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vendredi 14 octobre 2022

Toutes les femmes sauf une, le Vertige Marilyn, Lorsque l’enfant paraît, je les relie….

Le théâtre mène à tout à l’art de vivre à réaliser ses rêves à tomber amoureux ami pour la vie à « changer son fusil d’épaule, à se relier réaliser les uns les autres si une seule personne est bouleversée cela suffit…. Non ? À vivre 
Voilà deux spectacles que je relie car ils m’ont poussée à sortir de ma saturation…,
Le vertige Marilyn 
« Un jour, à Venise, il faisait beau, j’ai acheté des lys blancs pour Isabelle Adjani et Marilyn, et sur le pont Rialto, j’ai pris une photo. Si j’avais su il y a quelques années que cette phrase allait devenir réalité… »
Olivier Steiner est à Ponte del Rialto





Hier soir nous avons parlé de vous deux trois quatre avec Philippe Calvario et Jil Caplan,
Nous étions heureux et conscients de votre Joie pour vous deux trois quatre Isabelle et Marilyn Adjani- Monroe toi Olivier mon grand, et Emmanuel.  
Nous sortions de la Flèche anciennement la Loge : Toutes les femmes sauf une, mis en scène par Michael Délis avec Florence Le Corre qu’elle a adapté (Roman de Maria Pourchet) avec une scénographie de VIncent Blot dans les lumières d’Alexandre Dujardin, c’est une adaptation d’exception d’un bouquin d’exception dans la relation mère fille sur trois générations voire quatre. Après on est resté dans le hall pour parler parler de nos enfances de nos relations complexes mères filles, avec des hommes aussi (qui n’ont pas du tout cette rivalité latente voire ce langage avec leurs mères)
j’adore cela au théâtre cette envie d’avancer de marcher ….Après le Vertige je sais que j’avais eu envie de parler aux jeunes messieurs des halles qui allaient fermer leur crêperie à emporter. Après le théâtre quand c’est essentiel de renaissance on a envie de tout chambouler de croire en l’espèce humaine et surtout si cela ne sert à rien……comme un joueur de flûte qui entraînerait derrière lui un sillon de rats devenus des étoiles, des êtres exceptionnels contagieux oui de joie et d’énergie….de « sauver des vies »comme dirait un autre ami venu de la planète théâtre. 

Tous les jeudis à 21h c’est simple pas plus de 22 € (16€ tarif réduit) la place, la boisson après 6€
Et regarder cette si belle cour d’immeubles d’ateliers logements où se trouve cette petite salle, il y a des salles intimes pour un seul en scène. 



Mon dernier article c’était sur lorsque l’enfant paraît….
Et mon rire inextinguible aussi la-bas a ouvert la boîte de conserve….au
Théâtre de la Michodière sur non pas l’accouchement
Mais sur l’avortement n’ai je pas
Avorté à cause de ma mère ..,, 
Je ne parle là,  que du théâtre qui pousse la nuit jusqu’au petit matin….

vendredi 6 mars 2020

Mine de rien

Mine de rien, un film historique, social du pays minier des deux genres à tous les âges sans en avoir l’air... pour tous les combats, les collectifs. C’est une belle réalisation  avec quelques bases :- des formidables acteurs (Héléne Vincent, Rufus) une histoire avec de multiples personnages chacun à une histoire : certains certaines sont très touchants touchantes incarnés incarnées. Ce film surfe sur notre époque de communications tous azimuts. Comment intéresser des adolescents à autre chose que leur portable ? Que faire de nos fantômes pas riches  pas « à la mode »(expression de mon époque.)
Que c’est bon de se retrouver ensemble, pour faire chacun dans ses hésitations, ses désirs, ses échecs, ses timidités, avec la pudeur des hommes et avec la volonté, le désir, la singularité des femmes à tous les âges, à tous les postes dans la vie sociale, amoureuse jusqu’à veuve retraitée Alzheimer...
Certes ce film ne ressemble pas à l’idée qu’on se fait des comédies sociales anglaises mais justement c’est plus émouvant. 
Bon la salle au Gaumont-Parnasse était presque vide (4 et nous deux) alors je vais semer par tous mes réseaux, le désir d’aller voir ce premier film à plusieurs, avec tous ceux qui savent qu’à plusieurs, en choeur, en groupe, en troupe, en syndicat, en collectif, solidaires à sauver la planète et le plus grand nombre ici et maintenant avec de la délicatesse pour la mémoire le passé.....
merci aussi à Marie Sauvion d’avoir défendu relevé une phrase d’un Russe qui sur internet veut créer un parc d’attraction à Tchernobyl... Oui merci car on a ri encore plus....  c’est à des petits moments qu’on rit sourit sans éclats....et Viva toutes les reparations les reconstructions !!!




La recette du petit ecolo serein mais pas contre quelques précautions ! Pour le gel anti-bactérien pour les mains via La Vie Claire.... ceci est une info pas une pub....

Pour continuer à aller au ciné au théâtre dans les librairies à l’Opera aux concerts sortir pour se cultiver rester serein altruiste ne pas se replier, à tous les âges de la vie se rencontrer, car le futur est devant nous comme me disait un petit gamin de 10 ans en marchant avec moi dans la rue .... 
 Je vous ai mis cela la recette si vous ne trouvez pas de gel pour les mains parce qu’hier au cinoche on n’était que quatre  avec nous deux alors que j’avais réussi à sortir mon Chéri de son fauteuil avec le chat sur les genoux et la tablette en mains ....
Une des réponses : Marine Auglas
En cas de pénurie de gel (et plus écolo !)Recommandé par un pharmacien : Alcool modifié + Gel Aloé Vera + qq gouttes HE de tea tree ( puissant bactéricide .. ms en effet les HE à utiliser avec précaution avec les enfants ,,)  Alcool modifié seul est déjà une bonne barrière , l'aloé juste pr éviter d'irriter la peau ,, bien sur à utiliser surtout à l'extérieur , chez soi on peut continuer avec le savon !😉

mercredi 17 octobre 2018

Girl le film de fiction et Deux hommes et un couffin le film documentaire

Girl le réalisateur est belge Lukas Dhont et il a 27 ans, s’il était notre neveu je serais fière de lui, pour m’avoir détournée du film à priori, que je croyais aller voir...
C’est un film sur le corps avant tout, sur l’obligation de tracer sa vie à l’adolescence alors que l’on est cloué à son reflet dans le miroir... -comme à l’enfance ? -non, différemment, car on n’a pas confiance en soi et l’on doit faire comme si on était déjà adulte. On entend toutes les recommandations, tous les encouragements, par d’autres les exhortations à être comme-ci, comme-ça  à travailler pour son avenir : c’est le moment unique déterminant, l’entrée dans les meilleures écoles,  échapper à tellement de rêves prédécoupés par les parents ou les réaliser ! Quant à l’amour, la sexualité, comment ça se fait,  que vous n’avez pas encore passé le cap ! -mais quel cap ? vous ne comprenez pas que c’est un peu comme si on s’embarquait pour poser ses premiers pas sur la Lune, y laisser des traces, c’est immense, infranchissable.... -mais non, cela peut se faire là,  en sortant dans la rue... -ah bon ! alors que je ne sais pas qui je suis, je suis trop... pas assez... pas encore....  oui, mes sœurs, mes frère,  mes meilleurs amis ? en ai-je, sont déjà passés par là... par où? s'il y a deux genres, il n’y a pas deux corps, deux êtres qui se ressemblent et je ne ressemble à rien, je ne ressens plus rien dans ce vide, j’ai le vertige et je m’en veux quoique je fasse d’y penser « trop » ou de faire comme si rien de tout cela n’était suspendu au dessus de moi, comme les queues... des peluches sur les manèges ou les compliments du jury : « y en aura pas pour tout le monde ! » parlez-moi d’autre chose .....
Oui tiens d’un film à allez voir plutôt ? ça me changera l’atmosphère, car à vous entendre, vous avez déjà tout vu et ce n’est pas très original, ou c’est opportuniste... ce n'est pas du cinéma d'auteur, quoi qu’est-ce ?  Un film sur un trans adolescent qui veut devenir ballerine... oui, non et si j’aime je n’ai pas l’intention de le dire car je vais me faire conspuer, je ne le confierais qu’à mon petit frère, ah non il est trop petit, mais non ! j’en ai pas ! alors...
à mes chats, que ferais-je sans eux... quand elle se pose, Gaufrette, Cookie,  sur mon ventre pour ronronner et dormir comme si il n’y avait pas de meilleur endroit au monde, alors je re-vis car sinon ? je n’ai pas faim, qu’un peu soif et encore...ah tiens si j’essayais de vider le frigo, de boire de l’alcool, ils seraient contents !? C’est ça quitte à ce que je sois énorme ou malade !? Et qu’enfin « ils » se rendent compte !!!

