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dimanche 3 novembre 2024

Sketches Radiophoniques de Tristan Bernard 1930

Pour des aveugles invisibles 

Édition La Petite Illustration 11 Octobre 1930


C'est par le plus grand des hasards, je dois le dire, que j'al été prls d'une passion subite pour la radiophonle.

Un agent d'une maison de T. S. F. m'avait donné un appareil à l'essai. Les mélomanes de mon entourage, chaque fois que nous restions le soir à la maison, s'enivraient de musique.

Quelquefols ils écoutaient des pièces en simple langage parlé qui nous arrivaient de différents points de Paris, ou de Lille, ou de Toulouse.

On m'avertit un jour qu'un poste d'Etat avait inscrit dans son programme une de mes pièces.

Je me disposai, avec un peu de méfiance, à l'écouter. Or, j'eus beaucoup de peine à la comprendre.

Pourtant, j'ai de la mémoire. Mais qu'en ont pensé les autres auditeurs ! Ils ont dû tourner le bouton et passer à un autre poste,

Les personnes qui organisaient cette audition radiophonique avaient choisi un peu au hasard les acteurs qui devaient interpréter mon petit acte C'étaient des comédiens de talent, mais les voix étaient mal « assorties » et parfois se ressemblaient trop. Et, comme on ne voyait pas les personnages et rien ne vous disait qu'un tel était entré en scène et que tel autre n'y était plus, il en résultait une certaine confusion.

C'est à la suite de cette expérience que je résolus d'adapter des pièces ou d'en écrire de spéciales à l'usage de la T. S. F. en partant de cette idée très simple que ce public d'écouteurs ne voit pas les acteurs, ni l'endroit d'où ils parlent et sont censés gesticuler.

Il fallait donc écrire du théâtre pour aveugles et faire en sorte que le dialogue même créât le décor dans les imaginations des auditeurs.

Je dois dire que ces premiers essais furent assez appréciés, si j'en juge par les lettres très nombreuses des auditeurs. Cependant, je fus violemment attaqué par les « techniciens» de la T.S.F.

Car, aussitôt qu'apparaît une invention nouvelle, il se forme tout de suite des techniciens. Leur expérience est forcément un peu récente, mais ils n'en prennent que plus d'autorité, au moins à leurs propres yeux.

Si vous alliez trouver un ouvrier des «Gobelins » et si vous lui faisiez des remontrances sur son travail, il vous rirait au nez et il aurait raison. Car son métier est vieux de cinq siècles. En le pra-tiquant, une longue suite de générations ont pu acquérir l'expérience nécessaire. Elles ont enregistré un grand nombre de réussites et se sont instruites tout autant par la notation d'un assez grand nombre d’erreurs,

Donc dès mes premiers essais, les techniciens me reprochèrent de m'improviser auteur radio-phonique. A quoi je répondis humblement que j'étais venu depuis peu à la radiophonie, mais que depuis quarante années je ne faisais pas autre chose que de chercher à atteindre le publie et à l'intéresser.Or, Les moyens d’expression ont beau être différents, l’homme du public ne change pas, qu’il s’appelle spectateur ou qu’il s’appelle auditeur. Les facultés d’attention sont modifiées et c’est ce dont il faut tenir compte. Mais, cela, c'est l'affaire des auteurs, et non des ingénieurs, A chacun ses « oignons ».

Dressons d'abord un petit tableau :

Trois arts jumeaux et différents :

Le cinéma muet, qui ne s'adresse qu'aux yeux.

La radiophonie qui ne fait appel qu'à des écouteurs. Entre les deux, un art qui se fait à la fois voir et entendre, le Théâtre, ou, si vous voulez, le film, parlant qui est du théâtre, imprimé, fixé sur la pellicule.

Puisque en écrivant pour la radiophonie on doit se dire que l'on s'adresse à l'imagination des auditeurs et ne point oublier qu'ils ne voient point nos personnages, c'est à l'auteur de réaliser un dialogue suffisamment évocateur pour pouvoir se passer de décors réels. Dans cette tâche, il faut que l'écrivain compense l'infirmité de ses ressources par un plus grand effort d'ingéniosité, grâce auquel il remédiera à l'insuffisance, au néant de la réalisation matérielle par la richesse de l'évocation. Je dis bien : la richesse, car on s'aperçoit que ces ressources précaires deviennent illimitées et que l'on peut créer avec des mots des décors imaginaires qui, s'ils étaient de bois et de toile, coûteraient des millions de francs. Les constructeurs de châteaux en Espagne sont des architectes admirables quand on sait les utiliser.


Nous avons actuellement une belle pléiade d'auteurs dramatiques, Chaque fois que je rencontre un de ces écrivains, je l'engage avec ardeur à travailler pour la radio. Je suis sûr qu'il y trouvera l'occasion d'un entraînement excellent. Car il s'habituera à donner à ses mots le maximum de sens évocateur: Et ceci ne lui sera pas inutile, même quand il n'écrira pas pour la T.S.F.

La Société de radiophonie française, ou, si vous préférez radio Paris, a mis à par mon bon confrère, Jean Bouchor  et, pour la mise en scène, par Georges Colin, qui n'a pas seulement un grand talent de comédien, mais une curiosité fervente pour ces questions nouvelles. J'ai eu à ma disposition, comme interprètes, des artistes de haute valeur. C'est ainsi que j'ai pu diffuser un certain nombre de sketches dont une grande partie est publiée aujourd'hui dans L'Illustration.

Nous reprendrons, je pense, la saison prochaine ces expériences. Dans mes voyages d'été, j'ai recueilli, sans les chercher, de nombreuses approbations. Les auteurs qui me suivront verront comme il est émouvant d'étendre ainsi sa clientèle..

Mais je n'entreprendrai une nouvelle série d'études que lorsque nous aurons constitué une bonne collection de « bruits ». Actuellement, à ce point de vue et même dans des studios étrangers dont on nous vante de loin la perfection, la réalisation des bruits n'est pas au point. Car elle présente des difficultés qu'on ne soupçonne point au premier abord.

Quand vous suivez dans un appareil de T.S.F. un beau concert instrumental, vous entendez, après chaque morceau, les applaudissements nourris de la salle. Vous savez que ce sont des applaudissements. Mais il faut le savoir. Car cela se traduit par une espèce de crachement féroce, par un ronfiement rauque et bizarre qui ressemblent peu à une marque d'enthousiasme.

De même, il ne suffit pas de tirer un coup de feu à proximité de l'appareil pour que les auditeurs entendent un vrai coup de feu. On a enregistré dans des phonographes des bruits de gare authentiques qui cessaient, à la réception, d'être des bruits de gare. Vous me direz que certains appareils récepteurs rendent plus exactement les bruits que les ondes leur apportent.

