait tout de suite appris à regarder dans le viseur et à appuyer sur le bouton de l’obturateur : Vito et Gerda souriants les yeux dans les yeux, elle, les genoux pliés pour ne pas paraître plus grande. Une autre fut prise par un passant à qui Vito passa l’appareil : Eva entre Gerda et Vito sur fond de glacier, souriants comme une famille de vacanciers. Quand Gerda le présenta à Maria, Sepp et toute la grande famille, Vito entra dans La Stube et dit :
« Griastenk ! » (bonjour à vous !)
Il y avait plus d’un demi-siècle que soldats, employés, fonctionnaires et enseignants s’adressaient aux deux vieux paysans en italien, exigeant qu’ils répondent en italien, riant de leur mauvais italien. Un carabinier qui saluait en dialecte du Tyrol du Sud avec l’accent calabrais, ça non, il ne l’avaient encore jamais vu. Vito leur demanda s’ils avaient envie, ce soir-là, de goûter les artichauts qu’il avait apporté de sa région et Gerda les invita à manger chez eux, dans la chambre meublée. Quand Eva en prit un dans sa main, il lui fit l’effet d’une fleur plus que d’un légume : un bouton énorme et dur au bout d’une tige poilue. Il suffisait de le voir pour comprendre qu’il venait d’une terre d’abondance. Dans la rude terre verticale des masi, il faut dire qu’on n’avait jamais vu de tels végétaux.Vito fit cuire les artichauts avec des fines herbes du Sud. Sepp et Maria les goûtèrent en silence, avec concentration, comme s’ils cherchaient à en découvrir le secret. Quand Vito leur proposa de se resservir ils acceptèrent tous les deux.
C’était la première fois que Gerda recevait dans sa petite chambre meublée. De vrais invités, auquels offrir à manger, avec qui avoir une conversation pendant qu’on émiette le pain sur la nappe. Et elle, une vraie maîtresse de maison, avec son homme à côté d’elle.
Avant l’arrivée des invités. Vito avait apporté une planche qu’il voulait poser sur l’unique table de la pièce pour l’agrandir et faire de la place à tout le monde. Eva était en train de dessiner et elle n’avait pas répondu quand Gerda lui avait demandé d’enlever ses feuilles et ses crayons. « Eva obéit à ta mère tout de suite », avait dit Vito d’une voix qui n’était pas dure, mais qui n’admettait pas de réplique.
Eva avait levé le nez de son dessin en regardant Vito, les yeux écarquillés.
Il était en train de la gronder ! Vito n’était ni le maître d’école, ni le curé, ni Sepp (qui du reste n’élevait jamais la voix avec personne), et pourtant il la grondait. Eva se leva et retira ses crayons de la table, en baissant les yeux. Elle ne voulait pas faire croire qu’elle boudait, c’était seulement pour ne pas montrer à quel point elle était heureuse. (....)
Vito servit encore des artichauts. De la casserole découverte se dégager un parfum d’ail, de menthe, de fenouil sauvage. Cette odeur était pour Eva comme la présence de Vito.
Gerda retourna à l’hôtel après ces deux jours de congé. Il y avait en elle quelque chose que même le plongeur Elmar n’avait jamais vu. Ce n’était pas la gaieté qu’elle montrait quand elle se préparait à sortir avec Genovese, mais un bonheur paisible, comblé. La consommation d’alcool qui avait sculpté un grand nez violacé sur la figure de vieil enfant avait empêché la carrière d’Elmar d’aller plus loin que le lavage des marmites. Il n’en voulait pas pour autant à Gerda, au contraire, il continuait à poser les yeux sur elle dès qu’il en avait l’occasion. Ce jour là en la voyant aplatir les beefsteaks sur la planche à découper avec une tendresse nouvelle, il l’examinait avec perplexité. Elle s’en aperçut, leva les yeux et lui sourit. Elmar en eut le souffle coupé. L’amour de Gerda pour Vito était si abondant qu’elle en avait de reste même pour lui, pauvre plongeur alcoolique.
p 368-370 (la mort d’Ulli, Nathpasse... j’ai mis cela comme titre sur mon papier de notes marque-pages)
comme Ulli me manque, dans de tels moments. La nuit où il est mort, Costa était parti depuis quelques jours seulement ; Ulli avait passé les trois premiers jours sur mon canapé, à trembler. J’avais insisté pour qu’il reste encore un peu chez moi, mais il était retourné travailler depuis une semaine. Je m’étais dit qu’être dans Marlène (petit nom donné à la dameuse : engin pour tasser la neige des pistes de ski) et diriger sa puissance mécanique lui ferait du bien. Cette nuit là, je n’étais pas avec lui. Ça fait 20 ans que je me demande pourquoi je ne l’ai pas accompagné pour damer les pistes est-ce que j’étais avec un homme ? me demanda-t-il
de ne pas venir ? J’exclus cette dernière éventualité, je me serais douté de quelque chose et je ne l’aurais pas laissé seul. Pourquoi n’étais-je pas avec lui ? Je n’en ai aucune idée. Je me souviens seulement que lorsque j’ai reçu ce coup de fil, j’étais dans mon lit, et sans personne.