Sur FB: Girl
Un film héroïque, le jeune acteur de 15 ans a une dimension un peu à la David Bowie, plus on le voit plus on le trouve beau ; son corps, tout son corps à l’adolescence est un foyer de questions, de désirs contenus, de torture aussi... L’absence de la mère, l’hyper présence du père, l’acteur père est aussi, incroyable. En sortant du film, après la manif pour le climat, je me suis dit dans 4 ans je déménage à Bruxelles. Un film qui pose des questions comme trop d’accompagnement retarde, empêche de vivre, « arrache le cœur ». Dans ce film, il y a aussi l’ouverture à tous les Possibles dans une seule vie, c’est  ça la liberté, l’ouverture à toutes les fictions : comment rencontrer son voisin d’immeuble ? 
À l’origine de ce film l’auteur voulait faire un documentaire, mais la personne voulait bien raconter son histoire mais refusait d’être filmée... Eh bien cette pudeur cette délicatesse on la ressent dans le film...
Commentaires 
Le mien...
Il y a une scène où le petit frère fait une colère, refuse de s’habiller comme chaque matin avec sa grande sœur ; il l’appelle autrement que par son prénom : Lara, comment l’appelle t’il, pour qu’elle lui réponde : "ne m’appelle plus comme ça !?" Je n’ai pas compris entendu.... c’est le seul moment.... Pierre Kandel :  au secours... je suis à la recherche de ton soucis d’exactitude Pierre, quel film ai-je vraiment vu, entendu, vécu !?
réponse immédiate de Pierre 
Il l'appelle Victor.
Ma re-réponse ! etc,  échange... 
-Tu as aimé le film j’ai regardé tu ne l’as pas encore commenté ?
-Oui, j'ai aimé. J'en parlerai bientôt.
J'ai lu quelque part que c'était Victor (le prénom de l'acteur en fait), mais je ne suis pas sûr en fait. Je n'ai pas bien entendu moi non plus.
-Je voulais être sûre que c’était son prénom au masculin que j’imaginais être celui du personnage, avant de devenir Lara et non pas : Maman !
C’est bien mieux qu’on n’entende pas, quelquefois quand on est pris dans le déroulement d’un film on a l’impression que trop de précisions, nous en ferait sortir... trop de realité
À propos de la GPA, j'ai regardé le film là documentaire, très bien filmé, car les questions restent en suspends celles auxquelles on s'attendait et auxquelles on ne s'attendait pas : ne sont ce pas toujours les riches qui explorent les premiers les chemins de la liberté ? voyage, droit de disposer de son corps  : Deux hommes et un couffin, de Smaïn Belhadj, dont cette photo est le reflet ; le lien Vimeo est au bas de l'article écrit sur ce sujet par Olivier Steiner en réponse aux déclarations d'Éliette Abécassis, dans la revue littéraire, philosophique Diacritik
https://diacritik.com/2018/10/15/chere-eliette-abecassis/?fbclid=IwAR1G8G1cHUMfXf4Oe4-7qVYExFvb5Y9YAg9YGtKz3A4rZZa_eGmY5eqaCts
Sur FB
J’ai lu et regardé le film avec cette mère porteuse Veronika d’Oregon qui dit, nous on est très hippies ici...

dimanche 7 octobre 2018

Nuit Blanche 2018

C’est incroyable le monde ! sur les lieux de Nuit Blanche, ce n’est pas un carnaval, ni une révolution, mais c’est comme si on essayait de dessiner un paradis, avec des lumières, des sons, des images fixes et animées avec beaucoup de gratuité, mais la gratuité n’est pas pour tout le monde,  elle est encadrée pour une jeunesse totalement internationale comme à Londres, comme à Berlin, Barcelone, des étudiants, certains partageant l’ivresse d’une bouteille de vin cuit, mais nous sommes bien loin des ivresses d’antan d’après les bals musettes, quelques rares vieux comme nous inclassables, avec leur programme fléché, quelques familles aussi pour le Musée de la découverte avec quelques enfants aussi rares que les vieux...
Nous avons commencé par la déambulation dans un salon du Grand Palais : Produire l’espace ! Pour l’installation d’Emmanuel Lagarrigue, ouvert à la connexion du Palais de la découverte, par lequel se faisait l’entrée et l’attente mais ça allait assez vite malgré les contrôles des sacs le portique  détecteur de métaux. Cette installation de sons et de lumières qui vous dore l’au dedans de l’au delà... il y avait des textes qui nous parvenaient en miettes mais souvent les miettes d’un gâteau, c’est le meilleur. J’ai reconnu les voix d'Emmanuel Lagarrigue, d’Olivier Steiner, tu parlais que jamais, tu ne rentrerais dans Paris,  et d’Annie Ernaux, mais pas les autres.... Et puis les gens, tous, quelque groupe qu’ils soit, semblaient éclatants, seuls, ou en groupe, dilettantes ou concentrés. 
Après sur le pont des Invalides Il y avait des musiques et sous des boules de Lumière des gens encore qui dansaient et des associations : les cultures du cœur, les bibliothèques sans frontières... avec des bénévoles qui ne demandaient rien, mais avec qui on pouvait parler. Puis sur la place des Invalides des chaises longues, installées devant un maxi écran et aussi ces grandes photos sur l’Afrique qui m’ont fait penser à des amis. Ensuite nous sommes rentrés par le métro qui n’était pas gratuit et l’on faisait là aussi la queue, mais là pour payer....La dernière fois que nous y étions allés à vélo à la 1ère Nuit Blanche  du côté de la Coulée verte, c’était au moins il y a dix ans... eh bien il y a beaucoup plus de monde maintenant .....
13 Il faut que l'espace, à la fois naturel et social pratique et symbolique apparaisse peuplé
Je connaissais par la voix beaucoup plus de personnes que les trois reconnues...
La file d’attente pour Emmanuel Lagarrigue au Grand Palais





Mon chéri un peu perdu, comme moi, sans lui, je n'y serais pas allée.

un homme bleu aux fumées blanches


La réalité, la fiction, la photo cachée, le presque hors champ 

la photo seule ou presque...





lundi 1 octobre 2018

My Lady : Magie de ce film anglais totale

Pascal allait voir Woman at War sur mes conseils au Saint Lambert et moi j’avais le choix entre Sofia et My Lady avec Emma Thomson et deux autres acteurs hommes prodigieux : Stanley Tucci le mari, Jason Watkins le huissier majordome de My Lady et un tout jeune homme Fionn Whitehead, incroyable, lui aussi. Pourquoi j’ai choisi My Lady ?
À cause du bouche à oreille prioritaire,  sur toute autre critique : dans la semaine une voisine d’une amie. qui elle aussi garde de temps en temps ses enfants, m’a dit : va voir My Lady ? -c’est quoi déjà ? - je ne sais plus....m’a t’elle répondu d’emblée, entre deux portes, sans réfléchir, au moment où toute la fiction absorbée dernièrement des semaines d’après le cinéma,  se mélange et qu’on perd pied pour répondre aux questions, j’ai toujours détesté cela répondre sans réfléchir  aux questions ... je ne vous dis pas le temps qu’il me fallait pour intégrer par coeur les textes de théâtre... et j’ai même répondu une fois à un oral d’examen : je ne vous dirais rien.... tout cela parce qu’au tour de  l’élève précédent, on lui avait demandé de choisir un sujet et à moi on me l’avait imposé... Il y a tellement d’injustices à l’école au collège au lycée cumulées qu’arrivée au bac je n’en pouvais plus...
Quitte à faire un autodafé de mon diplôme, jamais obtenu : je m’étais sacrifiée 
Je m’étais sacrifiée pour reprendre pied, pour m’y retrouver parmi toutes les contradictions imposées par les parents, les autorités : faut lire ! ah non, c’est pour les fainéants, les putains, c’est pour le plaisir non ? 
On se sacrifie : chacun son tour ! on fait cela souvent à l’adolescence pour sa propre cohérence. 
C’est cela qu’évoque le film My Lady, tiré du roman de Mac Ewan (je les lisais tous les romans de Mac Ewan, il sait infiltrer les méandres de l’âme humaine et tout éclaircir en se posant les questions essentielles, celles qui restent sans réponses...)
C’est tellement délicat d’éduquer, d’élever un enfant, sans le diriger, les plus sensibles, les plus doués -pour moi tous les enfants sont doués pour quelque chose, il faut les laisser se révéler et cela prend du temps-. Ils sont encore  pour la plupart frappés en plein accomplissement ; à quel âge, à tout âge, heureusement, il y a l’autre parent, un grand-parent,  un frère, une soeur, un oncle, une tante, un proche, puis un meilleur ami, un prof pour les récupérer, les relancer vers le ciel comme une hirondelle tombée au sol,  mais pour certains, il n’y a personne et la cellule coeur ne repousse plus....
-Mais dis donc tu  nous égares avec tes digressions là, ce film j’ai lu un résumé c’est sur la croyance des témoins de Jehovah... qui refusent les transfusions sanguines et My Lady la juge doit trancher pour sauver un jeune homme de 17 ans atteint de leucémie.
- c’est un prétexte,  c’est sur l’amour , on ne donne pas l’amour quand on donne la vie où l’on se rencontre, on l’initialise, il faut le confirmer après chaque jour, tout le temps, dans les changements de l’autre, il faut l’accompagner et non le diriger. 
Ma mère m’a dit cette semaine : tu n’es pas une manuelle !
 -?... si, j’ai bien repeint tout mon studio au 6ème : cuisine et chambre de bonne !?  -Oui mais à cette époque je te dirigeais encore ....