Admettons que ces erreurs soient le fait non de l'appareil émetteur, mais de l'appareil récepteur et qu'on arrive à améliorer les récepteurs de façon à ce qu'ils ne dénaturent point les bruits qu'on leur confie, la question ne sera pas encore tout à fait résolue.

Il y a certains bruits que nous ne reconnaissons pas, même s'ils sont fidèlement rendus. Ainsi le bruit de la rue. Dans la vie, nous l'entendons constamment, mais nous ne l'écoutons pas. Rappelez-vous ce jeu de votre enfance qui consistait à se boucher du doigt, puis à se déboucher les oreilles, et cela plusieurs fois de suite. Nous entendions comme un bruit de soufflet de cheminée par les oppositions successives de silence et de bruit. Alors nous arrivions à prendre conscience du brouhaha de la rue.

Il se fera peu à peu chez le public une éducation de l'oreille. Il faut qu'il apprenne à entendre, puis à écouter. J'ai reçu, à propos de certains des sketches que vous allez lire, des observations d'amateurs déjà exercés de la T.S.F. et qui me reprochaient d'écrire de temps en temps pour la radio des pièces à péripéties un peu violentes, au lieu de leur présenter constamment des comédies. Je leur ai répondu que tous les auditeurs n'étaient pas encore également entrainés à l'écoute et qu'il fallait parfois fixer et retenir un peu brutalement leur attention. Le public de la T.S.F. endurerait difficilement certaines tirades qui lui paraissent déjà un peu longues au théâtre, alors que, là au moins, la salle entière s'entr’aide à les supporter.

S'il s'agit de faire rire, les lois du comique ne sont pas les mêmes qu'au théâtre, car le rire est contagieux. Il est plus facile d'amuser, de réjouir des spectateurs assemblés que des auditeurs dis-persés.

J'en ai fait l'expérience devant des publics populaires où j'avais devant moi des auditeurs pleins d’intelligence et de bonne volonté. Tous n’avaient pas été aussi souvent au théâtre. Leurs fins d’esprit n’étaient pas également exercé… Une bonne histoire du folklore, bien éprouvée, déclenchait tout de suite une cinquantaine de rires. Puis arrivait à un cinquième de seconde un train dédoublé de deux cents personnes... Après cela, le reste de la salle entrait en joie. Cette espèce de groupement, de rassemblement du public ne peut se faire à la T.S.F. où le contact n'existe qu'entre les auditeurs installés dans une même chambre. Et encore là ne se produit-il pas d'une façon si puissante et aussi « entrainante » que dans une salle nombreuse.

L'auteur comique doit tenir compte de cela.

J'ai songé, au lieu d'annoncer des causeries pour les auditeurs de Radio-Paris, à leur faire dire que nous enregistrions pour eux des conférences faites devant des spectateurs. A cet effet, j'aurais constitué dans l'auditorium une bonne équipe de rieurs à qui j'aurais fait répéter leurs rôles une dizaine de fois, de façon à obtenir des éclats de rire sonores et qui parussent bien spontanés. Mais je ne sais même pas si avec ce renfort artificiel, analogue à la claque de théâtre, nous entraînerions suffisamment tous nos auditeurs isolés. Il faut donc avoir recours à une autre sorte de comique.

Et peut-être cette contrainte, cette recherche, comme beaucoup de contraintes et de recherches seront-elles fécondes en bons résultats.,

TRISTAN BERNARD.


P.S nous avons supprimé, dans les sketches, qui suivent, le plus possible d’indication de gestes ou de mouvement de scène, afin de placer le lecteur dans la situation exacte, où se trouvait les auditeurs, aveugles de ces comédies.







dimanche 31 mars 2024

Averroes et Rosa Parks

Averroes(philosophe et médecin arabe du 12 ème siècle)  et Rosa Parks : ce film doc de Nicolas Philibert : « a 2 m de mon lit je suis à l’étranger » graffiti sur un des murs de cet immense hôpital.
Les êtres sont tellement vrais o mon dieu ce que j’ai ri de cette relecture de la « folie » avec ces questions qui fusent dans les réunions avec les soignants on rit on pleure mais jamais au dépends des êtres. 
Les plus convaincants ?!  tous ont chacun la conscience de leur solitude, de la précarité qui les attend dehors, la revendication de leur mal et la double peine : la vieillesse la solitude. Oh je ne les oublierais jamais ils sont si bien filmés Ils sont comme ceux que j’ai rencontrés dans le service fermé de l’hôpital de Sarlat. Ah comme il faudrait plus de soins de soignants de lieux comme l’Adamant(autre film doc du même réalisateur, collecteur de profonde humanité) . Mais combien ceux là font leur maximum ! comme ceux d’ailleurs. 
J’ai vu ce film à l’Arlequin la salle n’était pas pleine, les salles de ce cinéma à l’ancienne sont grandes belles on y respire on peut même y parler prendre un café au foyer. Mais ce que je puis vous assurer c’est que le partage est garanti des émotions des rires affranchis de tout jugement comme celui pour cet homme encore jeune passé par toutes les écoles études et qui parle une demie dizaine de langues polyglotte et qui se sent prêt à révolutionner l’enseignement et nous fait y croire. Et qui a besoin de retourner en Inde pour les ondes de tous les autres mondes et de ses vies antérieures…. Ce film dure plus deux heures et on s’ennuie pas une seconde et on voudrait rester avec eux encore un peu… et avec cette jeune fille qui veut se consacrer à transformer sa vérité en art….


Oui ce film me fera tenir debout comme « éclaireuse » dans ma vieillesse. Merci Nicolas-Philibert #averroesetrosaparks



Allez voir mais je l’ai dit déjà ici : Une famille et sur FB je suis restée plus nuancée frustrée pour Pas de Vagues 
Là un podcast sur Rebecca Manzoni j’en ai pas perdu une miette même si elle habite à St Ouen près du Stade Bauer et je suis un peu jalouse….pas vrai pas de cela seulement. La jalousie c’est animal mais comme eux les animaux d’accord certains savent en rire

Photo via @jeanlucmessina

dimanche 26 novembre 2023

Un article sur BARBARA ma chanteuse dans Télérama

 
Barbara cet hommage article date de 10 ans, pourquoi ne l’ai-je jamais publié sur mon blog…
Parce qu’il était cookie collé et que j’aurais voulu ressembler à cette photo…. Et commencer à écrire comme toi après la mort de mes « idées noires » qui sait c’est un premier souffle pour effacer le temps perdu dit-on mais toutes deux nous savons qu’uni fruit doit mûrir vieillir se gâter pour être rendu à la terre….
CHERCHER LA FEMME
La Petite Cantate à son amie disparue.
Un chant d'amour aux étudiants de Göttingen.
L‘inceste, sans doute, dans l’Aigle noir...
On la disait mystérieuse. Pourtant, elle livrait tout dans ses chansons.