Ulli ne voulait pas vivre à Berlin, à Londres, à Vienne comme tout le monde le lui disait. Il ne voulait pas être le fils schwul du héros qui avait donné sa vie pour lui. Il ne voulait pas être le bon fils à sa maman qui se laisse frire le cerveau par des électrochocs pendant qu’on lui montre des images porno – une thérapie certainement inventée par ce médecin du Val Sarentina, probablement pour pouvoir regarder lui-même à loisir des images de coïts homosexuels. Il ne voulait pas se marier avec une femme, arriver à faire des enfants seulement en fermant les yeux et en imaginant que c’était un homme, puis lui faire croire qu’il avait une maîtresse et fréquenter en réalité les toilettes des gares. Il voulait seulement être lui-même là où il était né, et pouvoir aimer celui qu’il aimait. Il voulait la seule chose impossible. Il monta avec la dameuse au sommet de la piste la plus pentue , celle des entraînements pour la Coupe du monde, 68 % de déclivité sans interruption. Les chenilles mordirent la neige tandis que le treuil de sécurité le tirait en haut. Quand il arriva au sommet, il détacha le treuil, tourna l’avant de la dameuse vers la vallée, mit les gaz et desserra le frein. Je me la suis toujours imaginée comme ça, Marlène, la dameuse qu’Ulli aimait comme un routier aime son poids-lourd, comme un cow-boy aime son cheval : elle glisse avec élégance le long de la piste, elle prend son élan, un tas de neige la fait pencher sur le côté, mais les chenilles de bonne qualité la maintiennent dans l’axe, elle descend en prenant de la vitesse le long de la piste sans égratigner la neige, elle vole et rebondit comme un petit skieur, elle s’écrase contre un arbre au bord de la piste, puis contre un autre encore, et un autre pour atterrir tout en bas de la piste. Marlène était rouge, vigoureuse et presque impossible à stopper, tout comme le sang pompé par le muscle cardiaque. Elle déboisa une pente tout entière avant de s’arrêter. Mélèzes, sapins rouges, pins pignons, latifoliés, elle les balaya tous comme des cure-dents.
Dans les Dolomiten, les avis de décès ont un code il faut savoir l’interpréter, surtout quand il s’agit des causes de la mort de celui qu’on pleure. « Après une longue et pénible maladie » veut dire : cancer.
« Dans un tragique accident de la route », si la mort est survenue le vendredi ou le samedi : ivre au volant.
Quand un jeune meurt brusquement, pour éviter qu’on les confondent avec un des trop nombreux jeunes qui se pendent chaque année dans notre Heimat, sa famille explique bien la cause de la mort, qui en général est la deuxième.
Si la cause du décès n’est pas indiquée et s’il n’y a qu’un adverbe :(« inopinément », « soudain ») Il s’agit donc sans doute de suicide. Pour Ulli , on mentionna : « dans un accident de travail ».
p 406 et...407-408
Le docteur Enrico Sana avait quitté sa chère ville de Cagliari après l’université et avait ouvert une pharmacie non loin de l’hôtel de Frau Mayer. 30 ans s’étaient écoulés depuis, mais il avait appris seulement à saluer en allemand, à dire « s’il vous plaît, merci, bon appétit » et quelques mots encore. Pour comprendre les noms des médicaments, il n’est pas nécessaire de connaître les langues, et pour se faire décrire les symptômes d’un mal de tête ou d’une indigestion, on peut s’aider des mains ou des expressions du visage : il n’avait jamais considéré l’ignorance de l’allemand comme un obstacle à sa profession. Ses clients non plus ne s’étaient jamais plaints. Bien au contraire, à leur manière un peu sèche, ils lui avaient toujours témoigné de la sympathie, à lui comme à sa femme, qui venait de la Barbagia et chez ces gens de peu d’effusion mais fidèles à leurs paroles, elle s’était toujours sentie chez elle. Jusqu’au jour où le docteur Sanna reçut une convocation officielle qui lui demandait de passer un examen pour obtenir son certificat de bilinguisme.
(...)
Cependant, la pharmacie du Docteur Sanna était fermée. Gerda resta interdite : il était 16h, on était lundi, ce n’est pas Noël. Sur le rideau métallique baissé était collée une feuille pleine de timbres qui commençait par la mention : Provinzverordnung/Arrêté provincial
Gerda regarda autour d’elle. Sur le trottoir devant la pharmacie, s’était formée une petite foule. Des hommes âgés, de jeunes mères avec leurs bébés, des militaires du contingent. Ils avaient besoin d’aspirine, de collutoire, d’anticoagulants, d’insuline. De préservatifs, de thermomètre, d’antibiotiques, de bandes et de seringue, de poudre contre les poux, de comprimés pour les maux de gorge. De benzodiazépines pour mettre un terme à leur souffrance.
Mais le docteur Sanna n’avait pas réussi l’examen de bilinguisme et ne pouvait plus vendre à personne.
Si Gerda avait vraiment voulu, il y avait d’autres pharmacies dans les villages voisins. Mais la détermination qui l’avait conduite jusque-là avait perdu de sa vigueur.
Donc Gerda ne mourut pas.
p 410
La seule chose à faire était de rester au sommet du Nanga Parbat avec Ulli et de descendre le moins possible à la hauteur du reste des êtres humains. À 8000 m, il fait froid, on respire mal mais au moins on plane au-dessus de la désolation et de la nostalgie.
p 417
Ce jour là ne fut pas le pire, car chaque mort est pire que les autres pour ceux qui la pleurent, ....