Revenons au film ! le jeune homme a 17 ans il est beau troublant exceptionnel son regard est amoureux et la femme  elle a entre 40 et 50 ans... Et son mari prof d’université ? Aussi.  -Mais avec son mari, ils  se quitteront ou pas ? 
Une de mes scènes préférées c’est quand au spectacle de Noël de tous les collègues de la cour de justice anglaise c’est classe : robe de soirée et smoking elle chante à son tour alors que ce n’était pas prévu... et joue au piano sa chanson, leur chanson,  à elle et au jeune homme  alors qu’elle n’est pour la soirée qu’accompagnatrice instrumentiste, et le regard de son mari dans le public  tout le long de la « prestation » même avant qu’elle ne chante quand elle est seulement au piano, il ne voit qu’elle et comprend qu’elle est bouleversée. L’autre, l’avocat chanteur ?   un ami comme on en a tant, qui ne pense qu’à lui malgré lui mais qui vous aime... avec son naturel...




Après le film je suis restée le plus longtemps possible dans le noir pour évaporer mes larmes pendant le générique et quand je me suis levée une jeune femme juste derrière moi
s’est levée à son tour Livia Léna je lui ai demandé son prénom je ne m’en souviens déjà plus... je lui ai donné le mien , je n’aime pas définir les gens sur leurs apparences 
mais elle avait un accent des lunettes un petit visage expressif derrière son type eurasien asiatique, nous avons parlé nous étions dans le même état contentes de pouvoir se dire un peu. J’ai conclu par : peut-être à bientôt elle m’a précisé qu’elle n’était pas du quartier qu’elle était venue là pour l’horaire.... Après j’ai attendu mon Pascal qui a beaucoup aimé Woman at war et donc nous nous sommes tout dit ou presque de nos films vus séparément, j’étais contente d’avoir eu raiso demasuggestion il était enchanté pour My Lady je n’ai pas insisté il le verra ou pas il ne faut pas diriger ceux qu’on aime... même si ? -Même si. 

dimanche 23 septembre 2018

Le tri des papiers va commencer... Delon Fau n’ont pas le même âge mais ils ont la même franchise, Michel Fau et Julie Depardieu à On n'est pas couché du 29/09/18 pour Fric Frac

Je ne sais pas si c'est parce qu'ils étaient là tous les deux mais l'émission était bonne, l'intégrale...
https://www.france.tv/france-2/on-n-est-pas-couche/on-n-est-pas-couche-saison-13/751083-julie-depardieu-et-michel-fau.html (ce lien ne fonctionne que 6 jours... mais après vous pouvez trouver la video sur You Tube
J’ai donc décidé de trier les cartons restant dans la cave,  de jeter les cassettes VHS et aussi les petites, celles audio, les miennes et celles de mon compagnon,  qu’on enregistrait,  ce qu’il en avait....pour donner à entendre, pour mémoire et pour partager ses goûts. Je me souviens d’une, sur laquelle, quelqu’un ? un ex ? j'aurais bien voulu qu'il le soit ! m’avait enregistré ses pensées : la nuit sur fond des  bruits de New-York, la nuit... le ramassage des poubelles, il était amoureux de ma meilleure amie, l'histoire de toute ma vie, j’ai dû la jeter... Et donc ce que j’ai fait le plus dans ma  vie  ce n’est pas jouer, c’est écrire, aimer aimer! Mais aussi glaner, enregistrer, copier... repiquer...

Un ami d’ami, comédien, m’a dit Michel Fau a donné une interview au JDD, il tape sur le théâtre de la Porte St Martin et les gens du métier, sans ce dandysme avec lequel il a toujours l’élégance de signer, ses interviews. Après lecture de l’article, Michel ne tape pas sur le Théâtre de la Porte St Martin ni sur Arditi Weber mais sur le théâtre qui l'ennuie et il a toujours fait cela. Et je suis d'accord avec lui les consensuels nous extirpent de nous mêmes..Et ce n’est pas avec la finesse des questions du Monde pour Alain Delon qu’on l’a interrogé dans le JDD, je me dis qu’ils ont tous les deux la même honnêteté en dehors des modes, des courants intellectuels, artistiques, voir politiques ils disent ce qu’ils aiment et décrivent ce qu’ils ont fait. Certes Delon par son âge a un angle de vue plus large mais Michel Fau a une culture encyclopédique, une connaissance artistique et un sens du dessin, de la couleur, de tout ce qui est artistique dans les techniques du spectacle allié, à un goût sûr pour l'art lyrique et la musique. C'est un hétéroclite.
Les journalistes du JDD posent des questions pour cueillir l’antagonisme, provoquer, quand va t’on arrêter de lui parler d’Olivier Py et/ou de devenir directeur d’un théâtre, et je rajouterais quand va t-on au cinéma arrêter de lui confier seulement des rôles liés au théâtre : directeurs, professeurs, producteurs, il peut tout jouer.
J’ai réussi à copier les deux entretiens  mais me les laisseront-ils, ces grands journaux…  dans leur intégralité, puisqu’ils sont réservés aux abonnés(le Monde) ou à être vus à condition de visionner une publicité(le JDD).
La différence entre les deux articles, c'est qu'au JDD, ils ne connaissent pas chaque jour de l'oeuvre de Michel Fau comme les journalistes du Monde connaissent toutes les images des films interprétés, pardon vécus par Alain Delon