Par Valérie Lehoux
Le 24 novembre, cela fera quinze ans que Barbara a disparu. Ses chansons, elles, restent étonnamment vivantes. On les entend dans des films, et dans la voix de jeunes interprètes, de Daphné à Mika (!), qui ne finissent plus de s'en emparer. C'est simple : de tous les géants de la chanson, Barbara est de loin celle que l'on chante le plus. A Paris, en ce moment, au moins quatre spectacles la célèbrent. Et on ne compte plus ceux, comédiens, cinéastes, romanciers ou même politiques, qui la citent comme une référence. Pourquoi, alors que les radios ne la diffusent quasiment plus ?

Parce que la femme, d'abord, reste un modèle de liberté : à une époque où les chanteuses interprétaient des textes d'hommes, elle fut l'une des premières à endosser les siens.1
Contre toutes les normes des années 1950 et 1960, elle imposa aussi une image : une étrange silhouette de grand oiseau noir et un visage anguleux, mystérieux, aux antipodes des blondes au nez retroussé. Les trois décennies suivantes, elle osa enfin rompre avec les lois du showbiz et de la promotion, pour ne plus chanter que lorsqu'elle en avait envie, sans forcément sortir un disque ou s'afficher sur les murs des villes. Un demi-siècle plus tard, tant d'audace et de détermination restent exemplaires.

Mais si, au-delà du personnage, l'œuvre demeure à ce point vivace, c'est que rien, encore, n'a pu en altérer la puissance. Barbara ne chantait pas pour se distraire ou pour gagner sa vie, mais pour se relever des outrages qu'elle avait subis : l'inceste, d'abord, puis la fuite subite d'un père qui ne s'expliqua jamais, ni ne lui demanda pardon. C'est d'ailleurs à sa mort que Barbara se mit à écrire, chaque mot devenant un pas de plus sur le long chemin de sa reconstruction. Son moyen d'avancer, et finalement de vivre. Voilà pourquoi, quand elle chantait son enfance, ses amours ou ses deuils, on y percevait tant d'urgence et d'intensité. Barbara faisait de la chanson une absolue nécessité, renvoyant chaque auditeur à sa propre vérité. Dans un documentaire télé diffusé cette semaine 2, la chanteuse Camille le dit très justement:
« Elle vous raconte son histoire avec tellement de force, que vous êtes obligé d'entrer en vous-même, avec la même force. »
Mais autant sur scène Barbara se donnait, autant ailleurs elle se dérobait. Aux journalistes troublés qui l'interrogeaient sur son inspiration, elle lançait, bravache, «je n'ai aucune imagination!», se gardant bien d'en dire davantage… Longtemps, les chansons se seront donc passées de toute explication. Depuis, on a découvert quelques-uns de leurs secrets —elle-
même en a livré dans ses Mémoires inachevés 3. Voici un peu de sa vie, en une dizaine de chansons toujours très actuelles.  



«NANTES» 1959

Dix ans après s'être volatilisé sans laisser d'adresse, son père meurt à Nantes. Barbara, qui chante déjà à l'Ecluse mais vit encore, très chichement, chez sa mère, décide aussitôt de se rendre à Nantes, où elle n'est jamais allée. Ce voyage, elle le raconte dans une chanson qu'elle mettra trois ans à terminer. Elle l'interprète pour la première fois en novembre 1963, au Théâtre des Capucines, à Paris, lors d'une soirée réservée aux jeunes artistes. Dans le public se trouve la journaliste Denise Glaser, tellement bouleversée qu'elle décide de l'inviter dans son Discorama, émission detélévision mythique, et de fabriquer une fausse pochette pour cette chanson qui n'existe pas encore sur disque. Aujourd'hui monument du répertoire français, tantes est l'un des classiques de Barbara le moins repris par la jeune génération. Sans doute parce qu'il est trop personnel.

LA SEMAINE BARBARA

«Je suis une femme qui chante avant tout», affirmait Barbara. C'est donc à des jeunes femmes qui chantent aujourd'hui que Didier Varrod confie le soin d'évoquer l'artiste dans l'émouvant documentaire Un beau Jour... Barbara, réalisé par Nicolas Maupied et diffusé par France 5 le dimanche 25 novembre à 8h30.
Une belle idée d'amoureux de la chanson, tant les mots de la Dame brune résonnent joliment dans les propos de Camille, Daphné, L, La Grande Sophie et Olivia Ruiz, mêlés aux séquences d'archives.
Côté radios, France Inter propose une journée spéciale le 24 novembre : coup d'envoi dès 0 heure avec un Pop, etc. sur l'album La Louve; à 8h20, Jean-Louis Aubert est l'invité de la matinale; à midi, Philippe Meyer s'intéresse à la Barbara interprète; à l9h20, Vincent Josse visite son Atelier (à écouter en Podcast à tout prix) en compagnie notamment de Marie Chaix; enfin, à 20 heures, soirée spéciale avec un Pont des artistes entièrement consacré à la chanteuse (avec La Grande Sophie, William Sheller, Babx, Christophe ou Baptiste Trotignon), puis la diffusion du concert de 1965. A Europe 1, les festivités commencent dès le jeudi 22 : Des clics et des claques (à 20 heures) reçoit le neveu de Barbara, Bernard Serf; le lendemain, On connait la musique (à 22 heures) lui est consacré; et rebelote
le samedi, de 22 heures à 1 heure, avec un concert hommage de Daphné, puis le Musicorama de 1968. Dernière pièce du dispositif: dimanche, à 11 heures, dans II n'y en a pas deux comme Elle.





« DIS, QUAND REVIENDRAS-TU? » 1961

Barbara est amoureuse - ce n'est ni la première, ni la dernière fois ! Mais cet homme-là, elle y tient suffisamment pour quitter Paris et le suivre à... Abidjan. Là-bas, elle s'installe dans sa grande maison blanche, fuit le soleil, trouve un engagement dans une boîte à chansons interlope. Mais la vie d'expatriée ne lui convient pas: n'y tenant plus, elle repart a Paris au bout de quelques semaines. Pour son amant lointain, elle écrit Dis, quand reviendras-tu? Et la chante à l'Ecluse... sans oser dire qu'elle en est l'auteur. La chanson deviendra pourtant son premier succès ; cinquante ans plus tard, c'est aussi son titre le plus repris. La Grande Sophie en a fait une très belle version sur son album Des vagues et des ruisseaux (2009). Jean-Louis Aubert l'a interprétée pour le film de Philippe Claudel, II y a longtemps que je t'aime (2008).
Bénabar, Isabelle Boulay, Martha Waimwright et beaucoup d'autres la chantent sur scène...