Interview du JDD de Michel Fau 

A l’origine, nous lui avions proposé un entretien croisé avec Jacques Weber, qui joue le Tartuffe de Molière au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, à peine un an après lui et au même endroit. Mais Michel Fau, vexé, a décliné. Lorsque nous l’approchons, au Théâtre de Paris, où il répète son Fric-Frac, l’un des temps forts de la rentrée, il s’explique sans détour, porté par cette franchise un peu enfantine et tapageuse qui est la sienne. "Nous réunir n’aurait servi à rien, et puis je ne verrais pas son Tartuffe, cela ne m’intéresse pas…"
A ce point-là?
Je vois déjà ce qu'ils vont faire… Pour moi, Molière, c'est du théâtre baroque et non pas triste ou sérieux. Baroque, ça veut dire bizarre, cela induit une folie. Peter Stein [le metteur en scène du Tartuffe à la Porte-Saint-Martin] est loin de ça et il ne comprend rien aux alexandrins. On m'a dit qu'il avait coupé le texte! On peut penser que je suis dur de dire de telles choses, mais c'est réciproque : plein de gens n'aiment pas ce que je fais.…
Qu’est-ce qui trouve grâce à vos yeux en cette rentrée théâtrale?
Que ce soit dans le public ou dans le privé, je trouve que le théâtre devient extrêmement frileux, tiède. Ils jouent tous un peu comme à la télé ou au bureau, sans extravagance. A mes yeux, c’est aux théâtres des Bouffes-du-Nord et du Rond-Point qu’il se passe des choses encore un peu différentes.
Et au Théâtre de Paris?
C'est la première fois que j'y joue. Les directeurs me sont parus à la fois culottés et très respectueux du travail de chacun. Ils misent aussi bien sur une création de Marcial Di Fonzo Bo que sur une grosse machine avec Richard Berry. Cette ouverture me plaît.
Dirigeriez-vous un théâtre?
Mais pour quoi faire? Gérer des fonctionnaires et des grèves ? Mais quelle horreur! Je suis ravi de passer du public au privé au gré des créations. J'aime trop pouvoir changer de maison.
Vous montez Fric-Frac, boulevard connu pour le film avec Arletty et Fernandel. C'est la dimension sociale de la pièce qui vous attirait?
La peinture sociale me plaît, mais aussi que cette pièce soit pour moitié écrite en argot des années 1930, une langue très belle qui ressemble à du Céline ou à du Audiard. Et puis il y a la poésie de l'auteur : Édouard Bourdet ne verse pas dans le documentaire sur les bas-fonds, il préfère délirer sur des malfrats minables qui rencontrent des petits-bourgeois mesquins. Tous sont égoïstes et il y a quelque chose d'assez naïf et de poétique là-dedans. J'interprète une crapule, un loser, qui, avec son amie prostituée jouée par Julie Depardieu, arnaque un pauvre employé de bijouterie, Régis Laspalès.
Pourquoi avoir choisi Laspalès, dont l'univers peut sembler éloigné du vôtre?
C'est avant tout un acteur de théâtre et sa personnalité me plaît. Il a un côté inquiétant et il a inventé un phrasé qui n'appartient qu'à lui. J'aime les acteurs dont on reconnaît la voix. Régis a un jeu basé sur l'économie de moyens, quelque chose de rentré. Il pourrait sûrement jouer Harold Pinter. Je n'aime pas policer les acteurs ou leur interdire de faire les choses. Mon but n'est pas de changer Régis, plutôt de le mettre en valeur. De même, j'aimerais faire jouer Fanny Ardant parce qu'elle est étrange et insolente.
Il y a aussi Julie Depardieu et Émeline Bayart, deux actrices portées sur le chant, comme vous.
Oui, mais ici je pense à la musicalité de leurs voix parlées plutôt qu'à celles de leurs voix chantées. Tous ceux qui jouent dans Fric-Frac sont crédibles dans ce style très rétro où il faut savoir s'adapter à l'auteur. C'est tout un univers dans lequel il faut entrer. J'y tiens alors que dans le théâtre français, les acteurs jouent désormais tous pareil, réaliste, comme à la télé. Et pas seulement chez Joël Pommerat ou Ivo Van Hove. Même le boulevard va vers ce réalisme qui m'ennuie. Avant, quand tu voyais Darry Cowl ou Michel Serrault sur scène, tu voyais des fous, des possédés!
C'est l'avènement du théâtre prétentieux, selon vous?
Non, prétentieux je trouve ça très bien! Ce qui me dérange, c'est le côté raisonnable, sage et chic, où il ne reste que peu d'imaginaire et où il faut toujours ramener les grands textes à aujourd'hui et à une triste réalité déjà martelée aux actualités. Je ne dis pas que c'est mal, mais ça pose un problème. Je ne rêve pas d'un monde où il n'y aurait que des spectacles de Michel Fau, ce serait écœurant! Autant qu'un monde où Macbeth serait obligatoirement relié à Emmanuel Macron. Il faut plusieurs théâtres.
Et plusieurs publics?
Bien sûr! J'aime quand mes spectacles touchent des gens très différents, jeunes ou vieux, bourges et beaufs, théâtreux ou pas. Mais je ne sais pas non plus ce que c'est, le théâtre populaire. Je ne fais pas les choses en pensant à cela. Et puis je sais qu'on ne peut pas plaire à tout le monde car, comme disait Sacha Guitry, cela revient à plaire à n'importe qui.
Où en êtes-vous avec Olivier Py, dont vous étiez l'un des acteurs clés dans les années 1990?
On ne se parle plus. Je suis fâché avec tout le monde. Olivier, je ne comprends pas ce qu'il fait. Il n'écrit plus, il a vendu son âme… Qu'est-ce qu'il a présenté à part son spectacle sur les prisons depuis un an ? Qu'il fasse jouer des prisonniers, très bien, mais je trouve ça surprenant quand on dirige le Festival d'Avignon et que plein de comédiens ne travaillent pas. Il est tellement pris dans ses histoires de pouvoir, il cachetonne à l'opéra. Il n'a plus de temps de faire du théâtre.
Mais vous aussi, vous montez des opéras!
Oui mais pas cinq par an. Si je monte Ariane à Naxos l'an prochain à Toulouse, c'est parce que j'ai une passion ancienne pour Richard Strauss et que cet opéra me correspond car c'est une tragédie en même temps qu'une farce. De même La Belle Hélène, d'Offenbach [à Noël 2019 à Genève], dans laquelle je jouerai le roi Ménélas, ça va être drôle et délirant, car c'est une parodie de tragédie.
Dans le théâtre contemporain, qu'est-ce qui vous attire?
Monter un énième Tchekhov ou Lars Noren m'ennuie. Je préférerais faire quelque chose avec Vincent Macaigne. On l'a d'ailleurs envisagé. Ce n'est pas un metteur en scène raisonnable qui, comme Stéphane Braunschweig, cherche à expliquer les textes. Il ose la vocifération. Voir sa troupe s'agiter et essayer se dépasser, ça fait du bien, je trouve
Et le cinéma?
Il ne propose pas assez souvent de choses intéressantes. Je n'en fais que si ça me plaît, pas pour gagner ma vie. Mais j'ai eu de la chance cette année, j'ai joué un producteur porno, une crapule attachante dans L'amour est une fête, de Cédric Anger [en salles le 19 septembre]. Le film est très réussi, plein d'humanité et pas du tout sordide. J'ai aussi fait un savant fou fils de Jean-Pierre Léaud dans Alien Crystal Palace, d'Arielle Dombasle. Un long métrage déjanté, onirique, à l'image de sa réalisatrice! Arielle gagne à être connue, elle n'est pas du tout comme ces gens qui pensent tous la même chose comme s'ils avaient peur. Elle n'a pas d'œillères et fait du bien à ce métier.


Interview de Delon au Monde

De sa jeunesse agitée à ses aspirations actuelles en passant par ses plus grands films et ses rencontres décisives, Delon se raconte, sans fard et sans filtre.

Alain Delon est, à 83 ans, l’un des monstres sacrés du cinéma français et mondial, avec près de quatre-vingts films à son actif, plusieurs chefs-d’œuvre et de nombreux succès populaires. Il est aussi un acteur qui s’exprime rarement. Pour prolonger ce qui a été écrit dans nos pages en juillet, éclairer et commenter son parcours, dire comment il est parvenu à se tailler une place – unique – sur les écrans, préciser à qui il doit cette place et expliquer ce qu’il pense du cinéma d’aujourd’hui, il s’est longuement confié à notre journaliste.
Il en ressort un parcours exceptionnel et une approche singulière de ce que l’on appelle une carrière. Car rien ne le destinait à ce métier. Delon est un homme devenu acteur par accident, qui a appris film par film, en avançant. Ou plutôt qui n’interprète pas, mais « vit » ses rôles.
Nous l’avons rencontré longuement dans ses bureaux du boulevard Haussmann, à Paris. Il nous confirme qu’il ne fera plus de cinéma, ne voulant pas mener le combat de trop. Son retour au théâtre est en revanche programmé dans sa tête, sans donner de date, avec Le Crépuscule d’un fauve, de Jeanne Fontaine. Tout cela est exprimé avec des mots précis, non sans assurance, et presque sans regret. Et beaucoup de conviction.

Vous dites souvent que vos origines, votre famille, votre enfance n’étaient pas des atouts pour devenir acteur. Quand et comment tout commence-t-il pour vous ?
En 1952. J’ai 17 ans. Je m’engage dans l’armée, je pars en Indochine et j’y suis très heureux. Pour des raisons personnelles et familiales, je veux foutre le camp. Je suis mal dans ma famille. Mes parents ont divorcé. Je vis avec une mère et un beau-père d’un côté, un père et une belle-mère de l’autre. Je suis un gêneur, l’enfant de trop, le gosse entre deux couples, qui emmerde tout le monde. Vraiment. Je suis un enfant de l’amour, mais lorsque l’amour explose, chacun refait des enfants de son côté. Personne ne sait quoi faire de moi.
Je suis placé en nourrice à Fresnes. Le mari de ma nourrice est gardien à la prison. Je suis là quand ils fusillent Laval [président du Conseil sous Philippe Pétain], le 15 octobre 1945. Oui, je suis là. Non pas près de lui, mais nous savons tout. On se dit : « Il paraît qu’ils l’ont traîné, il ne pouvait plus marcher, puis ils l’ont fusillé. » Après, je me retrouve avec mon beau-père qui me casse la tête, veut me tuer, et ma mère fait une fille et un autre fils.
Je suis un branleur, je deviens charcutier, je travaille, en fait, partout. Je ne suis rien. J’ai autant envie d’être charcutier que ce que vous voulez. Tout cela fait qu’à 16-17 ans, je dis : « Je me tire. » Je vois dans les journaux ces publicités pour s’engager dans l’armée. Ma seule façon de me tirer, c’est l’armée. Je veux d’abord aller dans l’aviation, mais il faut attendre six mois ou un an. Je choisis donc la marine pour partir presque tout de suite. Je suis alors un des plus jeunes.

A 17 ans, vous pouvez vous engager sans l’autorisation de vos parents ?
Quand j’annonce ma décision à mon père, il m’embrasse tellement il est heureux. Je les remercie sur le coup. « Pourvu qu’ils me la donnent ! », me dis-je. Puis, après avoir réfléchi, je me dis : « Attends ! Qui donne son autorisation à son fils de 17 ans pour partir en Indochine ? » Voilà, c’est ma vie… Alors je leur en ai voulu longtemps. En fait j’en veux beaucoup plus à mon père.

Moins à votre mère ?
C’est tout de même ma mère qui m’a fait, et avec toute la vie qu’elle a eue… J’ai eu la vie qu’elle voulait avoir. Elle voulait être une actrice, elle avait ça dans le sang. Sa vie a tourné autrement et, jusqu’à sa mort, elle est heureuse, car j’ai réussi ce qu’elle voulait faire. Elle en était fière à crever. C’est émouvant d’ailleurs car, à la fin de sa vie, elle se fait appeler Mme Delon, alors qu’elle s’appelle MmeBoulogne, du nom de son deuxième mari.
La seule chose qui m’a manqué me manque encore, et me manquera toujours, c’est de ne pas avoir eu un frère ou une sœur pour parler un peu de ce qu’on a vécu. J’ai été un enfant de l’amour, mais un enfant unique.
« TOUT CE QUE JE SUIS DEVENU, JE LE DOIS À L’ARMÉE. ÇA VOUS PLAÎT, TANT MIEUX. ÇA NE VOUS PLAÎT PAS, TANT PIS »

Qu’apprenez-vous à l’armée ?
Je deviens différent. Je dois tout à l’armée en tant qu’homme. Je pars pour l’Indochine le 23 janvier 1953. Et j’en reviens le 1er mai 1956. C’est long, par moments. Et à d’autres, je suis heureux. Quand je dis ça, on me prend pour un fou. Mais je le redis : tout ce que je suis devenu, je le dois à l’armée. Ça vous plaît, tant mieux. Ça ne vous plaît pas, tant pis.
Je dois à l’armée la discipline, les rapports entre les autres, le chef, les sous-chefs, l’action, la peur. J’ai dû quitter l’armée après avoir fait des conneries. Je suis un cas rare, RDSF (« renvoyé dans ses foyers »), tellement j’ai emmerdé le monde. Les gens ne savent plus ce que c’est, un RDSF. J’ai un contrat de cinq ans, et ils me virent au bout de trois ans et trois mois.

Pourquoi êtes-vous « viré » de l’armée ?
Je suis un jeune garçon dans une base, un poste difficile, assigné à la protection de l’arsenal, à Saïgon. C’est une mission dure, tout se passe bien et rien d’autre. Disons que je fais des conneries avec des copains. Le 8 novembre 1955, je suis en prison. Je réalise alors que c’est le jour de mes 20 ans. Je me trouve à 20 000 kilomètres de ma famille et là, dans ma cellule, le jour de mon anniversaire, je verse une larme.

A chaque fois que vous tenez une arme à l’écran, on voit bien que vous n’avez pas appris cela la veille…
C’est certain. Ce n’est pas au cinéma que je commence à apprendre à tenir une arme.

Le métier de comédien, vous l’avez appris ?
Ma carrière n’a rien à voir avec le métier de comédien. Comédien, c’est une vocation. On veut être comédien comme on veut être chauffeur de taxi ou boulanger. On suit des cours, on fait des écoles, puis des conservatoires.
C’est la différence essentielle – et il n’y a rien de péjoratif ici – entre Belmondo et Delon. Je suis un acteur, Jean-Paul est un comédien. Un comédien joue, il passe des années à apprendre, alors que l’acteur vit. Moi, j’ai toujours vécu mes rôles. Je n’ai jamais joué. Un acteur est un accident. Je suis un accident. Ma vie est un accident. Ma carrière est un accident.
« JE TOMBE DANS CE MÉTIER GRÂCE À DES FEMMES. CE SONT ELLES QUI ME FONT FAIRE DU CINÉMA. CE SONT LES FEMMES QUI ME VEULENT, ME FONT, ME DONNENT TOUT, DES FEMMES TOMBÉES AMOUREUSES DE MOI »

Le cinéma hollywoodien produit, quasiment à la chaîne, ces accidents : Burt Lancaster, votre partenaire dans « Le Guépard » et dans « Scorpio », Lee Marvin aussi, ou, pour prendre un acteur de votre génération, Steve McQueen…
J’en connais plein, aux Etats-Unis, des acteurs qui sont des accidents. Ce sont des personnalités au service du cinéma. Je suis conscient de cette particularité. De ce point de vue, je suis plus américain. Encore heureux qu’il se produit de tels accidents. Sinon, je serais mort depuis longtemps.

Si vous n’apprenez pas, comment entrez-vous en relation avec le cinéma ?
Je tombe dans ce métier grâce à des femmes. Ce sont elles qui me font faire du cinéma. Ce sont les femmes qui me veulent, me font, me donnent tout, des femmes tombées amoureuses de moi. Elles ont, minimum, six ou sept ans de plus que moi. Je veux voir alors dans les yeux de ces femmes que je suis le plus beau, le plus grand, le plus fort, et c’est pour ça que je deviens acteur.
Je vous explique. Quand je rentre d’Indochine, en 1956, je ne sais pas quoi faire. Je pense que je vais mourir dans peu de temps, car je suis un voyou. J’en ai la mentalité. J’habite à Pigalle avec un copain, dans un hôtel qui m’a marqué. L’Hôtel Régina. Toute ma vie est marquée par le mot « Régina ». Je suis un « réginaburgien », car je suis originaire de Bourg-la-Reine. Mon père était le directeur du cinéma Régina.
Il y a un bar à côté de mon hôtel, un bar de voyous, Les Trois Canards. Au bout d’un ou deux mois, j’ai huit jeunes filles qui sont amoureuses de moi et qui veulent travailler pour moi. Ça vous va ? Si le cinéma n’arrivait pas là-dessus, je serais où aujourd’hui ? J’ai des femmes dans un certain quartier de Paris, et je dois devenir un maquereau. Mais, comme j’ai aussi des femmes dans un autre quartier de Paris, je deviens une star.

Qui sont ces femmes d’un autre quartier de Paris ?
Un jour, mon copain me propose d’aller faire un tour à Saint-Germain-des-Prés. Je lui demande : « Mais c’est quoi Saint-Germain-des-Prés ? » Il m’y emmène, rue Saint-Benoît, dans un hôtel du même nom. On me présente une femme, Zizi, qui est morte depuis. Elle tombe amoureuse de moi. Je la sors de son hôtel, et je l’emmène dans la boîte de nuit juste en face de la rue Saint-Benoît, où vont tous les acteurs.
Par Zizi, je rencontre Brigitte Auber, qui tombe dingue de moi – vous l’avez sans doute vue dans La Main au collet, d’Alfred Hitchcock. Elle est encore vivante, elle a 90 ans, je lui dois beaucoup, elle le sait. Je déménage chez Brigitte, qui me fait rencontrer Yves Allégret. L’épouse du cinéaste, Michèle Cordoue, tombe dingue de moi et dit à son mari qu’il faut me prendre pour le film qu’il prépare, Quand la femme s’en mêle. Voilà comment je commence dans le cinéma.
« TOUTE MA VIE, TOUTE MA CARRIÈRE. J’AI TOUJOURS VÉCU, JE N’AI JAMAIS JOUÉ » 

Le fait d’être « bien fait de votre personne », comme vous disiez, a-t-il joué ?
J’étais pas mal.

Comment se passe le tournage de votre premier film, avec Yves Allégret ?
Il me convoque chez lui, à côté de Marnes-la-Coquette, et je lui demande : « Qu’allez-vous faire de moi ? Je ne sais rien faire. Je ne suis pas un acteur, je suis un soldat. » Je refuse un rôle qu’il me propose. C’est pour cette femme, Michèle Cordoue, qui insiste auprès de moi, que j’accepte de faire le film.
Je me souviens qu’au tout début du tournage Yves Allégret me dit : « Ecoute-moi bien : ne joue pas, je veux que tu vives. Sois toi. Regarde comme tu regardes. Bouge comme tu bouges. Parle comme tu parles, c’est toi que je veux voir, ne joue pas. » Cette phrase m’a marqué, toute ma vie, toute ma carrière. J’ai toujours vécu, je n’ai jamais joué.