« GÖTTINGEN » 1964

La Seconde Guerre mondiale hante encore les esprits. De père et de mère juifs, Barbara a passé le conflit à se cacher, parfois séparée de sa famille... Moins de vingt ans plus tard, quand un étudiant allemand l'invite à chanter chez lui, à Göttingen, elle refuse. « L'Allemagne était comme une griffe. 4» Puis, devant son insistance, finit par céder. Mais une fois sur place, catastrophe : le piano promis n'est pas là et les transporteurs de pianos sont en grève ! Des étudiants de Göttingen décident alors d'aller chercher un instrument chez une vieille dame de la ville, et de l'amener eux-mêmes jusqu'au théâtre. La chanteuse n'en revient pas. Son contrat est prolongé d'une semaine. Et le dernier soir, pour les remercier, elle crée Göttingen, première chanson de réconciliation franco-allemande. Depuis, elle en est l'emblème. François Mitterrand l'a plusieurs fois citée. Le chancelier Schröder en a lu un extrait lors du quarantième anniversaire du traité de l'Elysée. Et le 22 janvier prochain, alors que l'on fêtera les 50 ans de ce pacte, il y a fort à parier qu'une fois de plus on l'entendra. « Faites que jamais ne revienne le temps du sang et de la haine, car il y a des gens que j’aime, à Göttingen, à Göttingen...»


« UNE PETITE CANTATE » 1965

Liliane Benelli, sa pianiste à l'Ecluse, se tue lors d'un accident de la route. A ses côtés, Serge Lama, qui gardera longtemps les séquelles de l'accident. Quand Barbara l'apprend, elle sort de scène ; et s'écroule à l'annonce de la nouvelle. Un mois plus tard, lors d'une présentation à sa maison de disques, elle chante Une petite cantate, en hommage à son amie disparue. Le nom de Liliane Benelli reste méconnu, mais deux chansons majeures lui ont été dédiées : la Cantate de Barbara et D’aventures en aventures, de Serge Lama. La Cantate résonne toujours: dans Camille redouble, le personnage incarné par Noémie Lvovsky la fait chanter à ses parents, comme une prière païenne, et l'enregistre pour garder leur voix au-delà de la mort. C'est la plus forte scène du film.

« MA PLUS BELLE HISTOIRE D'AMOUR » 1966

En 1964, Barbara a fait la première partie de Georges Brassens, à Bobino. Instant charnière qui la révèle au grand public. Elle y revient, l'année suivante, cette fois en vedette. Et fin 1966, elle y chante de nouveau, tête d'affiche incontestée. Fait exceptionnel, elle se lève de
son piano pour déclarer au public «Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous. » C'est une
chanson-somme, un manifeste, qui évoque ses quinze années de galère, d'espoirs et de décou-   ragements, jusqu'au Bobino de 1965 qui l'a enfin consacrée. « Ce fut un soir en septembre, vous étiez venu m'attendre, ici même, vous en souvenez-vous?»... De ce jour-là, jamais plus Barbara ne monta sur scène sans entonner Ma plus belle histoire d'amour «S'il ne devait
rester qu'une chanson, ce serait celle-là», répéta-t-elle mille fois. Les quelques-uns qui se sont essayé à la reprendre, encore récemment, s'y sont cassé la voix.

« MON ENFANCE » 1968

Barbara est en tournée du côté de Grenoble. Soudain, elle voit un panneau sur le bord
de la route: Saint-Marcellin. Pendant la guerre, elle a passé plusieurs années dans
cette petite ville aux portes du Vercors.« Allons-y faire un tour!» lance-t-elle à son
chauffeur. Son assistante d'alors, l'écrivain Marie Chaix, l'accompagne ce jour-là. Elle se la rappelle marchant dans les rues comme une automate, rester longuement près de la maison qu'elle avait habitée avec sa famille, puis remonter en voiture, sans dire un mot. Pleurant derrière ses grandes lunettes noires. Un peu plus tard, Barbara enregistre Mon enfance, souvenir intime, tendre et douloureux de ce retour fugace. «Parmi tous les souvenirs, ceux de l'enfance sont les pires, ceux de l'enfance nous déchirent. » En 2012, c'est cette chanson qui clôt le film de Carine Tardieu, Du vent dans mes mollets. Vincent Delerm ou Calogero la chantent parfois en concert.
« L'AIGLE NOIR » 70

A l'issue d'un Olympia, et trois ans après les adieux à la scène de son ami Brel, Barbara vient d'annoncer qu'elle prenait elle aussi du recul, de peur de tomber dans un «fonctionnariat de la chanson». Au début de l'année, elle s'essaye à la comédie et joue dans une pièce musicale de
Remo Forlani... Echec public et critique. Au printemps, elle débute l'enregistrement d'un nouveau disque et hésite à y mettre l’évocation d'un rêve énigmatique l’Aigle noir Finalement, elle retient la chanson, qui devient le tube de l'été 1970, et le plus grand succès de sa carrière. Mais, sur le disque, elle en a curieusement retiré les dernières phrases. Des années plus tard, on comprendra que L'Aigle noir faisait très vraisemblablement allusion à l'inceste. La version initiale sort aujourd'hui… Les mots, restés inédits pendant quarante-deux ans, peut-être parce qu'elle les trouvait trop explicites, sonnent de façon déchirante : «Au matin, il ne me restait rien. L'oiseau m'avait laissée seule avec mon chagrin... »

Au soir du 10 mai, Barbara voit des milliers de jeunes gens, place de la Bastille, fêter l'arrivée
d'un socialiste à l'Elysée. Emue par cet enthousiasme collectif, elle écrit Regarde, qu'elle crée sur scène quelques mois plus tard, sous un chapiteau géant, porte de Pantin. L'ambiance est euphorique: en moins d'un mois, soixante mille spectateurs, souvent jeunes, viennent lui faire un triomphe dans ce lieu très peu conventionnel pour une artiste de sa trempe. Le récital de Pantin entre dans les annales de la chanson, et les médias rebaptisent Regarde : L'Homme à la rose... Durant l'hiver 2011, en pleine campagne présidentielle, le PS s'empare d'une chanson d'Alex Beaupain, Au départ, pour en faire un hymne ; ses premiers mots
sont un clin d'œil au texte de Barbara.

« VIVANT POÈME »1996

Barbara enregistre son premier album studio depuis quinze ans. Elle en cosigne deux titres avec Jean-Louis Aubert, dont Vivant poème, chanson testamentaire à la beauté crépusculaire. Barbara n'a que 66 ans mais elle est fatiguée; elle a définitivement renoncé à la scène
deux ans plus tôt, et pressent que ce disque sera son dernier. Elle y chante son Vivant poème en solo ; mais une autre version existe, en duo avec Aubert, qui reste inédite. Depuis quelques jours, elle est enfin disponible sur disque 5 : la voix et le phrasé de Barbara y sonnent
comme ceux d'une chanteuse de jazz américaine. Quant au texte, il délivre un ultime message à tous ceux qui l'écoutent. Le legs d'une femme qui cinquante ans durant, aura chanté pour respirer. « Va, ce monde je te le donne. Va, et jamais n'abandonne. [...]La vie est un long poème, que tu vas écrire toi-même. »
1 Avec Nicole Louvier et Anne Sylvestre,
2 Un beau jour... Barbara, par Didier
Varrod et Nicolas Maupied, dimanche 25 novembre, France 5,8h45.
3 Il était un piano noir
éd.Fayard,200p.,30,50?.
4 France Inter, 27 décembre 1996.
5 Une femme qui chante, intégrale,
19 CD Mercury, l50 €.



1968, l'année du Musicorama à L'Olympia, qui sera rediffusé samedi sur Europe 1.



HORS-SERIE TÉLÉRAMA

Quinze ans après sa mort, Barbara, femme et artiste d'une parfaite exigence, reste terriblement moderne. Pour découvrir qui elle fut, pour mieux comprendre son œuvre et pour en mesurer la portée, Télérama réédite son hors-série… En vente dans les kiosques, 8,60 euros, et dans la boutique Télérama.fr.
 voir aussi "La galaxie Barbara"
À VOIR

Exposition de photos inédites à la mairie de Cadaujac(33)
jusqu'au 30 nov. Ouvert dimanche. Rens.: 0619258997

lundi 27 juin 2022

Trois films deux au cinéma : les passagers de la nuit, Contes du hasard et autres fantaisies , Les veuves

Les passagers de la nuit et Contes du hasard et autres fantaisies

Le point commun entre ces deux films c’est peut-être Éric Rohmer 
J’ai bien aimé ce film Les passagers de la nuit, que j’ai vu avant le japonais, l’osmose se fait si bien avec l’incarnation de tous les personnages hommes femmes adolescents puis jeunes adultes. Mais lorsque je regarde la toujours juvénile Charlotte Gainsbourg je ne me dissocie pas à un seul moment de son personnage tandis que le personnage d’Emmanuelle Béart….pour moi est moins facilement crédible. 
Et puis c’est un film qui parle de déménagement (enfin possible) je prends, en ce moment… d’un quartier pas très loin de chez nous.



Allez voir ces deux films à la suite comme moi seule et dans un ciné club comme le Saint- Lambert où la programmation est de rattrapage : deux semaines ou trois après leur première sortie, ils restent dans la diffusion pour les meilleurs, au moins 3 semaines….

J’en suis ressortie heureuse  d’être là dans ce monde et ce pays soit disant devenu ingouvernable et habitante de ce quartier avec un cinéma tangible sensible dans ses non-dits… correspondence avec les miens. 




Les veuves à la télévision ensuite en rentrant chez nous et vu avec Pascal était lui aussi très bien mené plus thriller que film d’action le suspense est garanti. 
Viva les femmes de tous azimuths au premier plan dans les films. 


https://explicationdefilm.com/2018/12/23/les-veuves/amp/


« I don’t see what I can do.

La réalité de ce monde veut qu’on ne fait pas de cadeau aux faibles. Les héritages sont des fardeaux. »



vendredi 17 décembre 2021

Scènes de rêve au Lucernaire : deuxième année de cours au Lucernaire

Mettre en scène votre rêve au théâtre et non pas seulement votre rêve de théâtre : qu’aurais-je je fait j’aurais mis en scène Médée d’Euripide c’est ce que je voulais jouer dans le premier cours de théâtre, dont j’ai franchi la porte et à l’époque on m’avait dit au minimum de laisser tomber les grecs et de voir la version d’Anouilh et sinon après une lecture on m’avait dit que j’étais plutôt un profil un rôle de comédie de servante…… Dorine….. Toinette.
Les seules ‘méchantes’ dans les cours ensuite que j’ai pu approfondir ont été Lady Macbeth, Arsinoé. Ensuite sur scène j’ai joué les folles plus que les méchantes ou les servantes humaines : Panope dans Phèdre la Piété dans Esther de Racine (pour moi mon plus beau rôle) Les folles, celles qui font du mal sans s’en apercevoir : La vierge folle…..et une femme ordinaire : Olivia et les deux rôles d’Avorter -en rupture- de la militante du Planning familial et la « terroriste » commando anti-avortement furent mes déclics mes Révélations. Quand au premier cours de théâtre où j’étais allée  je n’y suis jamais retournée 

Vous voyez les enfants, il y a de l’eau qui est passée sous le pont et dans les cours d’aujourd’hui vous avez des professeurs bienveillants qui partent du plaisir épanoui à jouer et de mettre en vie vos rêves, de les incarner au moins, et c’est pour ça que j’ai adoré cette jeune femme qui a interprété un des monologues de Cyrano. 

J’avais introduit cette mise bout à bout des messages laissés sur les réseaux….

Message de Florence Le Corre : Jeudi 16 à 14h, les élèves de seconde année de l'école d'art dramatique du Lucernaire présentent dans mon cours leurs "scènes de rêve ". Venez rêver avec nous ! 

J’y suis allée une fois de plus j’ai bien fait… 
J’avais écrit « De quel pays viennent nos rêves ?! » sans rien savoir !? 

Et donc certains ont mis en scène un tango, des scènes à l’américaine  : Scorcese, ou une comédie musicale ou le loup de Wall Street…. Ou une comédie musicale ? mais  à la Woody Allen avec tous les contes : la sorcière, le Chaperon le berger vacher,  Cendrillon, la marâtre….des chansons et de la danse rap ou pas je ne suis pas spécialiste….mis c’était comme on disait dans mon temps -requinquant. 

Les mythologies subsistent plus que les idéologies à cause des moyens « barbares »pour atteindre l’idéal :une sorte de paradis où l’on vivrait entre soi. Un paradis sans animaux sans mauvaises herbes…..on y est presque ….

"Vinciane Despret au plus près ! " sur https://www.franceinter.fr/emissions/boomerang/boomerang-du-jeudi-16-decembre-2021 via @radiofrance


Comment quitter la scène de nos rêves…..