Entre votre premier film et votre consécration dans « Le Guépard », de Visconti, vous jouez dans dix films en à peine cinq ans. Comment une ascension aussi fulgurante est-elle possible ?
Je quitte l’armée en 1956. Quand la femme s’en mêle sort en 1957. A l’affiche de ce film d’Yves Allégret, il y a Edwige Feuillère, qui devient ma marraine en cinéma, et Bernard Blier, qui devient mon parrain. Je me souviens des mots d’Edwige Feuillère : « On n’arrête pas un cheval de course. »
C’est vrai que tout va ensuite très vite. Yves Allégret demande à son frère Marc de me prendre dans Sois belle et tais-toi, et il me choisit pour jouer avec Romy Schneider. C’est le moment où je rencontre aussi Jean-Paul Belmondo et Mylène Demongeot. L’année d’après, j’ai rendez-vous sur les quais, chez René Clément, qui prépare Plein soleil, avec les deux frères Hakim comme producteurs. Ils m’expliquent que Maurice Ronet doit jouer Ripley, l’assassin, et moi sa victime. Sauf que moi je veux faire Ripley et rien d’autre. On me traite de petit imbécile. « Vous êtes qui ? Vous êtes quoi ? », je réponds : « Je dis ce que je pense. Si vous voulez l’autre, prenez l’autre, mais pas moi. » Et puis, au fond de l’appartement, il y a Bella Clément, la femme du cinéaste, en train de faire la vaisselle, et elle lance : « Rrrené, le petit a rrraison. » C’était terminé. Plein soleil est un succès mondial, notamment au Japon, car il y a « soleil » dans le titre. Et là-dessus, Visconti dit : « C’est lui qui fera Rocco. » Mais c’est René Clément qui est à la base de tout, mon maître absolu.
« DÈS QUE JE ME TROUVE DEVANT UNE CAMÉRA, CELLE D’YVES ALLÉGRET, JE SENS QUE JE SUIS DANS MON ÉLÉMENT »

Vous étiez trop jeune, pourtant, pour jouer Ripley…
C’est exact.

Mais si le spectateur ne fait pas attention à l’écart d’âge avec votre victime, c’est parce que vous parvenez à le faire oublier…
Non, c’est grâce à René Clément. J’insiste, je n’ai aucune formation, rien. J’arrive d’Indochine, on me met une caméra sur la gueule, et j’enchaîne trois films. Ce qui est vrai, en revanche, c’est que, dès que je me trouve devant une caméra, celle d’Yves Allégret, je sens que je suis dans mon élément. J’ai l’impression que c’est pour moi, d’être né pour faire ça. Sans cette conviction, je ne serais pas là aujourd’hui.
Yves me dit « Sois toi », et je me sens dans ma peau. C’est ma vie. Je ne peux plus faire autrement. Tout a été plus extraordinaire ensuite que ce que j’aurais pu et dû faire. J’aurais dû mourir à 23 ans, à Pigalle. Et à 24 ans, je me retrouve là [il montre une photo de lui en compagnie d’Edith Piaf]. Ma vie est extraordinaire – en pension, en Indochine, en taule, au cinéma… Vous vous rendez compte ? Ce n’était pas écrit que je m’en sorte.

« Plein soleil » sort en mars 1960, exactement au même moment qu’« A bout de souffle », de Jean-Luc Godard. L’année précédente sortent sur les écrans « Les Quatre-Cents Coups », de François Truffaut, et « Les Cousins », de Claude Chabrol. Pourquoi n’avez-vous pas tourné avec les cinéastes de la Nouvelle Vague ?
Ce n’est pas compliqué. Ils ne veulent pas de moi. Carrément. Je suis un mauvais garçon à leurs yeux. Tous ces films que je fais en France et en Italie, avec Visconti, Clément, c’est ce que la Nouvelle Vague n’aime pas. J’essaie, à l’époque, de tourner avec certains. Mais ils ont une telle aversion à mon égard… Le Delon de Rocco et ses frères, ce n’est pas pour les cinéastes de la Nouvelle Vague.
Ils ont tellement cette conviction d’être le nouveau, le vrai et le seul cinéma que, pour eux, je suis un passéiste. Avec François Truffaut, il y a un jour une espèce de contact ; il essaie de m’approcher, j’attends son retour, et plus personne. Le seul avec qui je tourne, c’est Godard, pour justement son film Nouvelle vague. Mais c’est bien plus tard, en 1990, et en plus je crois que c’est grâce à moi qu’il arrive à monter son film.
Aujourd’hui, l’ironie ne m’échappe pas. Ils sont où, ces cinéastes ? Plein soleil, Rocco, Le Guépard sont des films qui tiennent le coup, c’est le moins que l’on puisse dire. Sans parler de Melville ou de Losey. Ce qui est vrai, c’est que j’ai souvent, à tort ou à raison, fait peur à certains metteurs en scène, parce que le bruit courait que je faisais tout, disais tout, cassais tout. Je suis désolé, mais je n’ai jamais dit à Visconti, Melville ou Clément où mettre la caméra. J’ai en revanche bougé quelques cons dans ma vie.

Que pensiez-vous de la Nouvelle Vague ?
Rien, si ce n’est que c’était un nouveau cinéma. Je connaissais les noms et puis c’est tout. J’aurais eu un contact avec un d’entre eux, j’aurais fait ne serait-ce qu’un essai, j’aurais pu avoir une idée, mais je ne les ai jamais connus et jamais vus.

Vous êtes un des rares acteurs à avoir joué dans deux films sur et contre la guerre d’Algérie, « L’Insoumis » (1964), d’Alain Cavalier, et « Les Centurions » (1966), de Mark Robson. Pourquoi ?
Est-ce que vous savez qu’en ayant fait la guerre d’Indochine je ne pouvais plus être appelé sur un autre conflit ? Sinon, compte tenu de mon âge, j’aurais été appelé en Algérie. Le sujet, la rencontre avec Alain Cavalier, tout cela me plaît, et c’est pour cela que je joue dans L’Insoumis, qui est aussi mon premier film en tant que producteur. Les Centurions, c’est par hasard. J’avais fait un brin de carrière aux Etats-Unis, et je suis alors très copain avec Anthony Quinn, Michèle Morgan et George Segal, qui sont mes partenaires dans ce film. Tout ce monde est mort. Mais revenons à L’Insoumis. Il y a quand même la scène de la fin…

Où l’on vous voit mourir au milieu des chevaux. Or, vous avez une passion pour les chevaux. Cette idée vous appartient-elle autant qu’à Cavalier ?
Elle m’appartient d’une certaine façon. Dans le dénouement de Quand la ville dort (1950), de John Huston, le personnage du truand, incarné par Sterling Hayden, éprouve le besoin de rentrer chez lui. Il tombe dans un champ, et les chevaux viennent l’entourer pour le regarder mourir. C’est en hommage à ce film que je fais L’Insoumis. La fin de Quand la ville dort est l’une des choses qui m’ont le plus bouleversé de ma vie. Cette fin… je me dis que je veux mourir comme ça. Je suis par terre et je pleure.

Jean-Pierre Melville, avec qui vous avez tourné trois films, est-il le cinéaste avec lequel votre relation de travail a été la plus fusionnelle ?
Disons que je comprends parfaitement ce qu’il a dans la tête, et inversement. Ça ne s’explique pas, ce petit miracle, même si j’y ai souvent pensé. La première fois, c’est en 1966, lorsque Jean-Pierre vient me voir chez moi, rue de Messine, où j’habitais avec ma femme, Nathalie, pour me parler du Samouraï. Il commence par me raconter l’histoire et, au bout de dix minutes, je l’arrête : « Jean-Pierre, il n’y a pas un mot de dialogue là-dedans, pas la peine d’aller plus loin. Je le fais. On le fait. » Je n’ai même pas eu besoin, sur le moment, de connaître la fin du film.