Les élèves et leurs rêves ont un splendide recours à la légèreté et à une autre langue et à nous montrer aussi ce qu'est incarner un film une autre langue c'est mieux au théâtre 
Je suis allée presque tous les féliciter Beyrouth qu'est-ce qu'il est beau sur scène.... et timide dans la vie... bien sûr celle qui a choisi sans masque la tirade où il explique qu’il n’osera jamais dire à Roxane qu’il l’aime à cause de son nez cet appendice  Cyrano sa partenaire aussi était étonnante dans cet accompagnement et dans sa danse "genrée" distanciée drôle.burlesque un peu cruelle et à l'écoute de son « public ».
Le chaperon rouge s'est rattrapée car la musique pour sa chanson était trop forte (la régie est un peu sommaire au Paradis et eux sont très forts  pour l'apprivoiser.)
Ma préférée de chanson parmi toutes c'est celle de Charlebois. « Je ne suis pas un chanteur populaire mais un homme bien ordinaire. » et là son interprète a été à la hauteur du grand écarte la starisation et de l’anonymat car on ne peut pas avoir les deux en mêmes temps ou à moins d’aller à l’autre bout du monde et encore plutôt sur la Lune….et pour y aller créer sa chaîne You Tube .

Au début je me disais les filles sont les plus fortes et puis après je me suis faite la réflexion arrête tu détestes la rivalité. 
Ce qui n'a pas été le cas d’aide de duo avec faire valoir pour le rêve de « Charlie » qui n'a pas su encore trouver la mise en scène de distance par rapport à son propre texte mais c'est au début de son cheminement. Et c'est un grand pas et elle est belle sa sincérité et nous avons ressenti chacun de ses mots….
Et j'ai remercié tous les  autres chanteurs l'espagnole, la javanaise même si encore elles auraient pu profiter davantage de la lumière, la beauté qu'elles dégagent
Quand à Gérard… chapeau bas respect dans Tenue de soirée mais là aussi j'ai remercié son partenaire car d'une certaine façon on ne voit que lui... on a peur pour lui... mais pas seulement.....
Le tango première scène à dégagé un max de rapports consentis sensuels et un tonnerre d’applaudissements les ont accueilli. 

La seule que je n'ai pas trouvée pour la
féliciter c'est la secrétaire Marie-Cecile.... dans le personnage et dieu sait si je l'ai bien comprise ....quand elle pète un câble, les plombs, elle rend son tablier, ses lunettes, l’attache de ses cheveux de « personnage »  soumis et engueule ses harcéleuses cadres qui s’essuient les pieds de toutes leurs flux-tendus, frustrations sur son dos. Ça m’a fait penser au rôle de Babou dans le prénom à cause de l’écoute de Guillemette Odicino sur France- Inter ce marin dans Grand bien vous fasse ! 
Elle y donne un bon conseil pour les tablées des fêtes : un petit merci aux hôtesses, à l’hospitalité : une attention de tous les instants. 

Ils sont nombreux et forment un groupe qui en veut énergique enlevé cohérent et s'inscrivent grâce à cette thématique chacun fort dans leur singularité. 

« Je t'ai tout dit car j'aime beaucoup l’œil extérieur  la compréhension la mise en lumière de tous et le sourire....vrai des metteurs en scène professeurs collectifs  de théâtre. » ai-je écrit à leur professeure. 

Soyez ambitieux de théâtre, de jeu, d’amitiés, de complicité car cela ne vous quittera jamais et respectez saluez tous ceux avec qui vous travaillerez…...  

https://www.franceinter.fr/emissions/boomerang/boomerang-du-jeudi-16-decembre-2021 via @radiofrancehttps://www.franceinter.fr/emissions/boomerang/boomerang-du-jeudi-16-decembre-2021 via @radiofrance

lundi 25 octobre 2021

Illusions perdues

Vu au Gaumont Convention…. Ce n’était pas trop plein dans la grande salle : sur FB et mon blog.     En avant pour Illusions Perdues,
à tous les faux amis qui nous font espérer alors que vous n’êtes pas de leur monde, alors qu’il fallait tout simplement nous apprendre à vivre… 
Très beau film mais ce n’est ni Scorsese, ni Visconti, il y a beaucoup plus de musiques et d’animaux symboles et prisonniers singes, canards, pigeons domestiques comme nous tous…… Xavier Dolan est de la plus fine élégance au monde et il sait être méchant pour le meilleur, quel bel ennemi ! Depardieu est géant magistral et les deux jeunes héros Benjamin Voisin et Vincent Lacoste et aussi Jean-François Mishka Stévenin (son dernier rôle : chef d’orchestre de la claque au théâtre envoyant des roses ou des boules de papiers aux têtes des acteurs, foule huante ou applaudissant et Louis Do et Cécile et Jeanne …..




Pour les purs ou les puristes ? 
Je vous mets les liens comme des petits cailloux blancs du descriptif du roman de Balzac 

Je vous dirais aussi que le réalisateur a supprimé un personnage pour en mettre un autre, pièce composite du puzzle humain : Nathan interprété par Xavier Dolan.  


lundi 25 novembre 2019

Nuit de la littérature au Plaisir des yeux, Librairie

À cette lecture je lirais entre autres : La lettre à Wagner de Baudelaire qui me plaisait tant à l’adolescence car il avait des avis tranchés et j’étais à l’âge où j’avais besoin d’avis tranchés, d’autorités autres, pour sortir de mes gonds. Avec le temps quoiqu’il en soit j’aime toujours autant l’exigence artistique... même si je regarde et j’aime les feuilletons les séries, à la télévision, une pluie d’images et de sons familiers, des personnages attachants... mais ce qui est irremplaçable, c’est l’enthousiasme, ai entendu à la radio, l’éclairante toujours Julia Kristeva dans le dernier « remède à la mélancolie » sur France-Inter : vivre c’est s’exiler...


"Lettre à Richard Wagner 
                                                                                              Vendredi 17 février 1860.

Monsieur,


Je me suis toujours figuré que si accoutumé à la gloire que fut un grand artiste, il n’était pas insensible à un compliment sincère, quand ce compliment était comme un cri de reconnaissance, et enfin que ce cri pouvait avoir une valeur d’un genre singulier quand il venait d’un français, c’est-à-dire d’un homme peut fait pour l’enthousiasme et né dans un pays où l’on ne s’entend guère plus à la poésie et à la peinture qu’à  la musique. Avant tout, je veux vous dire que je vous dois la plus grande jouissance musicale que j’ai jamais éprouvée. Je suis d’un âge ou on ne s’amuse plus guère à écrire aux hommes célèbres, et j’aurais hésité longtemps encore à vous témoigner par lettre mon admiration, si tous les jours mes yeux ne tombaient sur des articles indignes, ridicules, où on fait tous les efforts possibles pour diffamer votre génie. Vous n’êtes pas le premier homme, Monsieur, à l’occasion duquel j’ai eu à souffrir et à rougir de mon pays. Enfin l’indignation m’a poussé à vous témoigner ma reconnaissance ; je me suis dit : je veux être distingué de tous ces imbéciles.
La première fois que je suis allé aux Italiens pour entendre vos ouvrages, j’étais assez mal disposé, et même je l’avouerais, plein de mauvais préjugés ; mais je suis excusable ; j’ai été si souvent dupe ; j’ai entendu tant de musique de charlatans à grande prétention. Par vous, j’ai été vaincu tout de suite. Ce que j’ai éprouvé est indescriptible, et si vous daignez ne pas rire, j’essaierai de vous le traduire. D’abord il m’a semblé que je connaissais cette musique, et plus tard en y réfléchissant, j’ai compris d’où venait ce mirage ; il me semblait que cette musique était la mienne, et je la reconnaissais comme tout homme reconnaît les choses qu’il est destiné à aimer. Tout autre que pour un homme d’esprit, cette phrase serait immensément ridicule, surtout écrite par quelqu’un qui, comme moi, ne sait pas la musique, et dont toute l’éducation se borne à avoir entendu (avec grand plaisir, il est vrai) quelques beaux morceaux de Weber et de Beethoven.
Ensuite le caractère qui m’a principalement frappé, ç’a été la grandeur....
J’ai senti toute la majesté d’une vie plus large que la nôtre. Autre chose encore : j’ai éprouvé souvent le sentiment d’une nature assez bizarre, c’est l’orgueil et la jouissance de comprendre, de me laisser pénétrer, envahir, volupté vraiment sensuelle et qui ressemble à celle de monter dans l’air ou de rouler sur la mer....
Enfin j’ai éprouvé aussi, et je vous supplie de ne pas rire des sensations qui dérivent probablement de la tournure de mon esprit et de mes préoccupations fréquentes. Il y a partout quelque chose d’enlevé et d’enlevant, quelque chose aspirant à monter plus haut, quelque chose d’excessif et de superlatif. Par exemple pour me servir de comparaisons empruntées à la peinture, je suppose devant mes yeux une vaste étendue d’un rouge sombre. Si ce rouge représente la passion, je le vois arriver graduellement par toutes les transitions de rouge et de rose, à l’incandescence de la fournaise....
Ainsi je pourrais continuer cette lettre interminablement. Si vous avez pu me lire, je vous en remercie. Il ne me reste plus à ajouter que quelques mots. Depuis le jour où j’ai entendu votre musique, je me dis sans cesse, surtout dans les mauvaises heures : Si, au moins, je pouvais entendre ce soir un peu de Wagner ! Il y a sans doute d’autres hommes faits comme moi. En somme vous avez dû être satisfait du public dont l’instinct était bien supérieur à la mauvaise science des journalistes. Pourquoi ne donneriez-vous pas quelques concerts encore en y ajoutant des morceaux nouveaux ? Vous nous avez fait connaître un avant-goût de jouissances nouvelles ; avez-vous le droit de nous priver du reste ? –Une fois encore, Monsieur, je vous remercie ; vous m’avez rappelé à moi-même et au grand, dans de mauvaises heures.

Charles Baudelaire.
Je n’ajoute pas mon adresse, parce que vous croiriez peut-être que j’ai quelque chose à vous demander."

Bonsoir à tous 

Le vendredi 29 novembre à partir de 19h a lieu à la librairie la soirée "nuit de la littérature" proposée par la mairie du 14
Cette année nos fameux comédiens de la troupe du "120" vous lirons des textes sur les liens que les écrivains entretiennent avec l’art et les artistes.

Rendez vous 

librairie "Au plaisir des yeux
métro Plaisance bus 62 arrêt "Hôpital saint Joseph"

C’était donc hier soir, j’avais une robe à trous, mais bien cachés sous le châle de ma grand mère, tout le monde se moquait d’elle à l’époque, la prenant pour une espagnole... mais aucune ironie n’altérait son élégance et sa voix blanche. Anne-So avait apporté les tableaux de son compagnon et les foulards pour illustrer chacun de ses couleurs, même pour l’invité lecteur de dernière minute, qui a lu le premier chapitre du dernier roman poche de Modiano, aucun rapport avec le thème : les liens entre art et littérature, quoique ! on en trouve toujours un, sa mère jouait au théâtre et lui fichait la paix, le soir...Le plus lu, fut Baudelaire, l’initial poète critique aux « mauvaises heures »... mais aussi sur Michel Ange et le pont de Florence...les femmes modèles, alentours de Picasso et puis Paula Modersohn Becker (http://nathpasse.blogspot.com/2016/05/paula-modersohn-becker-toute-entiere.html?m=1 )Klee et Vian et son « piano-cocktail » et puis la musique par les écrits : Patti Smith et Robert Mapplethorpe et en live grâce à Jeremie et à sa guitare et son accompagnatrice qui tenait la partition, pour les chansons de Patti Smith et de Kate Bush. Le public attentif était composite comme une ponctuation de toutes générations ; même si c’était le Black Friday et qu’il y eut un attentat sur le pont à Londres, à notre façon, on a continué de se réunir en jardin suspendu, en terrasse intérieure, pour partager gratuitement l’art de vivre chevillé à l’art tout court. Après on a parlé bu un verre puis deux et Jeremie a rechanté pour la maire qui avait fait le tour des guinguettes : bibliothèques etc.. sa dernière chanson sur l’air du temps pour son amie la Terre....
Madame la maire et son équipe nous ont gardé pour leur fin de journée bien après notre lecture et notre présentation de couleurs, mais voilà il faut faire avec tous...
La caverne d’Anne lit-baba, le public...


L’effort d’être spectateur : Pierre Notte 

Anne notre libraire organisatrice de la soirée avec sa jupe arc en ciel....