Justement, dans « Le Samouraï », vous dites à vos compagnons de table au poker : « Je ne perds jamais. Jamais vraiment. » Cette phrase, qui pourrait résumer votre carrière, l’improvisez-vous ?
Je ne peux vous le certifier, mais ce n’est pas impossible. Je me souviens très bien de cette scène, je me retourne vers la porte, je dis : « Jamais. Jamais vraiment. » Je fais une pause entre les deux phrases. Oui ça vient de moi, et Melville me lance : « C’est formidable. » J’ai senti que j’avais ce don du ciel.
Nous n’avons, Jean-Pierre et moi, aucune relation en dehors du travail, car nous sommes, les deux, toujours dans le travail. Il est sans cesse en avance d’un film, c’est pour ça que nous tournons aussi rapidement, pratiquement à la suite, Le SamouraïLe Cercle rouge, Un flic, et nous avions un quatrième film en projet, Arsène Lupin.
Melville m’adore comme acteur et comme homme. Il est, comme moi, très impressionné par le cinéma américain. Le chapeau, le col de mon personnage dans Le Samouraï, c’est lui. Je me plie à sa discipline, car je sens qu’il a raison.
Lorsque les Studios Jenner (Paris 13e), qui lui appartiennent et où il habite en famille, sont détruits par un incendie, durant le tournage du Samouraï, je reçois un coup de téléphone m’avertissant de la catastrophe. Je fonce sur les lieux, la police est déjà là, elle me reconnaît et me laisse passer. Je vois Jean-Pierre, sa femme, ses assistants. Il est en robe de chambre avec son chapeau sur la tête. Je m’approche de lui. Sa vie est en train de brûler, ses archives disparaissent, il me serre le bras et me confie : « Mon coco, notre oiseau… dans sa cage ! » Sa vie brûle, toute sa carrière brûle, et il est bouleversé par cet oiseau brûlé vif. Il ne pense qu’au piaf. J’ai cru que j’allais m’évanouir. Vous savez, Jean-Pierre est mort d’une crise cardiaque, dans un restaurant, et dans un éclat de rire. Vous vous rendez compte ? Je remercie le ciel de ne pas avoir assisté à ça, je ne m’en serais pas remis.
« J’ADORE “MONSIEUR KLEIN” À CAUSE DE ÇA. IL Y A TELLEMENT DE CHOSES DE MOI DANS CE FILM… »

Pourquoi, au milieu des années 1970, voulez-vous tourner « Mr Klein », qui aborde la question de la collaboration et la rafle du Vél’ d’Hiv ?
Parce que c’est un tabou et une tragédie. Personne ne veut alors de ce film, et moi je le veux tellement que je le produis avec Norbert Saada. Puis je propose à Joseph Losey de le mettre en scène. Et on le fait ! Qui ne connaît pas l’épisode du Vél’ d’Hiv ? Je suis né en 1935. J’ai 10 ans en 1945. Je ne suis pas con. Je vois tout, je comprends tout. J’habite alors Bourg-la-Reine, où ma mère est commerçante. Je livre des commandes de nourriture pour des gens qui me donnent en échange de quoi manger. Il y a, de l’autre côté de la rue, un commerçant qui passe la tête par la fenêtre pour regarder les Allemands passer, et il prend une balle dans la tête. Mort. Je vois, moi aussi, les Allemands passer. Je vois quarante femmes tenues par les FFI pour qu’on leur rase la tête. On me planque un moment à Reims, puis du côté de chez Jean Gabin, en Bretagne, chez des amis, car mes parents ont peur pour moi.
Je connais également le Vél’ d’Hiv avant qu’il ne soit détruit. L’enfant que je suis est un admirateur de Fausto Coppi et, aujourd’hui encore, je possède à la campagne un de ses vélos. Quand on tourne Monsieur Klein au vélodrome de Vincennes, je suis bouleversé. La reconstitution est formidable.

Robert Klein est un collectionneur d’art, qui prospère durant l’Occupation en achetant à vil prix les biens des juifs cherchant à fuir le pays. Au début du film, on voit votre personnage s’emparer d’une toile d’Adriaen van Ostade et l’admirer. Son plaisir, c’est un peu le vôtre ?
C’est, pour beaucoup, moi dans la vie. J’adore Monsieur Klein à cause de ça. Il y a tellement de choses de moi dans ce film… Mon amour des tableaux, ce rapport ambigu avec les gens, cette espèce de jeu où je suis Monsieur Klein sans savoir pourquoi. Etre et ne pas vouloir être, tout en l’étant.
A la fin, qui est fabuleuse, lorsque je traverse la foule au milieu du Vélodrome d’hiver, je sais très bien vers quoi je me dirige. Michael Lonsdale, qui joue le rôle de mon avocat, me court après pour m’annoncer qu’il a réuni les papiers prouvant que mon personnage n’est pas juif, et pourtant je me dirige vers le couloir de la mort. Je dis : « Laisse-moi y aller. » J’y vais, je sais où je vais, dans un train de déportés, puis vers un camp d’extermination. Ce sont des choses à moi, très personnelles.
Mais je prends quel risque en faisant ce film ? Celui de traverser le Vél’ d’Hiv pour aller mourir ? Ce film est magnifique, ceux qui l’ont vu l’ont adoré parce qu’il dit les choses exactement. Mon personnage, Robert Klein, va jusqu’au bout. Sinon, je ne fais pas le film. C’est mon devoir d’homme de vivre ce rôle.
Comme pour toute ma carrière d’acteur, dès l’instant où je fais Monsieur Klein, je vis Monsieur Klein. Je ne joue pas ma sortie au Vél’ d’Hiv. Je la vis. Si je la joue, j’aurais peut-être été mauvais. Encore une fois, tout ce que j’ai fait, je l’ai vécu.

Et vous êtes collectionneur d’art, comme votre personnage…
C’est l’instinct. Je commence par acheter des dessins, puis les dessins m’amènent à la peinture. Je suis fasciné par les dessins, car ils sont le premier jet. Dans ce registre, personne ne m’a rien appris. Après, j’ai des amis qui me conseillent – par exemple Claude Aubry et Pierre Cornette de Saint-Cyr. Je passais ma vie à faire l’aller-retour entre Paris et Londres pour suivre toutes les ventes aux enchères. J’ai vendu, il n’y a pas longtemps, une collection de bronzes de Bugatti, et, un peu avant, une collection d’art contemporain. J’ai gardé ce que j’aime, le XIXe siècle et le début du XXe siècle, j’ai gardé Géricault, Millet, Delacroix. Tout est parti de là, de leurs dessins.
« AUJOURD’HUI, QUI ÉCRIT POUR DES STARS ? PERSONNE. ILS ÉCRIVENT POUR DU POGNON, SUR UN SUJET »

Pourquoi avoir acheté aux enchères l’original de l’appel à tous les Français du général de Gaulle ?
Par respect et amour pour de Gaulle. Quand je vois que ce document est mis en vente par un commissaire-priseur français et qu’il peut partir en Amérique du Sud, je suis révulsé. Je l’ai acheté et offert. C’est de Gaulle, quand même. J’ai une passion pour le général. Tous les 18 juin, je vais dans sa ville de Colombey-les-Deux-Eglises [Haute-Marne].

Le cinéma d’aujourd’hui est-il taillé pour des stars comme vous ?
Le cinéma a changé, les stars ont changé. Avant moi, il y a Jouvet, Gabin, Montand. A mon époque, qui n’est plus royale, je rencontre en tant que môme des auteurs comme Michel Audiard ou Pascal Jardin, qui écrivent pour des stars.
Je vais vous dire, quand je commence, en France, on est cinq copains, les cinq doigts de la main, Jean-Paul Belmondo, Jean-Pierre Cassel, Jean-Louis Trintignant, Jean-Claude Brialy, et le petit dernier, tout jeune, Alain Delon. Jean-Claude est mort. Jean-Pierre est mort. Trintignant va très mal. Jean-Paul va bien, mais finir sa carrière comme lui, c’est dur. Quand Jean-Claude et Jean-Pierre sont morts, cela me fait beaucoup de mal, et lorsqu’un autre partira, cela me fera encore plus de mal.
Aujourd’hui, qui écrit pour des stars ? Personne. Ils écrivent pour du pognon, sur un sujet. Gabin dit un jour : faire un film, ce n’est pas compliqué, il faut un sujet, et si vous avez le sujet, vous avez l’argent, la production, les acteurs. J’ai l’impression qu’aujourd’hui la seule chose qui manque c’est le sujet.
A l’époque, Audiard écrit pour Gabin. Je ne parle pas pour moi, je ne suis plus dans le coup, mais, aujourd’hui, qui écrit pour qui ? Je vous pose la question sur la disparition des stars. Est-ce lié à l’époque, ou est-ce le cinéma d’aujourd’hui qui a pris un virage ?
Dans ma jeunesse, on va dans une salle, avec des fauteuils rouges, avec sa fiancée, on s’assoit, on regarde un film et on rêve. On veut voir et être Ingrid Bergman. On va au cinéma pour voir ce qu’on n’est pas et qu’on ne sera jamais. On quitte la salle, on a vu quelque chose d’extraordinaire. Maintenant, tout le monde ressemble à tout le monde dans les films.