Anabel lisant Fernande Olivier : les amis de Picasso

Anne-Sophie lisant Klee par Gertrude Stein 
Françoise : Les phares de Baudelaire

Pascal Nathalie et Jérémie
Pascal lit un extrait de Just Kids -Patti Smith- sur l’immense photographe Robert Mapplethorpe(les passages concernant la vie de Patti Smith ont été lus par moi)



Patti P 12-13
Je suis née un lundi dans les quartiers nord de Chicago, pendant le grand blizzard de 1946. Je suis arrivée un jour trop tôt, dans la mesure où les bébés nés à la Saint Sylvestre quittaient l’hôpital avec un réfrigérateur neuf. Malgré tous ses efforts pour me retenir encore un peu, le taxi en était encore à se frayer un chemin le long du lac Michigan à travers un tourbillon de neige et de vent quand ma mère est entrée en phase de travail intensive. À en croire mon père, j’étais à mes premiers instants une longue chose toute maigre affligée de broncho-pneumonie, et il m’a maintenue en vie en me tenant au-dessus d’une bassine fumante.
...
Ma mère m’a appris à prier ; elle m’a enseigné la prière que sa mère lui avait appris. Maintenant que je vais dormir, que le seigneur veille sur mon âme. À la tombée de la nuit je m’agenouillais devant mon petit lit et, debout derrière moi, elle m’écoutait réciter après elle, avec son éternelle cigarette. Je ne désirais rien tant que dire mes prières, mais ces mots me troublaient et je la harcelais de questions. Qu’est-ce que l’âme  ? De quelle couleur est-elle ? Je craignais que mon âme ne me fasse le tour pendable de s’échapper pendant mon sommeil et de ne jamais revenir. Je faisais de mon mieux pour ne pas m’endormir, afin de la garder à sa place, à l’intérieur de moi.

 Robert P 22


Robert Michael Mapplethorpe naquit le lundi 4 novembre 1946. Élevé à Floral Park, Long Island, troisième de six enfants, c’était un petit garçon espiègle dont la jeunesse insouciante se nuançait délicatement d’une fascination pour la beauté. Ses jeunes yeux engrangeaient le moindre jeu de lumière, l’éclat d’un bijou, le drap richement brodé qui couvrait un autel, le ton brun d’un vieux saxophone doré ou un firmament constellé d’étoiles bleues. Il était affable et timide, méticuleux de nature. Il portait en lui, dès son plus jeune âge, l’inspiration et le désir d’inspirer.
La lumière tombait sur les pages de son livre de coloriage, entre ses mains d’enfant. Le coloriage le passionnait : non pas l’acte de remplir l’espace, mais celui de choisir des couleurs que personne d’autre n’aurait retenues. Dans le vert des collines, il voyait du rouge. De la neige mauve, de la peau verte, un soleil d’argent. Il aimait l’effet que cela produisait sur les autres, la façon dont cela déconcertait ses frères et sœurs. Il découvrit qu’il avait du talent pour l’esquisse. C’était un dessinateur-né et secrètement, sentant croître ses pouvoirs, il distordait ses images jusqu’à les rendre abstraites. Il était un artiste et il le savait. Ce n’était pas une lubie enfantine. Il ne faisait que reconnaître ce qui lui revenait de droit.

Patti P 30
Au printemps 1967, je fis le point sur ma vie. J’avais amené l’enfant au monde en bonne santé et l’avais placé sous la protection d’une famille aimante et instruite. J’avais abandonné l’école normale, n’ayant ni la discipline, ni la motivation, ni l’argent qu’il m’aurait fallu pour continuer. J’occupais un emploi temporaire au salaire minimum dans une fabrique de manuels scolaires à Philadelphie.
Mon souci immédiat, c’était de savoir où aller ensuite, et que faire lorsque je serai là-bas. Je m’accrochais à l’espoir de devenir artiste, même si je savais que je ne pourrais jamais me payer des études aux Beaux-Arts et que je devais gagner ma vie. Il n’y avait rien qui me retienne, pas de perspectives et pas de sentiment d’appartenance. Mes parents nous avaient élevés dans une atmosphère de dialogue religieux et de compassion, avec le respect des droits civiques, mais dans l’ensemble on peut pas dire que les mentalités du South Jersey étaient franchement porté sur l’art et les artistes. Mes quelques compagnons d’armes étaient partis s’installer à New York pour écrire de la poésie et faire des études d’art, et je me sentais terriblement seule.
Je trouvais de la consolation dans Arthur Rimbaud, que j’avais trouvé à l’étal d’un bouquiniste en face de la gare routière de Philadelphie quand j’avais 16 ans. Son regard hautain sur la couverture des Illuminations accrocha le mien. Il était doté d’une intelligence irrévérencieuse qui m’enflamma, et je l’adoptai comme mon compatriote, mon frère et même mon amant secret. Comme je n’avais même pas 99 cents pour acheter le livre, je l’ai fauché.
Robert P 28-29-30
Au début, le LSD lui sembla presque sans effet, et il fut déçu, car il en avait absorbé davantage qu’à l’accoutumée. Il était passé par la phase d’anticipation et d’agitation nerveuse. Il adorait cette sensation. Il suivait le frisson et la peur qui fleurissait dans son ventre. C’était la même sensation que celle qu’il éprouvait lorsque, enfant de cœur, il se tenait derrière les rideaux de velours dans sa petite aube, la croix processionnelle entre les mains, se préparant à défiler.
L’idée lui traversa l’esprit que rien n’allait se produire.
....
Il baissa les yeux sur la feuille de papier. Il y voyait l’œuvre, bien qu’elle ne fut pas encore dessinée. Il s’accroupit de nouveau et travailla d’une main assurée dans les dernières lueurs de l’après-midi. Il termina deux dessins en pattes de mouche, informes. Il écrivit les mots dont il avait eu la vision et comprit intimement la gravité de ce qu’il avait écrit : destruction de l’univers. 30 mais 67.
C’est bien, se dit-il avec un léger regret. Car personne ne verrait ici ce qu’il avait vu, personne ne comprendrait. Il était habitué à ce sentiment. Il l’avait ressenti toute sa vie, mais autrefois il essayait de compenser, comme si c’était sa faute. Il contrebalançait ce décalage avec un caractère très doux, recherchait l’assentiment de son père, de ses professeurs, de ses camarades.
Il ne savait pas trop s’il était bon ou mauvais. S’il était altruiste. S’il était démoniaque. Mais il y a une chose dont il était certain c’était d’être un artiste. Et pour ça, il ne s’excuserait jamais. Il s’appuya contre un mur et fuma une cigarette. Il se sentait baigné de clarté, un peu secoué, mais il savait que c’était seulement physique. Une autre sensation était en gestation, pour laquelle il n’avait pas de nom. Il se sentait seul maître à bord. Il ne serait plus un esclave. 



Jeremie Droulers s’est occupé de toute la partie musicale Patti Smith Kate Bush et sa dernière composition après nous le déluge pour tenter de protéger notre amie la terre même si ce n’était pas vraiment le sujet, quoique ! sans la planète pas d’art, ni rien de rien... Il n'y a plus rien.
https://m.youtube.com/watch?v=brJUmTP7-eU&feature=youtu.be

Patrick qui lit un autre Patrick le dernier Modiano paru en poche, le premier chapitre, rien ne se rattache au sujet ! Mais si au contraire sa mère faisait du théâtre et à peine adolescent il pouvait courir la rue les nuits à la recherche d’une femme fille d'artistes....