Y a-t-il tout de même des comédiens, après vous, dans lesquels vous vous reconnaissez ?
J’aimais beaucoup Patrick Dewaere, il s’est tué. Il y a Depardieu, bien entendu. J’aime assez Vincent Cassel, le fils de Jean-Pierre. En dehors de ça… On me dit : « C’est normal, les grands acteurs et actrices peuvent revenir dans deux cents ans. » Mais je ne serai plus là ! Il faut que les époques évoluent, changent, m’explique-t-on. Très bien, mais je ne serai plus là. De toute façon, j’ai abandonné tout cela depuis longtemps. Et j’ai eu de la chance de travailler avec des génies.
« AUJOURD’HUI, JE NE VOIS PAS QUI POURRAIT ME FAIRE FAIRE UN FILM. OU ALORS IL FAUT ME PRÉSENTER UNE HISTOIRE À CREVER »

Avez-vous senti, à partir de la fin des années 1970, que vous ne retrouviez pas les maîtres avec lesquels vous aviez travaillé ?
Et comment ! Quand vous avez travaillé avec Clément, Visconti, Losey, vous sentez bien qu’il se passe quelque chose par la suite, qu’il y a un vide, alors vous faites le complément. Ces maîtres m’ont manqué, alors j’ai fait la différence, comme si j’étais acteur et metteur en scène – je l’ai été. Je suis devenu, un peu, le maître, avec des cinéastes comme Jacques Deray et Pierre Granier-Deferre.
Je tourne six films avec Deray, mais c’est moi qui fais tout, les produis. C’est moi qui finis par imposer Romy Schneider sur La Piscine. On me sort une sublime Américaine ou Monica Vitti pour jouer à sa place. Je dis : « Vous me faites chier, c’est Romy ou alors il n’y a pas de film. » Je le dis parce que je sais de quoi Romy est capable. Je sais aussi qu’elle est décadente, paumée, n’a plus rien à faire. Donc je lui dis : « Ecoute, tu vas être sublime. » Deray est entièrement d’accord avec moi. Quand La Piscine sort, personne ne vient me voir pour me dire : « Nous nous sommes trompés, vous avez raison. »
Toujours est-il qu’à la suite de ce film, Claude Sautet vient chercher Romy pour Les Choses de la vie. Je suis tellement heureux et fier de m’être battu… J’ai, à cette époque, le pouvoir de dire : « Je vous emmerde. Machin, je n’en veux pas. » J’avais déjà imposé mes désirs, sans en avoir le pouvoir, sur Plein soleil, devant les frères Hakim. S’il n’y avait pas eu Mme Clément au fond, je ne serais peut-être pas là.

Les parfums Christian Dior utilisent, pour une publicité, votre portrait tiré du film « Les Aventuriers » (1966), de Robert Enrico. comme si la marque ne pouvait trouver un autre acteur…
C’est vous qui le dites.

Pour vous, le cinéma, c’est terminé ?
Oui, oui, oui. J’ai toujours été marqué par ce qu’on appelle en boxe le « combat de trop ». Je ne veux pas faire le combat de trop. J’ai une carrière tellement exceptionnelle que je ne veux pas faire le film de trop. Les cinéastes avec qui je pourrais tourner sont morts. J’ai arrêté il y a dix ans déjà avec Astérix. Qu’est-ce que vous voulez que je foute ? Comme disait Gabin, si l’on m’apporte aujourd’hui un film, mais qui ? Avec qui ? Luc Besson ? Il sait depuis longtemps que j’ai envie de travailler avec lui, mais j’ai appris qu’il a une sorte de crainte. Il a peur ? Je ne sais pas. Polanski ? Il n’a pas pris contact avec moi.
Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? On a raconté tellement de choses sur moi. Comme si c’était moi qui avais fait tous ces films géniaux. Avec Clément, avec Visconti, avec Melville, j’ai fermé ma gueule, j’ai fait ce qu’on me demandait et du mieux que je pouvais. Je n’ai jamais dit à Visconti et à Clément comment me placer. Je suis capable de faire n’importe quoi aujourd’hui. Mais il faut vraiment – excusez-moi – que je bande ! Sinon, j’en ai rien à foutre. Je vous jure, aujourd’hui, je ne vois pas qui pourrait me faire faire un film. Ou alors il faut me présenter une histoire à crever.
« J’AURAIS VOULU, AVANT DE MOURIR, FAIRE UN FILM SOUS LA DIRECTION D’UNE FEMME. VOUS VOUS RENDEZ COMPTE, ÇA NE M’EST JAMAIS ARRIVÉ » 

Le théâtre ?
J’ai en effet l’intention, avant de partir, de jouer dans une pièce qui s’intitule Le Crépuscule d’un fauve, de Jeanne Fontaine. J’attends d’être rétabli physiquement. J’espère faire cela très vite. C’est une très belle pièce. Le fauve ici, ce n’est pas Alain Delon, c’est le personnage, un ancien divisionnaire du Quai des orfèvres qui, dans un braquage, se prend une balle dans la colonne vertébrale, il est complètement cassé, il prend sa retraite, c’était un vrai fauve.

Un regret ?
Il y a une seule chose, mais ce n’est pas pour ça que je tournerais, qui m’a manqué et me manquera toujours : j’aurais voulu, avant de mourir, faire un film sous la direction d’une femme. Vous vous rendez compte, ça ne m’est jamais arrivé. Il y a Lisa Azuelos, Maïwenn, je l’ai dit à tout le monde, personne n’a bougé. Je l’ai dit, écrit, personne ne s’est manifesté, elles doivent avoir peur.

Comment avez-vous regardé le mouvement #metoo ?
On a l’impression qu’on ne sait pas quoi dire, quoi écrire et, dès qu’il se passe quelque chose, on fait un machin. Le harcèlement n’est quand même pas né avec le producteur Harvey Weinstein… Avec Weinstein se pose la question de l’autorité. Il est le patron avec douze secrétaires, dont trois qui l’excitent. Là, il méritait de se prendre une grande claque dans la gueule. Mais, au-delà, on ne peut pas nier qu’il y a des femmes qui vont vous jeter un pot de fleurs sur la tête et d’autres qui vont accepter.
Je peux aussi vous affirmer que j’ai été victime de harcèlement quand j’étais plus jeune. Il y a deux ou trois femmes qui me sont tombées dessus. Je l’ai accepté, j’ai été heureux et je n’ai pas appelé la police. J’étais comme ça quand j’étais à Pigalle, je n’ai pas appelé les flics.

Vous faites partie des deux cents personnalités qui ont lancé un appel dans « Le Monde » pour sauver la planète. Votre nom en bas d’un texte est rarissime. Pourquoi celui-ci ?
Nous sommes un paquet à avoir signé. Mais c’est vrai, je signe rarement. La raison en est toute simple. Cela n’a rien à voir avec le départ de Nicolas Hulot du gouvernement. Je sens vraiment, même si je ne le verrai pas, car je serai parti avant, que les hommes – je parle de ces abrutis de mecs – sont en train de tuer le monde, de le pourrir et qu’il va s’écrouler un jour, dans cinq ans, vingt ans, quarante ans. J’en suis persuadé.
Regardez de quelle manière on vit, ce qui se passe, on a l’impression d’un lent suicide, mais je serai parti, car la catastrophe ne se produira pas l’année prochaine. Sauver la planète du réchauffement climatique est une chose, mais ce n’est pas tout. On a l’impression que Hulot ou qui vous voulez ne peuvent rien faire.
On est la France, c’est-à-dire un petit pois à l’échelle du monde. Il faudrait que tous les petits pois se réunissent pour sauver le ballon. Demain, Hulot, ou un autre, que vont-ils pouvoir faire si le monde n’en a rien à foutre ?
Tel que c’est parti, je ne vois pas ce qui sera possible. J’ai des enfants, des petits-enfants, ça va être terrible avec l’époque nouvelle. Ça va finir où ? Je ne regretterai pas de partir. Je regretterai la vie que j’ai vécue. Mais je ne sais pas comment mes enfants vivront la leur.

Dans beaucoup de vos films, vous disparaissez à la fin…
Oui, les gens me disaient tout le temps : « On vous voit mourir dans tous vos films. » On me voit mourir, car je sais mourir. Un héros doit toujours savoir mourir. J’adorais mourir, car c’est un point final.